Le chinois Ningbo Gaofa fait du Maroc sa première base industrielle hors d’Asie
Une unité industrielle de l’équipementier chinois Ningbo Gaofa Automotive Control System. Crédit : DR
L'équipementier chinois Ningbo Gaofa Automotive Control System a confirmé son intention d'ériger le Maroc en pivot industriel de son expansion hors de Chine, selon le courtier Dongxing Securities. Le groupe coté à la Bourse de Shanghai, spécialisé dans les systèmes de commande de vitesse, les pédaliers d'accélérateur électroniques et les câbles pour l'automobile, prévoit de constituer une entité dédiée, nommée Gaofa Automotive Control System (Morocco) Co. Ltd, appelée à devenir sa principale plateforme de production hors Chine.
Annoncé en juillet 2025, le projet marocain mobilisera jusqu'à 20 millions de dollars (M $) sur fonds propres, selon le communiqué initial du groupe. Il sera détenu à 100 %, directement ou via la filiale d'investissement créée à Hainan en août 2025, ou encore via la société singapourienne du groupe enregistrée fin 2024. Les autorisations administratives n'étant pas encore finalisées, l'entité marocaine n'a pas, à ce stade, entamé sa procédure d'enregistrement, précise le rapport annuel 2025 de l'entreprise.
Une assise domestique qui finance l'export
L'offensive marocaine s'appuie sur une trajectoire chinoise robuste. En 2025, Ningbo Gaofa a dégagé un chiffre d'affaires de 1,58 milliard de yuans (environ 15,5 milliards de dirhams), en progression de 8,28 %, et un bénéfice net part du groupe de 216,2 millions de yuans (environ 290 millions de dirhams), en hausse de 13,43 %. La performance s'est faite à contre-courant du marché : l'entreprise a vu ses ventes d'ensembles de changement de vitesse électroniques croître de 12,26 % à 3,48 millions d'unités et celles de pédaliers bondir de 61,01 % à 11,96 millions d'unités, alors que la production automobile chinoise n'a progressé que de 10,2 % sur l'année.
Le premier trimestre 2026 marque un repli mesuré, avec un chiffre d'affaires en baisse de 5,55 % à 365,1 millions de yuans, mais la rentabilité tient bon, le bénéfice net progressant de 1,5 % à 46,9 millions de yuans. La marge brute consolidée ressort à 23,8 % au T1 2026, soit 2,6 points de plus qu'un an plus tôt, signe selon Dongxing d'un « contrôle des coûts robuste » dans un secteur automobile où la guerre des prix continue d'éroder les marges des fournisseurs.
L'entreprise dispose par ailleurs d'une trésorerie particulièrement abondante pour une entreprise de sa taille : ses liquidités, placements financiers et dépôts à terme atteignaient 1,028 milliard de yuans à fin 2025, soit près des deux tiers de son chiffre d'affaires annuel. Le groupe propose de distribuer 178,4 millions de yuans de dividende, soit 82,5 % de son bénéfice net, politique de redistribution élevée qui confirme que l'expansion internationale ne pèse pas sur la génération de cash.
Un puzzle international qui se met en place
L'année 2025 a marqué un tournant pour Ningbo Gaofa : le groupe a enregistré pour la première fois des revenus à l'étranger, modestes mais symboliques, à 7,24 millions de yuans, avec une marge brute (24,2 %) légèrement supérieure à celle du marché domestique. La filiale malaisienne du groupe a démarré sa production et fournit désormais le constructeur Proton, tandis que de premières livraisons à Stellantis et Renault Group ont été réalisées en petites séries.
C'est dans ce maillage que s'inscrit le Maroc. Dongxing souligne que le choix du Royaume répond à une « logique de proximité avec les clients internationaux » et de réduction des coûts, citant les avantages comparatifs marocains en matière de foncier, de main-d'œuvre et de fiscalité. Pour un fournisseur dont les comptes clés européens sont précisément Stellantis et Renault Group, tous deux dotés d'usines marocaines, l'équation industrielle est on ne peut plus cohérente.
Le Maroc, plaque tournante des équipementiers chinois
L'arrivée de Ningbo Gaofa s'inscrit dans une vague plus large d'équipementiers chinois. Le tissu automobile marocain attire désormais une cohorte régulière de fournisseurs chinois cherchant à contourner les tensions commerciales sino-occidentales, tout en se rapprochant des chaînes d'assemblage européennes. Exemple parmi d’autres, le groupe Ningbo Boway, également basé au Zhejiang, a ainsi verrouillé son investissement de 1,37 milliard de dirhams dans une usine d'alliages électroniques à Nador.
Le ticket de Ningbo Gaofa, plus modeste, n'en est pas moins stratégique : il valide la pertinence du Maroc non seulement comme zone d'assemblage, mais comme site de production de composants à forte valeur ajoutée, intégré aux chaînes mondiales d'approvisionnement. Pour le Royaume, qui ambitionne de jouer le rôle de plateforme industrielle entre l'Europe, l'Afrique et les chaînes de valeur automobiles mondiales, l'annonce conforte la trajectoire amorcée depuis l'arrivée de Renault Group à Tanger puis de Stellantis à Kénitra.
Reste à transformer l'essai. Dongxing Securities maintient sa recommandation à l'achat sur le titre, tablant sur un bénéfice net de 242 millions de yuans en 2026, 280 millions en 2027, et 325 millions en 2028, projections qui parient que l'implantation marocaine tiendra ses promesses opérationnelles. Le calendrier dépendra désormais de la vitesse à laquelle les autorités délivreront les autorisations nécessaires.
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