S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Grand angle
Enquêtes, reportages, récits et portfolios
27.05.2026 à 09 H 53 • Mis à jour le 28.05.2026 à 15 H 52 • Temps de lecture : 22 minutes
Par

Cent ans après sa reddition, quel était le véritable projet d’Abdelkrim ?

Histoire Le 27 mai 2026 marque le centenaire de la reddition de Mohammed ben Abdelkrim Al Khattabi au Protectorat français. Son héritage politique reste sujet à des interprétations divergentes : était-il monarchiste ou républicain, et luttait-il pour l'indépendance du Rif ou de tout le Maroc ? Yassin Akouh, journaliste, chercheur et auteur belgo-marocain spécialisé dans l’histoire du Rif, analyse la vision et les ambitions de cette figure emblématique de la résistance anticoloniale dans le nord du Maroc

Des années après la signature du traité de protectorat en 1912, la France et l’Espagne continuaient de consolider leur autorité sur le Maroc. La signature de ce traité par le sultan Moulay Abdelhafid ne signifiait pas que la population se résignait sans résistance à la domination coloniale. Au contraire : dans plusieurs régions, la résistance armée se poursuivait, en particulier dans les zones qui n’étaient pas encore totalement contrôlées par les puissances européennes. La Première Guerre mondiale ne fit qu’exacerber cette situation. 


Pendant cette guerre, une alliance germano-ottomane tenta de déstabiliser le Protectorat français à partir des zones à peine contrôlées du Protectorat espagnol. Un rôle central fut joué par Abdelmalek, fils du célèbre émir algérien Abdelkader, qui espérait déclencher une vaste insurrection contre la France. Moulay Abdelhafid, exilé en Espagne, se rallia également à ces projets, voyant dans la Grande Guerre une occasion unique de briser la présence française au Maroc et de reconquérir son trône. 


De la déstabilisation du Protectorat français…

La famille Al Khattabi rejoignit ces réseaux anti-français. Abdelkrim lui-même fut arrêté à Melilla par les autorités espagnoles, puis incarcéré 11 mois durant pour son implication présumée dans des activités visant à affaiblir la France. Au cours de sa détention, une tentative d’évasion échoua et se solda par une chute qui lui causa une grave blessure à la jambe, le faisant boiter pour le reste de sa vie.


Les Espagnols cherchaient surtout à faire pression sur son père, qui s’éloignait progressivement des autorités espagnoles pour se rapprocher des cercles anti-français. Pour Madrid, la situation était particulièrement sensible : officiellement neutre pendant la guerre, l’Espagne voyait cette neutralité menacée par les activités de la famille Al Khattabi.


Finalement, Abdelkrim fut acquitté, le juge d’instruction espagnol décidant qu’il ne pouvait être poursuivi pénalement et que l’affaire devait être classée sans suite. Le dossier judiciaire donnait toutefois un aperçu de ses convictions politiques : selon le juge, Abdelkrim ne cachait ni sa sympathie pour les Jeunes-Turcs et pour l’Allemagne ni son hostilité ouverte à la France. En même temps, le magistrat constatait qu’il se montrait toujours respectueux et courtois envers l’Espagne, tout en mettant fortement en doute la sincérité de cette prétendue loyauté. 


Abonnez-vous pour continuer la lecture

à partir de 40 dh par mois

(facturé annuellement)

Choisir une offre

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.

De longs formats Enquêtes, reportages, récits et portfolios