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26.12.2016 à 00 H 13 • Mis à jour le 26.12.2016 à 11 H 51
Par
Gouvernement

Acculé, Benkirane entame un second round de négociations en terrain balisé par le Palais

Abdelilah Benkirane, SG du PJD et chef du gouvernement désigne et Hamid Chabat, patron de l’Istiqlal. Benkirane va-t-il sacrifier son allie sur l’autel de la realpolitik ? YASSINE TOUMI
Le PJD acquiesce « par plébiscite » aux instructions royales. Fait notoire, la feuille de route édictée par le roi depuis Dakar est publiquement entérinée par le parti islamiste victorieux des législatives d'octobre. Hamid Chabat, verrou de l’istiqlal, en sera sans doute la victime expiatoire. Analyse

L’ entrevue d’Abdelilah Benkirane avec les émissaires du roi a eu un effet immédiat et conséquent. Le secrétariat général du PJD a tenu samedi au siège central du parti à Rabat une réunion marathon sous la présidence du patron du parti et chef du gouvernement désigné par la force constitutionnelle. Objectif, selon les termes de son communiqué  : se conformer « par plébiscite » aux instructions du roi Mohammed VI transmises par ses deux conseillers, Omar Kabbaj et Abdellatif Mennouni, et dont la démarche avait été – détail important –  rendue publique.


Le parti a fait état de « sa détermination à (…) accélérer le processus de formation du gouvernement », appelant « les parties concernées à coopérer pour la réussite de cette entreprise », dit le communiqué


Dans ce contexte, et selon la même source, le secrétariat a encouragé « le secrétaire général du parti et chef du gouvernement d’engager un nouveau cycle de consultations pour explorer la volonté des formations partisanes sur leurs positions finales quant à la participation au gouvernement », rapporte le communiqué.


Fait remarquable, l’instance du PJD insiste pour que ce nouveau round de consultations doit avoir pour cap « les directives royales contenues dans le discours prononcé par le roi Mohammed VI à Dakar et (…) le cadre général précisé par le PJD dans son communiqué du 2 novembre 2016 à savoir le respect de la volonté populaire, des règles démocratiques et des attentes des citoyens ».

 

De Dakar, le souverain avait édicté sa vision sur le futur gouvernement : « Le Maroc a besoin d’un gouvernement sérieux et responsable. Toutefois, la formation du prochain gouvernement ne doit pas être une affaire d’arithmétique, où il s’agit de satisfaire les desiderata de partis politiques et de constituer une majorité numérique, comme s’il était question de partager un butin électoral », avait dit le roi dans un passage significatif de son discours qui sonnait comme un rappel à l’ordre adressé avant tout à celui qui mène depuis sa victoire du 6 octobre des consultations ardues avec les principales formations politiques, ayant abouti depuis plusieurs semaines à un blocage inédit. « Le gouvernement, c’est plutôt un programme clair et des priorités définies concernant les questions internes et externes (…) Un gouvernement apte à aplanir les difficultés héritées des années passées, concernant le respect des engagements du Maroc vis-à-vis de ses partenaires », avait insisté le roi.

 

Une sédition oubliée par oukaze direct du Palais

La diffusion savamment orchestrée par le PJD de l’enregistrement vidéo de l’allocution de Benkirane au Conseil national du parti, une semaine après son tournage et le prononcé du discours du roi, révélait que la crise dépassait le seul cadre partisan. Elle mettait en lumière une hostilité déclarée du chef du gouvernement et de tout l’appareil politique du PJD à Aziz Akhannouch et en filigrane à la vision royale.


Or, la teneur du communiqué du secrétariat général du PJD après son conclave de samedi marque un assouplissement notoire du discours qui prévalait majoritairement au sein de la direction du parti. Des voix critiques, en interne, mais aussi et surtout dans les rangs de ses adversaires attribuent aux « faucons », personnifiés dans le député d’Oujda Abdelaziz Aftati, le directeur de cabinet de Benkirane Jamaâ Moatassim, et surtout Abdelali Hamieddine « grand théoricien du tahakkoum », selon l’expression consacrée du site Le360, la ligne dure de la formation islamiste.


Ce revirement transparait dans la manière avec laquelle le parti a diffusé ce communiqué sans tambour ni trompettes. On est bien loin de la mise en scène du 14 novembre annonçant sur les réseaux sociaux la sortie ténébreuse de Benkirane, suivie d’autant de commentaires et de photographies montrant le patron du PJD impérieux et grave.


