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29.06.2016 à 11 H 17 • Mis à jour le 29.06.2016 à 11 H 19
Par
Justice

Amnesty demande la relaxe immédiate des sept prévenus du procès Monjib

L’historien Maâti Monjib lors d’une conférence donnée au Centre Ibn Rochd. AIC PRESS
Le procès Monjib reprend aujourd’hui à Rabat. L’ONG s’inquiète qu’au Maroc des journalistes sont menacés d'emprisonnement parce qu'ils ont tenu une formation sur une application de smartphone.

Une nouvelle audience du « procès des sept activistes », Maâti Monjib, Rachid Tarik, Samad Ayach, Hicham Mansouri, Maria Moukrim, Hicham Khribchi et Mohamed Essabr, se tiend aujourd’hui à Rabat, en présence d’observateurs internationaux. Leur Comité national de soutien organise ce matin par ailleurs une conférence de presse au siège de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Rabat


« Le procès qui s’ouvre contre sept journalistes et militants mis en cause parce qu’ils ont formé des personnes au journalisme citoyen pourrait créer un dangereux précédent en matière de restriction de la liberté d’expression », a déclaré Amnesty International dans un communiqué diffusé ce jour.


Sept personnes comparaissent en procès à Rabat après avoir mené une formation au journalisme citoyen via l’utilisation de smartphones. Ils font partie de plusieurs groupes associatifs non-reconnus ou très peu tolérés par l’Etat, comme Freedom Now, l’Association marocaine des journalistes d’investigation (AMJI), de l’Association des droits numériques (ADN), ou encore le Centre Ibn Rochd d’études et de communication et l’Association marocaine pour l’éducation de la jeunesse (AMEJ). La plupart militent au sein du Mouvement du 20-février, une mouvance de la jeunesse pro-démocratie et anti-corruption ayant émergé en 2011 au Maroc dans le contexte des soulèvements populaires dans la région.


Un test pour la liberté de la presse

 « Le procès de ces journalistes est préoccupant et aura valeur de test pour la liberté de la presse au Maroc », a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International. « Les accusations selon lesquelles les journalistes et les citoyens qui s’expriment librement mettent en péril la sûreté de l’État sont extrêmement inquiétantes », a-t-elle déclaré.


Selon des documents officiels du tribunal, cinq des prévenus, notamment l’historien Maâti Monjib, 54 ans, sont accusés d’ « atteintes à la sûreté intérieure de l’État » par le biais d’une « propagande » de nature à « ébranler la fidélité que les citoyens doivent à l’État et aux institutions du peuple marocain » (article 206 du Code pénal). S’ils sont déclarés coupables, ils pourraient se voir infliger une peine allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, rappelle Amnesty.


Maâti Monjib est par ailleurs inculpé d’escroquerie, l’enquête diligentée par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) sur la comptabilité de ses activités associatives ayant officiellement conclu « à des malversations et des détournements », ce que l’intéressé à maintes fois contesté s’insurgeant contre ce qu’il considère comme « un procès politique ». Les deux autres prévenus, les journalistes Maria Moukrim, 39 ans, et Rachid Tarik, 62 ans et à la retraite, sont jugés pour avoir « reçu des fonds étrangers sans en avoir informé le secrétariat général du gouvernement ».


Amnesty International demande aux autorités d’abandonner les charges pesant contre les prévenus. Ces derniers mois, le gouvernement marocain a annoncé de grandes réformes dans le domaine de la justice, et notamment une refonte du Code pénal. Adopté par le gouvernement le 9 juin, « le projet de loi de modification du Code pénal contient des dispositions positives en matière de droits humains », reconnaît l’ONG. Toutefois, celle-ci précise que l’article 206, « utilisé pour restreindre la liberté d’expression, demeure toutefois inchangé, ce qui met en évidence les profondes défaillances qui persistent dans la loi ».


Le journalisme citoyen en ligne de mire

« Les autorités marocaines doivent abandonner immédiatement les charges qui pèsent de manière intolérable contre les sept journalistes et militants », a déclaré Mughrabi ». « Elles doivent abroger l’article 206, ou le modifier de telle manière qu’il ne puisse plus être utilisé pour restreindre de manière arbitraire la liberté d’expression », a-t-elle précisé.


Mise au point par l’ONG hollandaise Free Press Unlimited (FPU), le Guardian Project et Small World News, StoryMaker est une application sécurisée qui permet à des journalistes citoyens de publier des contenus de manière anonyme s’ils le souhaitent. FPU a récemment fait savoir qu’elle n’avait reçu aucune réponse à sa demande de rendez-vous avec les autorités marocaines – il s’agissait de leur expliquer le travail qu’elle mène et de leur donner des précisions sur l’application StoryMaker. Comme Amnesty, FPU demande aux autorités marocaines d’abandonner les poursuites contre les sept prévenus et de ne pas intenter de procès à la liberté d’expression.


Lire notre enquête : Maâti Monjib, le procès d’une obsession d’Etat