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25.03.2018 à 15 H 48 • Mis à jour le 26.03.2018 à 10 H 57
Par
Justice

L’Affaire PC Tech révélée en 2004 par Le Journal Hebdo devant la justice américaine

Notice du FBI annonçant la capture aux Etats-Unis de Fouad Steven Nacim en cavale depuis 2002. FBI
Il y a 14 ans, Le Journal Hebdo retrouvait la trace au Maroc de Steven Nacim, un marocain naturalisé américain recherché par le FBI pour escroquerie. Il avait fondé une société de matériel informatique à Casablanca qui livrait entre autres des ordinateurs à bas prix à Maroc Telecom. Après 16 ans de cavale, il vient de se livrer aux autorités du New Jersey. Retour sur une affaire au long cours…

C’est l’histoire extraordinaire d’une famille de jeunes businessmen soupçonnés d’avoir « plombé l’économie du New Jersey », écrivait Le Journal Hebdomadaire dans son édition du 17 juillet 2004…


« Près de 16 ans après avoir fui au Maroc après avoir été inculpé dans le cadre d’une fraude bancaire de 2,8 millions de dollars, un homme de 49 ans est actuellement détenu dans un établissement fédéral. Steven Nacim a accepté de se rendre au FBI vendredi matin après être retourné aux États-Unis et devrait comparaître en cour fédérale dans la ville cet après-midi », annonçait le 23 mars NJ.com sur la base d’informations révélées par les autorités du New Jersey.


Le média américain rappelle qu’un mandat contre Nacim, ancien résident du comté de Bergen, et citoyen américain naturalisé, avait été émis le 31 juillet 2002 après qu’un grand jury fédéral l’ait accusé de fraude bancaire.



Les autorités marocaines avaient confirmé au FBI ces dernières années que Nacim était bien sur le territoire marocain, « mais les États-Unis n’ont pas de traité d’extradition avec ce pays  », ajoute NJ.Com.


Nacim a finalement accepté de se rendre, a déclaré le FBI. « Au fil des ans, nous avons eu des contacts avec lui pour lui rappeler qu’il était toujours recherché aux Etats-Unis », a déclaré l’agent spécial du FBI, Ed Koby.


« Nacim et d’autres auraient acheté des ordinateurs et des articles liés à l’informatique à des entreprises du New Jersey, de New York, de Pennsylvanie et de Californie, avec des chèques en bois », ajoute la publication. « Nacim et ses partenaires ont ensuite expédié les marchandises au Maroc », selon les autorités américaines. « Certaines entreprises ont perdu des centaines de milliers de dollars ». « Ils exploitaient une entreprise appelée “Computers 3000”  qui opérait ici et à Casablanca, au Maroc », selon le FBI.


Communiqué de la division de Newark du FBI annonçant la mise aux arrêts de Steven Nacim. FBI


En 2004, Le Journal Hebdo avait le premier lever le lièvre de cette affaire au Maroc. A l’issue d’une éreintante réunion avec d’importants partenaires de Dubaï dans les locaux flambant neufs et grouillants d’activité de PC Tech, Fouad Steven Nacim, un des jeunes managers marocains naturalisé américain d’une des sociétés informatiques les plus atypiques qu’ait connues le pays, semblait médusé de découvrir son nom et celui de son associé sur la liste des 150 personnes les plus activement recherchées par le FBI.


En un double clic sur la toile, les identités des deux compères s’affichaient pourtant aux côtés de « célébrités » telles que Oussama Ben Laden et Ayman Al Zawahiri. Dans le bureau directorial de la jeune pousse qui alimentait à l’époque les discussions des experts du secteur, la bonhomie affichée laissait place à la gêne contenue quand les journalistes du « Journal Hebdo » sont venus interroger ses promoteurs.