Et pour cause, désormais forcé à la conciliation, le PJD ne s’oppose plus à la vision royale qui fustigeait la logique « arithmétique » que Benkirane jugeait pourtant comme seule garante de « la volonté populaire ». Aussi, la persistance à faire référence à cette « volonté populaire » dans le communiqué du PJD, après avoir concédé au balisage serré de Mohammed VI, n’est là que pour sauver la face d’un parti victorieux mais incapable de constituer une coalition et surtout passablement éreinté. La posture de résistance, voire de sédition de Benkirane, fait irrémédiablement partie du passé.


Benkirane ne maîtrise plus le tempo des négociations et devra en toute logique être forcé de revenir sur son engagement impérieux donné à l’Istiqlal – et à Hamid Chabat en particulier- de lui assurer une place confortable au gouvernement.


Selon des sources au sein du parti de la lampe, le chef du gouvernement désigné devrait se réunir avec Aziz Akhannouch, figure de proue du RNI et bêta-bloquant inattendu du PJD, dans la matinée du mardi 27 décembre. Des consultations devront suivre avec d’autres écuries partisanes le jour même, dit-on, mais elles sont, comme tout le monde le sait, périphériques.


Une voie d’échec pour Benkirane

Quelles sont les cartes en main de Benkirane sous pression et qui a pour ultimatum de présenter sa liste au roi avant début janvier, (date hautement symbolique : la liste gouvernementale du gouvernement Benkirane I avait été approuvée et nommée officiellement le 3 janvier 2012) ?


S’il échoue dans cette dernière ligne droite, il devra rendre son tablier au profit d’une autre personnalité du parti. Au-delà, les options sont hypothétiques tant la Constitution est bien aphone à ce sujet. Les alternatives logiques au sein du PJD sont impensables pour la base forgée aux idées du Mouvement unicité et réforme (MUR), matrice idéologique et religieuse du parti.


Parmi les cadors du PJD, les candidatures alternatives envisageables sont d’ores et déjà anéanties : El Mostafa Ramid, hier grande gueule du parti, torpillé par tant de renoncements à la tête du ministère de la justice, a tenu la lame pour l’immolation du bélier lors de la cérémonie de baptême du nouveau-né du prince Moulay Rachid. Anecdotique dans l’absolu, dans l’imagerie populaire et selon les rites et codes du Makhzen, elle est synonyme de symbole d’obédience totale. En politique moderne, cela vaut disqualification directe. Reste le psychiatre et alem Salahedine El Otmani, figure respectée mais tuée dans l’œuf par le Palais après sa mandature inconsistante aux Affaires étrangères et son éviction ourdie de la tête du PJD. Benkirane l’a bien compris en amont en faisant de lui un simple chauffeur de salle lors de ses meetings électoraux. Les seconds couteaux, comme le sidi kacmi Abdelaziz Rebbah dont certains perçoivent une carrière assuré par son opportunisme déclaré, il demeure encore dans l’anti-chambre du Makhzen qui évalue sans précipitation le ralliement ventre à terre de tels louveteaux aux dents longues.


A la sortie des urnes, l’option de renonciation de Benkirane était de l’ordre de la politique-fiction, mais le chef du gouvernement désigné a perdu de sa superbe depuis sa victoire tonitruante d’octobre. En s’enfermant dans des tractations impossibles, il s’est lui-même vidé de son capital de départ accumulé depuis 2011 –  alors qu’il avait combattu le Mouvement du 20 Février-,  en surfant sur la contestation de la rue marocaine inspirée des révolutions arabes. Pourtant, il repartait, malgré un bilan mi-figue, mi-raisin et un programme byzantin–  , grâce à sa victoire au terme des législatives avec un palmarès exceptionnel : celui d’être le premier chef de gouvernement à tenir la barre pour dix ans et de surcroit sur une base populaire.


Après « le feu vert » donné par le secrétariat général du PJD à son champion, celui-ci ne risque pas, sauf surprise, de perdre son statut, mais il a accepté se faisant avec les formes d’usage, de s’engager dans la voie d’un compromis fatal.


Le RNI, comme le rappelle Medias24, –  vidéo propagandiste publiée à l’appui sans véritable démarcation alors qu’elle vient d’être opportunément repostée sur Youtube –  veut la tête de Hamid Chabat, allié instable et de circonstance de Benkirane, honni d’ailleurs par tant d’Istiqlaliens pour ses saillies mi-loufoques, mi-terrifiantes. Sauf qu’au moment où la campagne électorale battait son plein et que le thème galvaniseur du tahakkoum était en vogue pour fustiger la main invisible du Makhzen, le PJD en a fait son partenaire inaliénable à l’instar d’un PPS résolu depuis au silence absolu.


Issue possible : si Abdelilah Benkirane a commis une erreur politique en consacrant Chabat faiseur de roi, il n’a toujours parlé que d’une promesse indéfectible au parti de la balance, donc… pas forcément à son leader. Un interstice politique qui devrait le sortir de l’ornière. Mais à quel prix ?