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02.04.2026 à 01 H 46 • Mis à jour le 02.04.2026 à 11 H 52
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SIPORTS 2026

En pleine crise d’Ormuz, le Maroc accélère sa stratégie de puissance portuaire

Le ministre de l'Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, procède à l’inauguration de la première édition du Salon international des ports et de leur écosystème (SIPORTS 2026) Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, lors de l’inauguration de la première édition du Salon international des ports et de leur écosystème (SIPORTS 2026). Crédit : MAP
En pleine crise du détroit d'Ormuz, le Maroc inaugure à El Jadida le premier salon international dédié à l'écosystème portuaire (SIPORTS 2026). L'occasion d'afficher une ambition claire : s'imposer comme la première puissance portuaire d'Afrique et un hub logistique mondial

La première édition du Salon international des ports et de leur écosystème (SIPORTS) s'est ouverte mercredi 1er avril à El Jadida, en présence de Nizar Baraka, ministre de l'Équipement et de l'Eau, de Zakia Driouich, secrétaire d'État chargée de la Pêche maritime, et de Jorge Santos, ministre de la Mer de la République du Cap-Vert. L'événement, qui rassemble plus de 6 000 professionnels venus de 45 pays sur trois jours, se tient dans un contexte géopolitique d'une gravité exceptionnelle : le blocus du détroit d'Ormuz, consécutif au conflit armé entre l'Iran, les États-Unis et Israël depuis le 28 février 2026.


Un salon placé sous le signe de l'urgence stratégique

Le thème choisi pour cette édition inaugurale – « Les ports au cœur des transformations économiques et de l'intégration régionale  » – prend une résonance particulière alors que la crise d'Ormuz a provoqué une réduction de près de 90 à 95 % du trafic maritime dans cette voie par laquelle transitent habituellement 20 % du pétrole brut et du GNL mondiaux. Les chaînes d'approvisionnement mondiales sont désorganisées, les prix de l'énergie flambent – le Brent a dépassé les 108 dollars le baril fin mars – et les flux d'engrais, de médicaments et de matières premières sont gravement perturbés.


C'est dans ce « contexte de réflexion stratégique particulier », comme l'a souligné Nizar Baraka en ouverture, que le Maroc entend rappeler que cette crise représente, certes, une menace pour les chaînes d'approvisionnement, mais aussi une « fenêtre d'opportunités » que le Royaume, par son positionnement géographique stratégique, se doit de saisir.


« Dans ce nouvel environnement, il est impératif de repenser les modèles logistiques à l'échelle régionale et continentale, en favorisant des chaînes de valeur plus robustes, diversifiées et sécurisées, capables de faire face aux incertitudes globales et de répondre aux enjeux de souveraineté, notamment alimentaire et énergétique  », a déclaré le ministre dans son allocution.


Tanger Med : la locomotive d'une puissance portuaire

Le Maroc ne parle pas dans le vide. En 2025, Tanger Med a franchi un nouveau cap historique avec plus de 11,1 millions de conteneurs EVP traités, en hausse de 8,4 % par rapport aux 10,24 millions de 2024. Cette progression, portée notamment par la pleine exploitation du terminal TC4 opéré par APM Terminals, conforte la place du complexe portuaire comme premier port d'Afrique et de Méditerranée, et seul représentant du continent dans le top 30 mondial d'Alphaliner, où il occupe le 17ᵉ rang.


En termes d'efficacité, les performances sont tout aussi remarquables  : la Banque mondiale et S&P Global classent Tanger Med parmi les cinq ports les plus performants au monde dans leur indice CPPI, devant des plateformes majeures du Moyen-Orient et d'Europe. Connecté à plus de 180 ports dans 70 pays, adossé à un écosystème industriel de plus de 1 400 entreprises et 130 000 emplois, le Groupe Tanger Med a traité au total 187 millions de tonnes de marchandises en 2025.


L'essor de Tanger Med ces vingt-cinq dernières années a permis de porter le développement du secteur portuaire national, érigeant le Maroc en véritable hub régional du transport maritime. Comme l'a résumé Nizar Baraka : « De Tanger Med à Nador West Med, de Casablanca à Dakhla Atlantique, les grands succès de notre secteur portuaire nous confortent.  »


Nador West Med : l'entrée en scène imminente

Le réseau portuaire marocain s'apprête à franchir un palier décisif avec l'opérationnalisation de Nador West Med (NWM) dès la fin 2026. Situé dans la baie de Betoya sur la côte méditerranéenne, ce troisième port en eaux profondes du Maroc – après Tanger Med et Jorf Lasfar – a fait l'objet d'un investissement d'environ 5 milliards d'euros (MM €) et bénéficie de plus de 300 millions d'euros (M €) de financements européens.


Son premier terminal à conteneurs, long de 1 520 mètres, offrira une capacité initiale de 3,5 millions de conteneurs par an, avec un accord opérationnel déjà conclu avec CMA CGM pour garantir 3 millions de conteneurs annuels dès le démarrage. Un second terminal de 900 mètres sera ajouté en 2027, portant la capacité à 5,3 millions de conteneurs. À terme, le port pourra atteindre 12 millions de conteneurs et 15 millions de tonnes de marchandises liquides en vrac. La zone industrielle associée – 800 hectares extensibles à 5 000 – dépassera celle de Tanger Med.


