Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements

Connectez-vous

Mot de passe oublié ?

Abonnez-vous !

Découvrez l'offre de lancement du Desk

60 DH
1 mois
Découvrir les offres
30.05.2016 à 10 H 56 • Mis à jour le 30.05.2016 à 12 H 28
Par
A nos lecteurs

Au Maroc, le trou noir des sources officielles

Le Desk a confirmé le 27 mai l’information faisant état du décès du général Arroub sur la base d’une information livrée par une source autorisée. Il s’avère que celle-ci n’a pas été fiable. Dans l’intérêt de la profession et du public, nous dévoilons son identité institutionnelle.

Le 27 mai, Le Desk confirmait le décès du général Bouchaïb Arroub, inspecteur général des Forces armées royales et commandant de la zone Sud depuis juin 2014. L’information avait été donnée par L’Economiste sur son site internet, qui citait des « sources sures ». Elle a été retirée depuis.


Le Desk ne s’est pas seulement appuyé sur l’alerte de L’Economiste. Nous avons, comme on dit dans le jargon du métier, recoupé l’information par nos propres moyens.


La règle générale en matière de déontologie journalistique veut que les sources soient identifiées, et ce, afin de permettre au public d’évaluer le mieux possible la compétence, la crédibilité et les intérêts défendus par les personnes dont ils diffusent les propos.


En revanche, les journalistes gardent secrète l’identité de leurs informateurs à qui ils ont promis la confidentialité. Les conditions d’anonymat sont nécessaires, notamment lorsqu’il existe un risque de mise en danger de la source. Les journalistes ne communiquent alors aucun élément permettant de la rendre identifiable, et ce dans la majorité des circonstances.


Ce pacte de confiance permet à des enquêtes d’intérêt public d’être dévoilées au grand jour. C’est donc une mesure qui demeure exceptionnelle.


Dans l’affaire Arroub, la situation est quelque peu différente. Il ne s’agit pas d’investigation, mais d’informer l’opinion sur un événement relatif à une personnalité représentant une institution majeure : l’armée.


Il faut savoir que la sphère de la vie privée est plus restreinte pour les personnalités publiques. Le respect de la sphère privée fait en pratique l’objet de dérogation lorsque l’information de nature privée est liée à l’activité pour laquelle la personne concernée est connue du public. Notre recherche insistante de l’information sur l’état de santé du général Arroub n’est donc pas une intrusion dans son intimité et la douleur de ses proches, comme ont pu le dire certains commentateurs sur les réseaux sociaux.


Au Maroc, comme dans d’autres pays où l’accès à l’information est extrêmement difficile et où le droit à cette information est souvent bafoué, l’armée, et plus généralement les corps constitués, sont totalement opaques. Ce n’est pas la première fois que nos démarches auprès de l’armée ou des services de renseignement militaires se voient confrontées au mur du silence. D’ailleurs, les points de contacts avec ces institutions sont inexistants pour la presse. Aucun communiqué officiel, ni de dépêche de l’agence officielle MAP n’a rendu compte de l’hospitalisation en urgence du haut-gradé, information donnée par ailleurs par des sources privées ou médicales.


Encore une fois, nous avons bien entendu tenté de joindre l’Etat-major des armées qui, d’interlocuteur en interlocuteur, nous a raccroché au nez, sans autre forme de réponse. Les sources gouvernementales civiles, y compris le porte-parole du gouvernement, ne répondent jamais à des questionnements relatifs aux sujets militaires ou d’ordre sécuritaire. Au mieux, elles avouent leur incapacité à pouvoir répondre, étant elles-mêmes non-informées.


Dans un cas pareil, en dernier recours, il reste pour la presse la possibilité, certes risquée mais nécessaire, d’interroger des sources connexes officielles, dites autorisées, c’est-à-dire dont l’autorité est reconnue, accréditée, patentée et fondée. La source du Desk dans le cas Arroub a été catégorique sur son décès. Information que nous avons légitimement décidé de publier.


Lorsque l’anonymat est requise par la source autorisée, ce qui était le cas, le journaliste doit s’assurer que cette demande ne constitue pas un subterfuge pour manipuler l’opinion publique ou décrédibiliser la presse en l’induisant en erreur. Il se doit alors de la décrire au mieux, afin que le public puisse tout de même juger de sa crédibilité, chose que Le Desk n’a pas fait, ce qui constitue, nous le concédons, une erreur, alors que par ailleurs, nombre de nos confrères, dans le doute, retiraient simplement leurs articles, sans autre forme de communication.


D’autres ont choisi d’interroger le cercle familial du général Arroub. Un choix compréhensible, mais nous savons par ailleurs que dans le cas d’une information touchant à l’armée, les sources parentales, aussi solides soient-elles, ne doivent pas entrer en compte, pour des raisons liées au protocole. Elles permettent au mieux de conforter une version contre une autre.


En choisissant de suivre notre source autorisée, avons-nous renoncé au scepticisme qu’exige notre profession ? Non. En pratique, la fiabilité éprouvée d’une source suffit à la diffusion de l’information, d’autant que la source en question est apte à la confirmer. Or, il se trouve que dans notre environnement, une source officielle, ordinairement fiable, indéfectible par l’expérience, peut aussi s’avérer trompeuse.


Dans le cas d’espèce, le pacte de confiance a été brisé. Il s’avère que notre source nous a abusés, volontairement ou par incertitude non déclarée, ce qui, dans les deux cas constitue une forme de légèreté, ou au pire une manipulation qui porte atteinte à notre image et à notre crédibilité. Nous ne ferons donc plus recours à ce canal.


L’obligation déontologique dans pareilles circonstances est de lever l’anonymat de cette source, du moins son origine institutionnelle étant incapables d’en définir les motivations exactes, et ce dans l’intérêt du public et de la profession que nous représentons. Il s’agit d’une source au ministère de l’Intérieur.


A nos lecteurs, au général Bouchaïb Arroub et à ses proches, nous présentons nos excuses.