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20.02.2016 à 11 H 49 • Mis à jour le 20.02.2016 à 12 H 08
Par
Attentats de Paris

Un des kamikazes aurait déjoué la surveillance des services marocains

Document d’identité de Brahim Abdeslam, français d’ascendance marocaine et résident régulier en Belgique. POLICE FRANCAISE
Selon des informations révélées par L’Express, Brahim Abdeslam, un des auteurs des attentats de Paris, aurait auparavant transité par le Maroc pour suivre une formation militaire auprès de Daech. Une commission rogatoire belge auprès des autorités marocaines tenterait d’établir cette thèse.

Selon des informations exclusives révélées par L’Express, la police belge étudie une nouvelle piste à propos du séjour de Brahim Abdeslam en Syrie, au cours de l’année 2015. Le kamikaze, l’un des neuf auteurs des attentats de Paris, pourrait avoir rallié les rangs de l’organisation Etat islamique en transitant par le Maroc.


Ibrahim (Brahim) Abdeslam, français, né en 1984 à Bruxelles, était le grand frère de Salah Abdeslam. Les enquêteurs ont établi qu’il s’était fait exploser le 13 novembre 2015 à 21 h 43 devant la brasserie Comptoir Voltaire. La police ignore s’il était à bord de la Seat avec la troisième équipe, mais avait conclu que c’était lui qui l’avait louée en Belgique.


Une vidéo diffusée le 24 janvier dans un camp de Raqqa

La présence de Brahim Abdeslam à Raqqa, la ville épicentre de l’Etat islamique en Syrie, a été attestée par une vidéo diffusée par l’organisation terroriste le 24 janvier dernier. Dans ce film d’une durée de 17 minutes, tout à la gloire des auteurs des attentats du 13 novembre 2015. Brahim Abdeslam apparaît brièvement, vêtu de noir et tirant à la kalachnikov sur un mur où est écrit « A mort mécréants ». Des cibles sont tracées grossièrement contre ce mur jauni. Contrairement aux autres terroristes du groupe, il ne s’exprime pas et n’est pas filmé en train de décapiter un prisonnier.


La présence de Brahim Abdeslam à Raqqa, la ville épicentre de l'Etat islamique en Syrie, a été attestée par une vidéo diffusée par l'organisation terroriste le 24 janvier dernier. Dans ce film d'une durée de 17 minutes, tout à la gloire des auteurs des attentats du 13 novembre 2015. CAPTURE ECRAN/ VIDEO DE PROPAGANDE DE DAECH


La séquence a été tournée dans un camp d’entraînement de Daech situé au nord de Raqqa et baptisé Division 17. Des dunes de sable sont visibles. « Nous savons qu’il n’a fait qu’un bref séjour en Syrie, une semaine, peut-être dix jours », souligne une source policière belge à L’Express. Abdeslam y aurait donc reçu une formation sommaire au maniement des fusils d’assaut et au lancé de grenades. Sa préparation à commettre un attentat a visiblement était plus brève que pour d’autres complices dans les fusillades de Paris, dont la plupart auraient passé beaucoup plus de temps sous la coupe des instructeurs de Daech.


La courte durée de son « stage de mort » auprès des terroristes aurait permis ne pas alerter son premier cercle familial sur ses activités, ni attirer l’attention des services de renseignement belges. Il est à rappeler cependant que Brahim Abdeslam était surveillé, mais n’était pas considéré comme un individu particulièrement dangereux.


La formation sommaire du jihadiste ne l’a pas empêché de semer la mort dans les rues de Paris. Le 13 novembre, il tire sur des clients attablés dans des cafés et des restaurants parisiens du XIe arrondissement avant de se faire exploser en actionnant son détonateur dans la brasserie du boulevard Voltaire.


Quand et comment a-t-il pu se rendre en toute impunité en Syrie pour recevoir sa formation militaire auprès de l’organisation Etat islamique ? La question est aujourd’hui au centre de l’enquête menée par la police belge.


Celle-ci planche désormais sur deux hypothèses : la première, suggère que le jihadiste, français, résident de Molenbeek et à l’ascendance marocaine, a pu séjourner en Syrie en janvier 2015, avant d’être intercepté en Turquie par la police locale, puis renvoyé en Belgique. Au moment de cette interpellation, il aurait prétendu « être en vacances ». Les autorités judiciaires belges se demandaient à l’époque s’il n’avait pas échoué à franchir la frontière.


La séquence vidéo sur laquelle Brahim Abdeslam a été identifié a été tournée dans un camp d'entraînement de Daech situé au nord de Raqqa et baptisé Division 17. CAPTURE ECRAN/ VIDEO DE PROPAGANDE DE DAECH


Selon les informations obtenus par L’Express, les enquêteurs belges examinent de près une seconde possibilité encore plus inquiétante : Brahim Abdeslam a pu gagner discrètement la Syrie à l’occasion de l’un des séjours qu’il a effectués au Maroc, pays d’origine de sa famille, au cours de l’année 2015.


Aussi, afin de brouiller les pistes, il aurait emprunté successivement des vols à partir de la Belgique à destination du Maroc et, ensuite du Maroc vers Syrie. Pour son retour, il aurait alors emprunté l’itinéraire inverse.


« Brahim Abdeslam a séjourné plusieurs fois au Maroc en 2015, notamment en août, dans la région de Nador », a indiqué à L’Express, une source proche de l’enquête en Belgique. Les limiers belges tentent maintenant de vérifier « s’il n’a pas profité de ces occasions pour rallier la Syrie ».


Une commission rogatoire auprès du Maroc

La justice belge a d’ailleurs lancé une commission rogatoire internationale auprès des autorités marocaines afin que ces dernières retracent les éventuels déplacements de Brahim Abdeslam durant ses séjours.


L’homme de trente ans avait justifié ses voyages marocains par un projet de mariage à Nador, où réside une partie des membres de sa famille. Selon son entourage, qui a toujours affirmé n’avoir jamais décelé sa radicalisation, Brahim Abdeslam était toutefois toujours accompagné par des proches lors de ces séjours, précise L’Express.


Il n’a donc jamais voyagé seul et ainsi pu se déplacer du Maroc vers la Syrie avant de rallier par le même chemin le territoire belge, et vice et versa, sans éveiller le moindre soupçon. L’Express qui dit avoir contacté l’un de ses intimes, affirme que dans son entourage, cette thèse est à peine croyable.


Si cette thèse se vérifie, elle mettrait à mal la capacité du renseignement belge à déterminer la dangerosité d’un terroriste potentiel évoluant sur son sol, au même titre que celle des agents français à suivre pas à pas tous les candidats au Jihad répertéroriés sur les fameuses fiches S qui ont soulevé une vive polémique dans l’Hexagone.


Par ailleurs, si la commission rogatoire belge établit que Brahim Abdeslam a pu, au départ du Maroc faire le voyage vers la Syrie sans être inquiété –  très probablement via le territoire turc –  et revenir par le même chemin avant de rallier la Belgique, cela prouverait que la surveillance des terroristes en herbe par les services marocains n’est pas aussi tatillonne que prétendu par Rabat.