Nacim est resté néanmoins inexpressif feignant même l’étonnement. « Je ne comprends pas pourquoi je figure sur le site du FBI », avait-il laissé échapper après un long moment de silence. Son cousin, Youssef Senhaji, un ancien cadre de l’Université Al Akhawayne, directeur général de PC Tech et porte-parole attitré du groupe, jusqu’ici très loquace sur la réussite de l’entreprise, s’est mis alors à vérifier fébrilement s’il figurait, lui aussi, parmi les « most wanted » de la police fédérale américaine. Soulagé de ne pas y être, il se contentera de marmonner  « Cette histoire ne me concerne pas », avant de conseiller à Fouad Nacim, sur un ton presque paternaliste, de prendre attache au plus vite avec son avocat… 


Tout commence vers la fin des années 80. Fouad Nacim, devenu « chairman » de PC Tech en 2004, décide d’aller poursuivre ses études supérieures aux Etats-Unis. Il s’installe au New Jersey où son père était établi depuis de longues années. « J’ai décroché un diplôme d’Electronical Engineer », explique-t-il alors. Il enchaînera longtemps des petits boulots pour des sociétés informatiques avant de décider de monter sa propre affaire avec « un ami de Dubaï ». En 1993, son demi-frère, Mohamed El Cohen, devenu numéro un de PC Tech, le rejoindra pour s’associer avec lui.


American dream et success story

Très vite le business s’avèrera porteur. Tellement lucratif que leur cousin Youssef Senhaji quittera en 1997 sa position confortable de responsable des achats à l’Université Al Akhawayne d’Ifrane pour venir les épauler aux Etats-Unis. Idem pour un autre cousin qui, fraîchement sorti de l’université, ira rejoindre l’entreprise familiale. Leur petite PME, Naza Inc, dont l’enseigne commerciale portera le nom futuriste de Computer 3000, se taille rapidement une place au soleil parmi les entreprises nord-américaines de commercialisation de composants électroniques les plus en vue. Jeunes et dynamiques, les demi-frères croquent à pleines dents le juteux secteur informatique alors dopé par les promesses de la « nouvelle économie ».


Leur maîtrise de la langue arabe et les relations qu’ils ont tissées au Moyen-Orient leur donnent un avantage non négligeable auprès des fabricants de la Silicon Valley qui trouvent en eux une porte d’accès pour les marchés du Golfe en pleine expansion. Pour renforcer l’activité de leur PME, ils n’hésiteront pas à ouvrir un bureau de représentation en Allemagne qui servira, disaient-ils, comme plate-forme d’acheminement du matériel informatique des Etats-Unis vers des pays arabes. « Computer 3000 atteindra un volume d’activité de quelque 120 millions de dollars », s’enorgueillira El Cohen.


A cette époque, le Maroc connaît lui aussi sa petite révolution technologique. Comme pour la téléphonie mobile ou la télévision par satellite, l’Internet devient en vogue, les cyber-cafés poussent comme des champignons et, en amont, les importateurs et les distributeurs de matériel informatique fleurissent. El Cohen et Nacim chercheront alors à réitérer leur « success-story » américaine du Maroc.


Rompus au commerce du secteur, ils ne pouvaient rester indifférents au potentiel du marché de leur pays natal. Un marché dont ils testeront le gisement en tant que fournisseurs de quelques PME locales. C’est d’ailleurs avec l’une d’elles, Sagita, qu’ils décideront de s’investir directement au Maroc. Ils créeront ainsi une SARL à laquelle ils donneront le même nom que la société américaine Computer 3000. Le partenariat avec Sagita s’élargira par la suite à l’activité de vente au détail de matériel informatique avec la création de « La Maison du PC ».


Le syndrome du 11 septembre

Sur la côte ouest américaine où sont concentrées les « start-up » technologiques aux cotations boursières stratosphériques, les choses ne tarderont pas à se gâter avec l’éclatement de la bulle Internet. Le 11 septembre 2001 aggravera la situation et sonnera le glas du filon commercial exploité par les jeunes marocains avec les pays du Golfe. L’Amérique libérale, melting-pot des entrepreneurs de tous horizons, perd de son hospitalité, notamment envers les porteurs de noms à consonance arabe. Une société américaine appartenant à des Marocains et traitant régulièrement avec les pays du Golfe ne pouvait qu’intéresser les autorités américaines.


