Inondations : 482 millions de m3 en dix jours, 48 projets lancés ou réalisés, l’État accélère le tempo
Le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka au Parlement, le 22 décembre 2025. Crédit : MAP
Le Maroc encaisse de plein fouet les effets de la variabilité climatique, alternant sécheresses prolongées et épisodes pluvieux intenses. Le lundi 22 décembre, devant la Chambre des représentants, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, a dressé un état des lieux chiffré des efforts engagés par son département pour renforcer la protection contre les inondations et améliorer l’anticipation des risques hydrologiques.
Au cours des 10 derniers jours, les apports d’eau enregistrés dans les retenues des barrages ont atteint 482 millions de mètres cubes (m3), un volume généré par des précipitations et des chutes de neige couvrant près de 55 000 km2 du territoire national. Ce regain hydrique a porté le taux de remplissage global des barrages à environ 34 %, un niveau toujours modéré, mais suffisant, selon le ministre, pour couvrir les besoins cumulés de plusieurs régions stratégiques, notamment Fès-Meknès, Souss-Massa, Béni Mellal-Khénifra et l’Oriental.
Ces chiffres traduisent à la fois l’ampleur des apports récents et la fragilité persistante du système hydrique national, fortement dépendant d’événements climatiques de plus en plus concentrés dans le temps.
Safi, un ouvrage sous-dimensionné face à une pluie urbaine
L’exemple de Safi illustre les limites des infrastructures existantes. Le barrage destiné à protéger la ville contre les inondations, situé à environ 9 km de l’agglomération, n’a reçu que 200 000 m3 d’eau lors des derniers épisodes pluvieux, alors que sa capacité nominale est de 3,5 millions de m3. Autrement dit, moins de 6 % de son volume potentiel a été mobilisé.
La raison avancée est technique : les précipitations se sont principalement concentrées à l’intérieur du périmètre urbain, échappant ainsi au bassin de collecte du barrage. Une configuration qui a empêché l’ouvrage de jouer son rôle de régulation, révélant un décalage entre les schémas de protection existants et l’évolution des dynamiques pluviométriques.
Pour y remédier, le ministère annonce le lancement d’une étude spécifique destinée à identifier de nouveaux leviers de protection, assortie de la réalisation d’ouvrages complémentaires à Safi, afin de limiter la récurrence de ce type d’événements.
Alertes précoces et cartographie du risque : des outils en révision
Sur le volet de l’anticipation, le dispositif d’alerte précoce constitue un autre indicateur clé de la stratégie gouvernementale. Des bulletins de vigilance ont été diffusés à l’échelle nationale, avec, dans le cas de Safi, des alertes émises dès les 8 et 9 décembre. Ces notifications s’appuient sur la plateforme officielle www.vigilance.marocmeteo.ma, qui met à disposition une carte de vigilance mise à jour quotidiennement.
Au-delà de l’alerte, le ministère s’attaque à un chantier de fond : la révision complète de l’Atlas des zones exposées aux inondations. Jugé obsolète face aux effets du changement climatique, l’ancien référentiel est en cours de refonte afin d’intégrer de nouveaux paramètres hydrologiques et urbains. Ce travail, dont l’achèvement est annoncé pour l’année prochaine, a pour but d'identifier les zones nécessitant des mesures renforcées de préparation lors des périodes de fortes précipitations.
Une somme de 48 projets en 5 ans
Sur le terrain, l’effort d’investissement se traduit par un nombre croissant de projets. Entre 2021 et 2025, 33 projets de protection contre les inondations ont été réalisés à travers le pays. Ils couvrent un large éventail de provinces, du nord au sud, incluant notamment Larache, Tanger, Tétouan, Meknès, Kénitra, Marrakech, Zagora, Taroudant, Tiznit, Tinghir, Tan-Tan ou encore Boujdour.
À ces réalisations s’ajoutent 15 projets supplémentaires déjà lancés, répartis entre des territoires aussi divers que Meknès, Tétouan, Skhirat-Témara, Laâyoune, Chefchaouen, Figuig, Taza, Sidi Kacem ou Youssoufia. Au total, ce sont donc 48 projets engagés ou achevés sur une période de 5 ans, soit une moyenne proche de 10 opérations par an.
Un nouveau programme viendra renforcer cet effort dès le début 2026, dans le cadre des agences des bassins hydrauliques, avec l’objectif d’améliorer la cohérence territoriale et l’efficacité des investissements.
Ourika, un test grandeur nature du système d’alerte
L’efficacité des dispositifs d’alerte précoce a été illustrée par les inondations survenues en août dernier dans la région d’Ourika. Selon le ministre, l’activation rapide du système d’alerte a permis d’éviter toute perte humaine malgré la violence de l’épisode. Un cas présenté comme la démonstration tangible des progrès réalisés, mais aussi comme un argument en faveur du renforcement des équipements de surveillance et de communication.
Derrière ces chiffres se dessine une réalité contrastée : des avancées mesurables en matière d’anticipation et de protection, mais aussi l’urgence d’adapter en permanence les infrastructures à des phénomènes climatiques de plus en plus imprévisibles.
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