GITEX Africa: Leila Benali officialise le lancement du cadastre minier numérique du Maroc
Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, lors d’une visite sur le site de Aya Gold & Silver, en novembre 2025. Crédit : MAP
À l'occasion du GITEX Africa qui se tient à Marrakech, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, a lancé officiellement le cadastre minier numérique du Royaume. Derrière cette annonce, un chantier de longue haleine porté par une ambition de transparence et de modernisation d'un secteur stratégique.
Un secteur minier en quête de modernisation
Le Maroc minier pèse lourd : 10 % du PIB, 20 % des exportations hors phosphates et plus de 40 000 emplois directs. Pourtant, des décennies durant, la gestion de son patrimoine souterrain est restée prisonnière d'un appareil administratif d'un autre âge. Des archives complexes, des mois d'attente pour une simple signature et un potentiel « enterré sous des montagnes de papier », pour reprendre les mots de la ministre elle-même.
C'est ce constat, dressé sans ambiguïté par Leila Benali lors de son allocution au GITEX 2026, qui justifie le lancement d'une plateforme numérique censée tourner la page. Le cadastre minier numérique a l'ambition de devenir l'outil central de la gestion des titres miniers, en connectant trois dimensions : le potentiel géologique, les données territoriales et le cadre juridique. À travers cette plateforme, le Maroc entend honorer son héritage de « carrefour vibrant du commerce et des minéraux » en ouvrant une ère nouvelle pour ce pilier stratégique de l'économie nationale.
La genèse : un projet mûri depuis 2024
L'annonce de ce 7 avril est l'aboutissement d'un processus entamé bien en amont. Dès novembre 2024, lors de la Déclaration de Marrakech sur la valorisation des matières minérales vertueuses, plus de 40 nations africaines s'engageaient en faveur d'un secteur minier responsable. Le Maroc y prenait des engagements qui allaient orienter la suite.
Un mois plus tard, devant la Chambre des représentants, la ministre posait les jalons de sa stratégie minière. Elle évoquait pour la première fois un registre national entièrement dématérialisé, capable de prendre en charge une quarantaine de démarches jusqu'alors traitées au guichet. Le cap était donné : une mise en service prévue au premier trimestre 2026. Au-delà du cadastre, cette feuille de route englobait la réécriture du cadre législatif minier, la relance des appels d'offres et une révision des conditions d'octroi des licences.
En novembre 2025, passage obligé du projet de loi de finances 2026 devant les parlementaires, Leila Benali fixait publiquement l'échéance : le cadastre serait en ligne au printemps 2026. Elle donnait alors la mesure du chantier : une quarantaine de démarches, de la demande de permis jusqu'au suivi des titres en cours, basculeraient vers le numérique. La promesse comportait aussi un volet social : alléger le fardeau bureaucratique qui pèse de manière disproportionnée sur les petits exploitants miniers, souvent découragés par la lourdeur des formalités.
Quelques semaines plus tard, au Congrès international des mines de Marrakech, toujours en novembre 2025, le ministère présentait un prototype de la plateforme. L'objectif affiché était de lever le voile sur l'état réel du domaine minier national, un terrain longtemps miné – si l'on ose dire – par des zones grises administratives que Benali n'hésitait pas à qualifier de structurelles.
Le volet industriel confié à trois entreprises marocaines
En coulisses, la construction technique du système avançait en parallèle. Selon nos informations, le ministère avait retenu un groupement de trois entreprises marocaines pour développer le système d'information intégré : Omnidata, Veviosy et Agilius Systems. Le marché, d'un montant de 9,74 millions de dirhams (MDH), portait sur la digitalisation du cadastre minier et des prestations publiques du département.
Le périmètre de la mission couvrait la géologie, les mines, les hydrocarbures et l'autoproduction d'énergie électrique, incluant la modélisation des processus métiers, la définition de standards d'échanges, la gestion des données de référence et la constitution d'un référentiel central.