Fait notable dans le contexte actuel : Nador West Med devait abriter le premier terminal GNL du Maroc, via une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) reliée par pipeline aux pôles industriels du nord-ouest. Ce projet, actuellement en cours de révision stratégique, revêt une importance accrue avec la crise d'Ormuz. Comme l'a précisé Nizar Baraka : « Compte tenu du contexte actuel, ce port revêt une importance stratégique : premièrement, pour garantir la sécurité énergétique et gazière de notre pays  deuxièmement, pour renforcer les capacités de stockage de gaz  et troisièmement, pour faciliter la conversion et accroître la compétitivité de notre économie dans ces régions, ainsi que vers d'autres régions du pays grâce au gazoduc.  »


Un programme ambitieux d'infrastructures de connexion accompagne le projet : autoroute Guercif–Nador (dotée de plus de 6,8 milliards de dirhams), amélioration des axes vers Al Hoceima, Oujda et Saïdia, et un corridor vers Fès-Meknès à moins de deux heures de route.


Dakhla Atlantique : la pièce maîtresse de l'Initiative Atlantique

Sur la façade atlantique, le port de Dakhla Atlantique, dont l'avancement atteint 45 %, est programmé pour 2028. Ce projet d'un milliard de dollars sera le port le plus profond du Maroc avec un tirant d'eau de 23 mètres. Il intégrera 1 600 hectares de zones industrielles et 5 200 hectares de terres agricoles irriguées par eau dessalée, dans une logique de développement territorial intégré associant pêche, construction navale, industries de transformation et filières d'énergie verte.


Les deux nouveaux ports disposeront de quais dédiés à l'exportation d'hydrogène vert, en cohérence avec les ambitions marocaines en matière d'énergies renouvelables. D'autres projets sont également en cours ou à l'étude : extensions des ports de Casablanca et de Jorf Lasfar, travaux à Laâyoune, Sidi Ifni et Lamhiriz, ainsi qu'un nouveau port à Tan-Tan dans le cadre d'un partenariat public-privé lié à l'hydrogène vert.


Sur le plan régional, la stratégie marocaine est centrée sur l'Initiative Atlantique, qui vise à faire de la façade atlantique du continent un espace de coopération, de croissance partagée et de développement durable. Le port de Dakhla Atlantique en est le pivot, appelé à devenir une plateforme des échanges commerciaux intra-africains, facilitant l'accès des pays enclavés du Sahel à l'océan – et générant « croissance économique et prospérité pour les populations africaines ne disposant pas de façades maritimes  ».


Cinq priorités techniques pour l'horizon 2030

Le ministre Baraka a identifié cinq grandes priorités qui structurent la stratégie portuaire marocaine à l'horizon 2030 :


La première est la transition énergétique et durable, engageant les ports dans la décarbonation et la protection des écosystèmes marins et littoraux. La deuxième concerne l'adaptation aux effets du changement climatique, à travers des solutions d'ingénierie innovantes, résilientes et anticipatives. Vient ensuite le renforcement de la sécurité et de la sûreté portuaires, condition essentielle de la continuité et de la fiabilité des opérations. La quatrième priorité porte sur l'intégration du numérique et de l'intelligence artificielle pour optimiser la gestion, la performance et la qualité des services. Enfin, l'excellence dans la conception des ouvrages maritimes, en privilégiant la durabilité et l'innovation, complète ce cadre stratégique.


L'économie bleue : un levier de souveraineté

La secrétaire d'État Zakia Driouich a rappelé la place stratégique de l'économie bleue dans le modèle de développement du Royaume. Le secteur halieutique demeure un moteur puissant : plus de 1,4 million de tonnes de débarquements en 2024 placent le Maroc au premier rang africain et parmi les quinze premiers producteurs mondiaux. À l'export, le secteur génère près de 29 milliards de dirhams (MMDH) et emploie directement plus de 269 000 personnes.


Driouich a souligné que 97 % des débarquements sont aujourd'hui gérés de manière durable, tout en insistant sur les défis persistants : surexploitation, pollution et impact du changement climatique sur les ressources marines. La coopération Sud-Sud, notamment les projets d'infrastructures de pêche réalisés par le Maroc dans plusieurs pays africains, a été mise en avant comme un axe structurant de la diplomatie maritime du Royaume.


Un programme dense, une ambition affirmée

Le SIPORTS 2026 propose un programme scientifique riche articulé autour de conférences thématiques, de rencontres B2B, et d'un espace d'exposition structuré en plusieurs pôles : industries portuaires, exploitation, formation et recherche scientifique. Un espace muséal immersif retrace l'évolution des ports au Maroc et à l'international. Parmi les intervenants internationaux figurent notamment Jean-Marie Koffi, secrétaire général de l'Association de gestion des ports de l'Afrique de l'Ouest et du Centre, et Francis Zachariae, secrétaire général de l'Organisation internationale de signalisation maritime (IALA).


En marge du salon, une réunion de haut niveau des autorités portuaires des pays membres du Processus des États africains de l'Atlantique (PEAA) est consacrée aux enjeux de connectivité maritime, de sécurité et d'économie bleue – un signal fort de l'ancrage africain de la diplomatie portuaire marocaine.


Dans un monde où le blocus d'Ormuz vient rappeler brutalement la vulnérabilité des routes maritimes mondiales, le Maroc tire parti de sa position géostratégique exceptionnelle – au carrefour de la Méditerranée et de l'Atlantique, loin des zones de conflit du Golfe. Avec Tanger Med déjà dans l'élite mondiale, Nador West Med à l'horizon immédiat, Dakhla Atlantique en ligne de mire et un réseau portuaire en expansion continue, le Royaume construit méthodiquement un appareil logistique sans équivalent en Afrique. L'ambition est claire, comme l'a affirmé Nizar Baraka : « Faire des ports marocains des plateformes intégrées, durables, intelligentes et hautement compétitives.  » La crise actuelle, loin de freiner cette dynamique, pourrait bien l'accélérer.

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