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10.05.2016 à 19 H 54 • Mis à jour le 11.05.2016 à 14 H 43
Par
International

Au Canada, l’industrie pétrolière touchée de plein fouet par la fournaise

L’ensemble des compagnies pétrolières du bassin des sables bitumineux ont suspendu ou considérablement réduit leurs opérations. La baisse de production représenterait entre 1 et 1,5 million de barils de pétrole par jour, selon les experts, alors que la production de ce bassin atteignait environ 2,5 millions de barils avant les feux. REUTERS
Le feu ravage les forêts canadiennes de l’Alberta, encerclant Fort McMurray, une ville qui s’est développée grâce aux matières premières abondantes dont regorge la région. Les autorités gèrent pour le moment une crise humanitaire, mais devront également faire face aux enjeux environnementaux et économiques posés par ce désastre.

204 000 hectares de forêt, soit 2 040 km², ont été réduits en cendre dans l’État de l’Alberta, au Canada. Une catastrophe écologique qui va marquer la région pendant des dizaines d’années. Le week-end dernier, pas moins de 1 400 pompiers étaient mobilisés pour combattre les flammes. 43 incendies ont du être repoussés simultanément, nécessitant l’intervention de 133 hélicoptères et 27 camions-citernes. 100 000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer.


La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, a annoncé lundi que « l’océan de flammes » qui avait déferlé sur Fort McMurray avait détruit environ 10% des édifices de la ville, mais que le travail acharné des pompiers avait permis de sauver la majeure partie de municipalité. SCOTT OLSON GETTY / AFP


Plus de 42 000 ménages se sont inscrit à la Croix Rouge pour recevoir de l’aide. Heureusement, dépassés par les événements pendant près d’une semaine, les secours ont pu compter sur une météo plus arrangeante ces derniers jours, avec une baisse des températures et l’arrivée d’une pluie fine freinant la progression des flammes.

Ville fantôme

Au coeur de la fournaise, la ville de Fort McMurray canalise l’essentiel de l’attention. Entourée par le feu, l’intégralité de ses 80 000 habitants ont été évacués, et accueillis dans des centres d’hébergement d’urgence, des campings ou des caravanes. Dans la folie de l’évacuation, deux personnes ont perdu la vie lors d’accidents de la route, mais aucune victime directe de l’incendie n’est à déplorer.


40 à 50% du territoire de la ville aurait pu être rasé si les pompiers n’avaient pas réussi à tenir le brasier loin de plusieurs quartiers de Fort McMurray. COLE BERSTON /AFP


Pendant encore au moins deux semaines, ils ne pourront pas retourner chez eux, a déclaré la Première ministre de l’Alberta Rachel Notley. Elle a indiqué que, contrairement à ce que l’on pourrait croire en observant la multitude d’images de la ville dévastée, ce ne sont en fait « que » 10 % de Fort McMurray qui ont été décimés. Un chiffre à relativiser puisqu’il ne prend en compte que les dégâts causés par le feu lui-même : plus de 2 400 bâtiments ont été ravagés par les flammes.


Les brasiers sont encore persistants autour de Fort Mc Murray. Les services des pompiers avec les équipes spécialisées des entreprises ont dégagé, avec des engins de chantier, de larges bandes de forêts et de broussailles autour des sites pour éviter qu’avec les vents les flammèches ne se propagent. CHRIS WATTIE / REUTERS


La fumée a sans doute rendu de nombreuses habitations inhabitables celle se trouvant au niveau du sol présentant un danger pour la santé. L’agence Environnement Canada alerte sur une dégradation de la qualité de l’air, et prévient que le vent peut amener de la fumée nocive dans des zones pourtant pas concernées par le feu. Des symptômes de toux, irritation de la gorge, maux de tête et difficultés respiratoires sont attendus, notamment chez les personnes à risque (enfants, personnes âgées, asthmatiques…) David Yurdiga, député fédéral de la région, s’est tout de même montré plutôt optimiste. « On va se relever beaucoup plus rapidement que je ne le pensais. Toutes nos infrastructures-clé sont encore debout. Notre hôpital est là, nos écoles. Notre usine de traitement des eaux fonctionne », a-t-il fait savoir.

