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11.02.2026 à 15 H 53 • Mis à jour le 11.02.2026 à 16 H 32 • Temps de lecture : 24 minutes
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1963-2026 : le retour des grandes eaux

HISTOIRE Plus de soixante ans après les inondations historiques de 1963, le nord du Maroc revit, en février 2026, le cauchemar des plaines submergées et des fleuves hors de contrôle. Entre mémoire d’un désastre et gestion moderne de l’urgence, l’eau rappelle, avec la même force, la fragilité des territoires et la nécessité d’en tirer enfin les leçons

Début février 2026. La tempête Leonardo arrose le nord du Maroc de pluies torrentielles, poussant les autorités à évacuer les populations dans plusieurs localités de la région. La ville de Ksar El Kébir, dans la province de Larache, a été durement touchée en raison de sa proximité avec l’oued Loukkos. Ce fleuve, le troisième plus important du pays, est sorti de son lit, noyant plusieurs quartiers et contraignant les autorités à fermer les écoles et les services publics. Selon les informations disponibles, près de 85 % des habitants de la ville ont été évacués.


« Nous avons quitté Ksar El Kébir en raison des inondations. L’eau et l’électricité ont été coupées par précaution », confie d’une voix chevrotante un vieil homme relogé dans un centre d’hébergement à Larache. Il fait partie des quelque 170 000 personnes évacuées en quelques jours. Un chiffre vertigineux, sans précédent dans l’histoire moderne du Royaume.


Sur la route de Larache, l’eau a effacé les repères. Les rues se confondent désormais avec le lit de l'oued Loukkos, qui n'en finit pas de déborder, et seuls quelques panneaux de signalisation émergent encore de l'étendue liquide. À bord de bateaux de sauvetage, des éléments des Forces armées royales progressent lentement, scrutant les façades, attentifs au moindre signe de vie. À chaque halte, des appels résonnent au pied des immeubles. Les militaires marquent des pauses, écoutent, recommencent. Lorsqu’une réponse se fait entendre, l’intervention s’organise avec méthode, sans précipitation.


Ksar El Kébir : mobilisation face aux risques d’inondationDes éléments des Forces armées royales et de la Protection civile conduisant les opérations d'évacuation dans la ville de Ksar El Kébir, en prévention des risques d’inondation. Crédit : MAP


Une telle scène de désolation n’est pas inédite. Ceux qui en ont encore la mémoire – les anciens, les historiens, les géographes – reconnaissent dans ce paysage submergé les stigmates d’un passé qui refuse de s'éteindre. Car soixante-trois ans plus tôt, presque jour pour jour, les mêmes plaines du Gharb, les mêmes vallées du Rif, les mêmes douars accrochés aux berges des oueds avaient connu une tragédie semblable. C’était en janvier 1963, l’année où l’eau a tout emporté.


Janvier 1963 : un pays fragile

Pour comprendre la portée du drame de janvier 1963, il faut d’abord se replacer dans le contexte d’un Maroc encore jeune, à peine remis des bouleversements de l’indépendance. Sept ans seulement se sont écoulés depuis que Mohammed V a proclamé la souveraineté retrouvée du royaume, le 2 mars 1956. Le pays cicatrise encore des plaies du protectorat. Dans les campagnes du Gharb, les structures coloniales de l’agriculture s’effritent lentement, laissant les fellahs face à leurs champs et à leurs incertitudes.


Le roi Hassan II, monté sur le trône en février 1961 après la mort subite de son père, n’a que 32 ans. Il hérite d’un royaume aux défis immenses. À peine trois ans plus tôt, en février 1960, le tremblement de terre d’Agadir avait fait 15 000 morts en quelques secondes, rayant de la carte une ville entière. Le pays n’a pas encore fini de reconstruire.


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