La traque de l’argent du terrorisme compliquera la tâche difficile pour nombre d’entreprises comme Computer 3000 dont les débouchés, la nature des transactions et les sommes brassées intéresseront les centrales de renseignement américaines échaudées par leur faillite face à la menace terroriste.


« La marchandise que l’on exportait ou que l’on importait restait bloquée pendant des mois dans les ports américains. Notre business de trading des composants informatiques qui repose en grande partie sur le critère temps n’était plus viable. Les modalités de security clearance imposées à nos transferts de fonds étaient de nature à mettre en péril notre affaire », expliquait Youssef Senhaji, avant d’ajouter : « C’est à ce moment-là que nous avons commencé à penser sérieusement à retourner au Maroc ».

En 2002, l’activité de Computer 3000 périclitera rapidement et l’entreprise fermera brusquement ses portes. « Je suis arrivé un matin comme à l’accoutumée , le coursier et la secrétaire était plantés sur le palier, la mine défaite. J’ai senti que quelque chose de grave s’était passé. Je suis rentré au bureau et à ma grande surprise, il n’y avait plus rien. Même le mobilier du bureau avait disparu », racontait alors un ex-salarié de la société américaine. Cette fermeture précipitée, Mohamed El Cohen l’expliquera au Journal Hebdo simplement : « J’ai pris cette décision suite à une longue conversation que j’ai eue avec mon père de passage aux Etats-Unis et qui ne supportait pas de me voir m’installer durablement dans un pays devenu hostile et incertain. J’ai suivi son conseil et j’ai tout plaqué ». La décision plus que brutale, et les motivations avancées n’ont pas convaincu les autorités policières américaines.


Les personnes impliquées dans l'affaire et toujours recherchées selon le site du FBI consulté le 25 mars 2018, à l'exception de Steven Nacim dont la photographie est tagué 'capturé'. FBI


« Wanted by the FBI »

Selon le FBI, El Cohen et Nacim ont sciemment planté leur boîte après avoir escroqué nombre de leurs fournisseurs. Ils auraient émis une série de chèques sans provision totalisant la bagatelle de 2,8 millions de dollars avant de mettre la clé sous le paillasson et se volatiliser. Le 16 octobre 2002, le FBI lancera un avis de recherche contre Steven Nacim et Mohamed El Cohen, et des posters à leur effigie seront placardés dans tout le New-Jersey, dans la pure tradition des hors-la-loi du Far West.


On pouvait y lire que les deux associés en cavale sont convaincus de fraude bancaire. Selon des sources proches de l’enquête aux Etats-Unis, El Cohen aurait même été arrêté puis relâché pour manque de preuves à sa sortie du territoire américain. A cela, El Cohen rétorquait en 2004  : « C’est archifaux. D’ailleurs, au mois d’avril 2002, j’étais déjà rentré au Maroc ». Pourtant, les charges décrites dans l’avis de recherche comportant clichés de face et de profil assortis d’empreintes digitales d’El Cohen prises en avril 2002 sont explicites. Celui concernant Nacim, non daté, ne comporte, quant à lui, qu’une photo de face… 


Se refaire au Maroc

Quoi qu’il en soit, Nacim et El Cohen réussissent à regagner le Maroc courant 2002. Dès leur arrivée, ils se lancent dans le business. L’expérience acquise dans le commerce des composants informatiques se révèle avantageuse dans un environnement encore balbutiant. Ils décident donc de la mettre à disposition de Computer 3000, la société homonyme version marocaine. Ils se sépareront rapidement de leur partenaire local, Sagita, pour « divergences de vision sur le marché ». « Nous ne partageons pas la même vision et nous voulions créer notre propre société, or il était hors de question de faire doublon avec notre commerce avec Sagita », racontait Senhaji. Pourtant, dans le landernau des commerçants de matériel informatique, l’on parlait plutôt d’un divorce à l’arraché entre les deux partenaires. Computer 3000 est liquidée. Elle renaîtra sous le nom de PC Tech. Son exploitation débutera en mai 2002.