Des dégats qui vont coûter cher

Mais il devrait tout de même s’agir de la plus grande catastrophe naturelle de l’histoire du Canada, en tout cas de très loin la plus coûteuse. Une première estimation fait état de 9 milliards de dollars canadiens (67 MMDH) de dédommagements versés par les assurances. Le précédent record date de l’épisode de la pluie verglaçante de 1998 au Québec, qui avait coûté 1,9 milliards de dollars canadiens aux assureurs.


Les autorités ont laissé savoir lundi que le feu s'étendait sur plus de 2000 kilomètres carrés et qu'il progressait surtout vers l'est. Les pompiers ont qualifié les températures plus fraîches de la journée de bonne nouvelle pour leur lutte contre le brasier. MARK BLINCH / REUTERS


Mais surtout, ce sont les conséquences sur l’industrie du pétrole qui inquiètent (ou réjouissent, en fonction du degré d’intérêt pour l’écologie). La zone héberge la troisième réserve mondiale de pétrole connue grâce à ses sables bitumineux, dont on peut extraire de l’or noir, qui s’étendent sur 142 000 km², rappelle Radio-Canada. Plusieurs sites d’exploitation ont été fermés, faisant chuter la production de 2,5 millions de barils quotidiens à environ deux fois moins. Les installations pétrolières ont été épargnées, mais la main d’oeuvre va être compliquée à trouver.

« Fort McMoney »

Un coup dur pour l’Alberta, déjà en crise depuis la chute des cours du pétrole. Ces derniers mois, Fort McMurray a vu le départ de près d’un tiers de sa population, laissant la même proportion de logements vacants. Les investissements dans l’énergie, qui faisaient l’attractivité de la région, ont nettement reculé, avec une baisse de 62 % entre 2014 et 2016 selon Le Monde. Interrogé par l’Obs, le journaliste canadien David Dufresne, auteur du webdocumentaire présenté sous le format d’un jeu vidéo « Fort McMoney », indique que la ville « a triplé sa population en quelques années » quand il a été décidé d’exploiter la zone. Mais après des années d’activité économique exceptionnelle, la province a énormément souffert du retournement du marché pétrolier.


Après les évacuations et la maîtrise des feux dans la ville, où des décombres continuent de fumer, une deuxième phase a été amorcée lundi pour remettre en état les infrastructures vitales. CHRIS WATTIE / REUTERS


De 120 000 habitants, la population de Fort McMurray est passé aux alentours des 80 000 au gré des destructions d’emplois. Selon Statistique Canada, l’Alberta a perdu 21 000 emplois tous secteurs confondus rien qu’en avril 2016. Pour le secteur pétrolier, c’est la perte de 35 000 emplois en un an qui est déplorée. Un chiffre qui dépasse les 100 000 si on comptabilise l’impact sur les sous-traitants et les intermédiaires. Et les mauvaises nouvelles se sont accumulées avec la prise de pouvoir de Justin Trudeau, dont le gouvernement a plafonné les aides publiques à la production des sables bitumineux et demandé la réduction de l’empreinte carbone de l’industrie. En décembre 2015, c’est Barack Obama qui a porté un coup dur au secteur en posant son veto au sujet d’un projet d’extension de l’oléoduc Keystone XL, censé approvisionner de pétrole canadien des raffineries du Texas. Il est encore trop tôt pour estimer les conséquences de ces incendies sur l’industrie pétrolière, mais elle devraient être très importantes, et avoir une répercussion non négligeable sur l’économie du pays dans sa globalité : 20 % du PIB canadien provient du pétrole.