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22.09.2018 à 01 H 49 • Mis à jour le 22.09.2018 à 01 H 49
Par
Carburants

Le dossier des hydrocarbures transmis à la PJ de Rabat

Photo d’illustration. AIC PRESS
Nouveau rebondissement dans le dossier des hydrocarbures. Depuis la libéralisation des prix des carburants, les pétroliers ont engrangé des milliards de marge supplémentaire, payés par les Marocains à la pompe dans des conditions jugées indues. L’affaire a tourné au scandale après le caviardage d’un rapport parlementaire. Saisi d’une plainte, le parquet a confié le dossier à la police judiciaire de Rabat

Selon Al Massae, le parquet a ordonné à la police judiciaire de Rabat d’ouvrir une enquête sur d’éventuelles « prises d’intérêts indues et malversations » ayant occasionné des pertes aux caisses de l’Etat estimées à quelque 17 milliards de dirhams dans le dossier des hydrocarbures qui avait suscité une forte polémique ces derniers mois.


Pour rappel, une commission d’information parlementaire a présenté son rapport le 15 mai dernier au parlement. Ce groupe de 13 députés, présidé par le député PJD Abdellah Bouanou a été chargé en août 2017 d’enquêter sur les prix des carburants après leur libéralisation, suite à une première investigation de TelQuel démontrant que les pétroliers engrangeaient d’importants bénéfices, augmentant leurs prix à la pompe à chaque envolée des cours à l’international, sans les répercuter aux consommateurs lorsque ces cours baissaient.


L’auteur de la plainte entendu par la PJ de Rabat

La décision prise par le procureur du roi fait suite, selon la même source, à une plainte de l’Instance nationale pour la protection des biens publics au Maroc, déposée auprès du président du parquet de Rabat comprenant les conclusions du rapport de la mission exploratoire sur les hydrocarbures et les accusations croisées que se sont lancées certains parlementaires autour de ce dossier, notamment sur les gains « jugés illicites » de certaines compagnies pétrolières et « les agissements de certains politiques tendant à étouffer le scandale ».


Selon les détails de la plainte, il a été requis d’auditionner le chef du gouvernement, Saâdeddine El Otmani et un certain nombre de ministres et de responsables gouvernementaux sur « l’éventualité d’un crime économique et financier », ajoute la même source.


Mohamed El Ghaloussi, président de l’Instance nationale pour la protection des biens publics au Maroc, a déclaré à Al Massae qu’il a été contacté par la Préfecture de police de Rabat en vue d’être écouté sur le contenu de la plainte que son association a déposé devant le parquet à ce sujet, ajoutant que le fait que des annexes du rapport de la commission d’enquête parlementaire ont été expurgés « démontre que cette affaire est soumise à des pressions de certains lobbys ayant des ramifications et des intérêts complexes ».

 

El Ghaloussi a ajouté qu’il espérait que l’ouverture d’une enquête sur le dossier des hydrocarbures désormais entre les mains de la police judiciaire « puisse aller le plus loin possible et qu’elle ne concerne pas quelques lampistes ». Il fait ainsi allusion à des présidents de groupes parlementaires qui auraient, selon lui, « jeté le voile sur certains pans sensibles de cette affaire ». Son souhait, a-t-il déclaré, est que « les personnes impliquées » soient ainsi « poursuivies », et que le dossier ne finisse pas « au placard comme ce fut le cas pour le programme d’urgence en matière d’éducation ».

 

En ligne de mire de la plainte, des membres de la mission parlementaire qui ont exigé un nettoyage du rapport Bouanou. Le rapport provisoire expurgé « contenait notamment le calcul du surplus payé sur chaque litre de carburant (0,96 centime/litre de gasoil), le calcul global de ce que cela représente en milliards de dirhams depuis la libéralisation (15 milliards de dirhams) ou encore les bilans (anonymes) des principales sociétés du secteur qui montrent des résultats en hausse de 38 à 892 % entre 2015 et 2016 », avait expliqué TelQuel.

 

Des passages biffés au bénéfice des responsables politiques ?

Problème : les passages caviardés du rapport permettaient de pointer les gains engrangés par chaque pétrolier depuis la libéralisation (même si ceux-ci sont par ailleurs contestés), en premier lieu ceux du leader du marché, Afriquia, objet d’un boycott populaire et dont le président du RNI et ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch est actionnaire.


Leur suppression aurait aussi permis d’évacuer la responsabilité des politiques qui ont mis en place la libéralisation sans que des mécanismes de contrôle soient effectifs. Parmi les personnalités dont El Ghaloussi espère qu’elles soient entendues par les enquêteurs, en sus du chef du gouvernement, estime-t-il, celui-ci cite Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances, récemment limogé par le roi pour des faits non précisés, les ministres de l’Énergie Abdelkader Amara et Aziz Rebbah, ceux des Affaires générales Mohamed Louafa et Lahcen Daoudi, le député PJD Abdallah Bouanou qui a dirigé les travaux du rapport sur les hydrocarbures, le député FGD Omar Balafrej qui a dénoncé l’affaire au parlement, les représentants des compagnies pétrolières, ceux de la direction des impôts et Abdelali Benamour en sa qualité de président du Conseil de la concurrence, même si l’instance est pour ainsi dire en veille.


A ce stade, faut-il néanmoins préciser, seule la plainte de l’Instance nationale pour la protection des biens publics au Maroc fait l’objet d’un traitement par la PJ, ce qui ne préjuge pas pour l’instant d’une quelconque suite judiciaire.