El Cohen est désigné gérant de la société, son demi-frère Nacim et leur cousin Senhaji en seront les administrateurs. Le trio réactive ses réseaux d’approvisionnement de composants électroniques à moindre coût. Ils décident alors de se lancer dans l’assemblage d’ordinateurs, c’est-à-dire, en clair, de devenir un constructeur de machines dégriffées.


« Nous avons senti qu’il y avait une niche à explorer entre les PC de marques et les clones dont la qualité des modèles en vente au Maroc laisse à désirer », confiait Senhaji. L’anticipation de l’éclosion d’un marché embryonnaire s’avère payante et PC Tech arrive à se faire un nom face à une concurrence plutôt bien établie.


El Cohen expliquait ainsi sa stratégie : « On s’approvisionne directement chez les fabricants comme Intel ou Maxtor que nous connaissons bien, nous ne payons pas de commissions, c’est pourquoi nos prix sont compétitifs ». Depuis, la concurrence commençait à s’agiter et le marché bruissait déjà de rumeurs folles sur ces extraterrestres de l’informatique.


Les nouveaux venus s’imposent rapidement sur le devant de la scène. On les voit même sur le plateau de l’émission télévisée « Entreprendre » où ils réussissent à associer leur image à celle du chantier ambitieux du « E-gouvernement », fer de lance de l’Etat pour démocratiser l’utilisation des nouvelles technologies de l’information dans les entreprises publiques et, par extension, pour le privé.


Pour leurs concurrents, ce n’est pas tant la part de marché que visaient ces jeunes trublions qui inquiétait vraiment, mais leur propension à prendre des risques à même de perturber la quiétude d’un secteur ronronnant. « Des rumeurs sur leur passé pour le moins agité et opaque ont commencé à affleurer lors de l’octroi du premier marché de Maroc Telecom, en mai 2003 », avoue un opérateur du secteur.


L’opérateur historique de télécommunications avait à l’époque décidé de dynamiser son offre Internet et, pour ce faire, avait sollicité des fournisseurs d’ordinateurs. PC Tech réussira à en décrocher l’exclusivité et en profitera pour mettre sur le marché ses machines sous la marque au nom évocateur : Msys. De quoi épaissir davantage l’énigme qui entourait la fulgurante percée de PC Tech.


Des prix qui « défient » la donne du marché

L’octroi de ce premier « jumbo deal » du secteur alimentera davantage la suspicion autour de ces marocains d’Amérique. Partis sur la pointe des pieds des Etats-Unis, les voilà de nouveau en selle au Maroc. Pour les connaisseurs, les prix proposés étaient « trop compétitifs », c’est-à-dire impossibles.


PC Tech soumissionne et réussira à être retenue pour le second et mirifique marché de Maroc Telecom. Ce n’est pas moins d’un demi-million d’ordinateurs qui sont demandés alors pour équiper un cinquième des ménages marocains susceptibles de se connecter à l’Internet, promettait alors l’opérateur. Une ambition qui n’avait pas anticipé la future déferlante de la téléphonie mobile et ses smartphones qui devaient supplanter les ordinateurs domestiques…


L’Etat présente alors son ambitieux projet sous les atours citoyens de colmater la « fracture numérique » entre ceux qui naviguent sur la toile et ceux qui n’y ont pas accès pour des raisons liées au prix de l’équipement informatique nécessaire. PC Tech s’engouffre dans la brèche et soumet une offre tout de suite jugée « révolutionnaire ». La société déclarait sans ciller qu’elle était en mesure de fournir des ordinateurs performants sous la griffe « Msys » pour la modique somme de…  2 850 dirhams l’unité, alors que les représentants des grandes marques proposaient alors des machines similaires à des prix nettement plus chers.