Ce que la plateforme promet
Le cadastre minier numérique, tel qu'annoncé au GITEX 2026, repose sur un ensemble de fonctionnalités pensées pour transformer en profondeur la gestion du secteur. La première est le contrôle spatial automatisé. La plateforme intègre des outils permettant de vérifier automatiquement la cohérence géographique des demandes de permis, mettant fin aux chevauchements et aux litiges territoriaux qui ralentissaient les investissements.
Vient ensuite la superposition des données, innovation majeure saluée par la ministre sous le slogan « Rendre l'invisible visible ». Le système combine données géoscientifiques, cartographie et zonage des énergies solaire et éolienne. Les investisseurs accèdent ainsi à une vision claire du territoire, transformant ce qui relevait de décennies d'archives en un système fluide et instantané. La règle, a insisté la ministre, est désormais la même pour tous.
L'intelligence artificielle est également mobilisée pour garantir une sécurité juridique immédiate dans le traitement des dossiers, en automatisant l'analyse de conformité.
Sur le plan des services dématérialisés, la plateforme prévoit le paiement en ligne des frais administratifs, la digitalisation et la signature électronique des documents, ainsi que l'édition de rapports et de tableaux de bord pour le pilotage des activités et le transfert de compétences.
Enfin, la question de l'interopérabilité a été pensée dès la conception. Des interfaces avec les systèmes existants du ministère sont programmées, portant notamment sur l'annuaire des utilisateurs, le système d'information géographique (SIG) et l'application de gestion de courrier.
Une vision ESG et continentale
Le projet ne se limite pas à une modernisation administrative. Il s'inscrit dans une vision plus large, à double ancrage. Le premier est une dimension ESG – environnement, social et gouvernance. Chaque projet minier devra bénéficier réellement aux territoires et respecter l'environnement. Le cadastre numérique matérialise l'engagement pris lors de la Déclaration de Marrakech de novembre 2024, où le Maroc avait plaidé pour un secteur minier responsable à l'échelle du continent.
Le second est une ambition continentale. Le Maroc se positionne dans le corridor OTC (One Trade Corridor), cadre africain de traçabilité et de normes ESG pour les minerais du continent. La vision portée par Benali est celle d'un minerai qui serait extrait dans un pays africain, partiellement transformé sur place, puis acheminé vers des installations marocaines alimentées par des énergies renouvelables, avant d'être exporté sous un label attestant du respect de standards définis à l'échelle africaine. Le cadastre numérique en est l'un des outils concrets, offrant la lisibilité nécessaire pour intégrer les chaînes d'approvisionnement mondiales dans des conditions de transparence.
Une technologie « au service de l'humain »
Point notable de l'allocution de Benali au GITEX : l'annonce d'une étape supplémentaire visant à rendre le système totalement accessible aux personnes malvoyantes. La ministre a insisté sur le fait que les opportunités ne doivent souffrir d'aucune barrière physique, affirmant que la technologie n'a de sens que si elle sert les gens. Cette dimension inclusive, rarement mise en avant dans les projets de digitalisation publique au Maroc, témoigne d'une volonté d'aller au-delà du discours purement technique.
Le cadastre minier numérique marocain rejoint un mouvement continental. La Côte d'Ivoire a lancé son « e-cadastre minier » en septembre 2025 et le Tchad a engagé un chantier similaire la même année. Plusieurs pays d'Afrique subsaharienne, du Botswana au Ghana en passant par le Rwanda, utilisent déjà des plateformes comparables, souvent développées avec des prestataires internationaux.
La réussite du projet marocain se mesurera à l'épreuve de l'usage réel. L'adoption par les opérateurs miniers, la fluidité effective des procédures, la réduction tangible des délais, et surtout la capacité à attirer de nouveaux investissements, dans un secteur que le Royaume considère comme un pilier de sa souveraineté économique et industrielle, seront les véritables critères de jugement.
Avec cette annonce au GITEX 2026, Leila Benali pose un acte politique autant que technologique. En s'adressant directement aux travailleurs miniers dès les premiers mots de son allocution, elle a voulu ancrer ce projet dans le concret. Reste à transformer la promesse numérique en réalité minière.
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