« Les prix des composants informatiques sont connus, vous pouvez grignoter sur les prix, subventionner à souhait, mais pas vous approvisionner à moitié prix », expliquait un opérateur circonspect. Ce discours récurrent mettait en exergue une question cruciale : la source d’approvisionnement. « Seules deux personnes gardent jalousement le secret de la fourniture du matériel : El Cohen et son cousin Senhaji », confiait au Journal Hebdo un proche de la société.


Des sources aux Etats-Unis et au Maroc évoquait pourtant leur départ précipité du New Jersey où ils auraient laissé une ardoise estimée à plusieurs millions de dollars de marchandise impayée. On parlait aussi de leurs accointances suspectes avec un transitaire, un maillon essentiel dans un supposé ravitaillement délictueux de marchandises. L’accusation était grave, mais concordait cependant avec les faits établis par le FBI.


Avant de quitter précipitamment les Etats-Unis, les jeunes affairistes avaient laissé derrière eux 2,8 millions de dollars de dettes. « Ils ont ruiné l’économie du New Jersey, et ce n’est pas par hasard que les fédéraux les traquent », commentait un de leurs proches qui avait requis l’anonymat. Pour lui, il n’y avait pas de doute, leur fortune provient d’une escroquerie à grande échelle qui avait laissé sur le carreau une ribambelle de fournisseurs américains leurrés par la régularité de leurs premières commandes.


Les informations du FBI étaient encore parcellaires, les principaux mis en cause n’avaient pas encore été entendus et jugés. Les seules confidences des agents chargés de l’enquête évoquaient une martingale savamment orchestrée à l’aide de plusieurs moyens de paiement. Deux personnes proches des patrons de PC Tech avaient déjà fait les frais de l’enquête sur le sol américain. L’un était en résidence surveillée, un bracelet-balise électronique à la cheville retraçant le moindre de ses mouvements. Il était accusé d’  avoir blanchi des fonds pour leur compte. Le second accusé, entre autres, pour des délits similaires, avait lui aussi pris la clé des champs après avoir obtenu la liberté conditionnelle… 


« Tout cela est stupide ! »

La force commerciale de PC Tech au Maroc s’expliquait donc par un avantage comparatif pour le moins délictueux. Pour Mohamed El Cohen, tout ceci n’était que balivernes et machinations de concurrents battus à plate couture. « Je suis certes recherché par le FBI, mais ils n’ont aucune preuve contre moi. Je les défie de produire des chèques en bois que j’aurais signés », avait-il lancé face aux questions insistantes du Journal Hebdo. Et d’ajouter : « La police américaine veut me coller une histoire de sécurité intérieure, elle mélange tout…  Même Interpol, dont j’ai rencontré des représentants à Rabat, m’ont questionné sur une affaire de logiciel dérobé à la Maison-Blanche ! Ils sont obnubilés par le terrorisme, l’argent sale et les Arabes ».


El Cohen semblait serein. Il disait avoir correctement importé son matériel. « Je ne peux pas vous dévoiler le secret de mes approvisionnements pour des raisons commerciales », affirmait-t-il le verbe haut. Le FBI avait saisi six de ses containers au port d’Algesiras, mais le transporteur, la société Maersk, les aurait débloqués…  « Sur l’avis de mon conseil juridique, j’ai même accepté de réexpédier vers les Etats-Unis trois des six containers pour prouver ma bonne fois. Leur valeur dépasse les 2,8 millions de dollars pour lesquels le FBI me poursuit. Tout cela est stupide ! », s’emportait El Cohen.

 

El Cohen et ses associés, quoique gênés aux entournures par la révélation de leur passé américain aux relents sulfureux, parlaient alors de leurs projets en cours avec l’ambition de quadras dynamiques et fonceurs. Ils étaient fiers de sponsoriser l’équipe de football du Wydad de Casablanca, la « Fête du PC » ou encore le premier championnat des jeux vidéos organisé en grande pompe au Technopark, l’incubateur de « start-ups » marocaines. Ils égrenaient aussi le nombre impressionnant de PC qu’ils livraient régulièrement à Maroc Telecom, et continuaient de tirer des plans sur la comète en évoquant le site industriel qu’ils comptaient établir à Bouskoura avec l’appui financier et le savoir-faire du groupe Al Masa, un consortium koweito-émirati qui tient le haut du pavé dans le trading de matériel de haute technologie à Dubaï.


PC Tech devait aussi quitter son local exigu de la rue George Sand à Casablanca pour installer ses quartiers administratifs dans l’immeuble Philips, que la société venait tout juste d’acquérir. « A moins que la success story ne tourne court suite à l’enquête diligentée par le FBI », concluait Le Journal Hebdo.


Dix jours après la parution de l’article du Journal Hebdo, l’Apebi, (Association des Professionnels des Technologies de l’Information) demandait par voie de communiqué des « éclaircissements sur l’enquête ».


« Suite aux informations parues dans l’hebdomadaire Le journal du 17 juillet 2004, l’Apebi, manifeste son inquiétude par rapport au tort que cette affaire pourrait porter à la crédibilité d’un secteur en plein évolution et rappelle son attachement aux principes d’éthique et de déontologie tels qu’inscrits dans sa charte », écrivait l’association. « Vue la gravité des informations dont il est fait état et l’impact qu’elles pourraient avoir sur le secteur si elles s’avéraient fondées, l’Apebi souhaite que les autorités marocaines compétentes apportent rapidement l’éclairage nécessaire sur cette affaire. Par ailleurs, l’Apebi rappelle son soutien à l’opération ”  Internet à bas prix ”  lancée par Maroc Télécom, en rappelant son souhait de la voir élargie à d’autres configurations permettant d’offrir un plus grand choix aux usagers potentiels et une plus grande participation des professionnels ».

 

Une autre affaire mettant en scène PC Tech et Fouad Steven Nacim avait éclaté en juin 2004, cette-fois-ci dans le cadre d’un conflit commercial avec le grossiste Marsofim sur des impayés d’une dizaine de millions de dirhams et qui devait par la suite aboutir au pénal pour « faux et usage de faux », comme le relatait entre autres L’Economiste.


Toujours 2004, dans une interview accordée à La Gazette du Maroc, Mohamed El Cohen affirmait pour sa part n’être plus coursé par les fédéraux américains. « Les présumés co-conspirateurs Mohamed El Cohen, 46 ans, et Abdesslem Reda El Cohen, 37 ans, sont toujours recherchés par le FBI. Les deux sont censés être au Maroc. Mohamed El Cohen a été inculpé le même jour que Nacim en 2002. Abdesslem Reda El Cohen a été condamné à 10 mois de prison en 2004 mais a embarqué dans un avion avant la date de son rapport, selon le FBI », précise néanmoins NJ.com.


Post Facebook de Mohamed El Cohen reprenant le mail adressé à la rédaction de NJ.Com


Dans un mail adressé récemment au journaliste Jeff Goldman, auteur de l’article du NJ.Com, et relayé sur Facebook, Mohamed El Cohen écrit : « Comme je remarque que vous êtes jeune et nouveau en journalisme, mon conseil est très simple, avant de faire du copié-collé, faites votre enquête pour sauvegarder l’image et la notoriété de votre publication », pour lui signifier que son cas n’est pas à rapprocher avec celui de son parent Steven Nacim lui intimant l’ordre de retirer sa photographie de l’article, ajoutant vouloir remercier Bradley W. Cohen de la division Newark du FBI qui a déclaré : « Nous rappelons au public que les actes d’accusation ne contiennent que des allégations d’inconduite criminelle et que les accusés sont présumés innocents à moins qu’ils n’aient été reconnus coupables devant un tribunal ».



Suite à un article d’ Espace-MRE, Fouad Steven Nacim a rappelé qu’il s’était livré de lui-même au FBI et qu’il est libre de ses mouvements. Il a aussi indiqué qu’il rendra publique prochainement une vidéo explicitant ses déboires avec la justice américaine. Affaire à suivre donc.