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20.01.2019 à 01 H 43 • Mis à jour le 22.01.2019 à 11 H 13
Par
Enquête

Casablanca Parc: un millier de familles laissées sur le carreau

Le projet immobilier Casablanca Parc inachevé. LE DESK
Sur les 1 365 appartements du projet Casablanca Parc vendus depuis 2013 sur les hauteurs de Sidi Maârouf au sud de Casablanca, à peine le tiers a été réalisé. Un désastre immobilier du groupe Maprinvest, fondé par Hassan Benabdelali et Sadreddine Benhima, causant une crise sociale aux relents politiques: pour justifier leur déconfiture, les promoteurs, apparentés au prince Moulay Hicham, ont évoqué un différend financier avec son frère, Moulay Ismail…

A flanc de coteaux, au bout d’une route sinueuse à peine carrossable du quartier Sidi Maârouf, un des nouveaux dortoirs de la classe moyenne casablancaise, se dressent, en rase campagne, trois blocs serrés d’appartements sans âme. Une guérite de gardien abandonnée et une barrière qui rouille marquent l’entrée ouverte aux visiteurs. Au pied des immeubles, un show room, lui aussi déserté par ses commerciaux, abrite la maquette de Casablanca Parc, le projet immobilier lancé cinq ans auparavant à grand renfort de publicité par la société Treize Huit, filiale du groupe Maprinvest. « Donnez plus d’espace à votre bonheur », clame encore le slogan inscrit en grandes lettres sur une palissade délavée par les intempéries. Plus loin, au sommet d’une crête qui surplombe le périmètre, un quatrième lot dont la construction n’a pas atteint le stade des finitions tutoie une grue solitaire, dernier vestige de travaux inachevés. En face, une large excavation remplie d’une eau saumâtre témoigne du chantier inaccompli qui devait compter dès 2016, huit ensembles identiques de 42 immeubles contenant 150 appartements chacun, d’une superficie de 77 à 148 m2 et une centaine de commerces de proximité.


Le show room du projet Casablanca Parc déserté par ses commerciaux. LE DESK


Il y a encore quelques semaines, Rachida Lazrak, en charge des ventes, promettait encore monts et merveilles aux centaines d’acquéreurs qui ont misé leurs économies pour s’offrir un toit à un prix défiant toute concurrence. Si environ 300 familles y ont élu domicile, nombreuses sont celles qui ont dû en forcer la porte, faute de permis d’habiter. « Tout est vendu pourtant », explique A. B., un jeune acquéreur moins chanceux, qui nous montre son logement encore au stade des gros œuvres. « Si la cuisine avait été achevée, je me serais aussi installé en dépit de tout », dit-il, l’air résigné.


Le chantier de Casablanca Parc à l'abandon. LE DESK


Avec une poignée d’autres quadras, A.B. mène une lutte acharnée contre des promoteurs « indélicats ». Courant 2013, comme nombre de riverains, ils entendent parler d’appartements à vendre dans cette « zone d’avenir ». Le matraquage publicitaire lancé sur les réseaux sociaux, la presse, les sites spécialisés et les affiches monumentales déployées dans le centre-ville, les ont attirés. Le bouche à oreille, sur les promesses faites sur plan, de logements à prix cassés, à partir de 600 000 dirhams pour un appartement de trois pièces, a fini par les convaincre. Il faut dire qu’en plus des prix défiant toute concurrence, c’est surtout la localisation du projet qui a fait la renommée de Casablanca Parc. Il est situé à un jet de pierre de Casanearshore, l’immense complexe de bureaux, sanctuaire des services de l’offshoring de la capitale économique qui abrite des dizaines d’entreprises spécialisées dans les activités délocalisées. Ce petit centre urbain comprenant commerces, écoles et autres facilités jouxte idéalement le nœud autoroutier qui mène à Bouskoura, sa ville verte, ses golfs et surtout sa forêt, unique poumon de la métropole, offrant un microclimat très prisé…


L’aubaine est doublée de conditions pour le moins alléchantes pour les jeunes citadins fuyant la cherté, la cohue et la pollution de l’hyper centre de Casablanca. Pour réserver leur appartement, ils sont invités, en guise d’avance, à ne verser que 15 à 20 % du prix d’acquisition et d’apposer une signature légalisée sur un simple contrat de réservation. Un document signé sous seing privé qui ne vaudra pas plus cher qu’un clou quand ils décideront d’ester en justice…


Trois ans plus tard, à l’échéance prévue par le promoteur, le projet stagne. Le contrat de réservation signé en toute confiance avait même prévu cette éventualité, de quoi rassurer les clients dans un premier temps. On peut ainsi y lire, dans son article 3, que la livraison est prévue « au 1er trimestre 2016. Ce délai pouvant être repoussé d’une année de sa cotisation relative aux frais du syndic de la résidence. Le montant sera arrêté par la société de syndic professionnel retenue et approuvé par le promoteur », y est-il précisé.


Les immeubles de la première tranche partiellement livrés offrent un aspect lugubre. LE DESK


L’inquiétude gagne alors les rangs des acheteurs. Sur les huit blocs prévus, seuls trois ont été réalisés dont deux sont partiellement habitables. Problème de vente ? « Pas du tout », constatent les clients. Tout a été cédé, en contrepartie d’une avance ou du prix intégral.


Des promoteurs qui se prévalent de parentés princières

Commencent alors les tergiversations des promoteurs. S’ils sont à priori inconnus du grand public, Hassan Benabdelali et Sadreddine Benhima, fondateurs en novembre 2011 de la société immobilière Treize Huit Sidi Maârouf (une appellation tirée de la superficie du projet totalisant 13,8 ha) ont des connexions familiales avec le prince Moulay Hicham. Et dans ce projet, pour contenir les revendications des acquéreurs, ils citent, selon ces derniers, son frère Moulay Ismail qu’ils présentent comme leur ancien associé dans Maprinvest avec qui ils ont été en conflit en 2014, ce qui aurait eu pour conséquence l’arrêt dommageable des travaux durant près de 14 mois. Une discorde citée à l’époque dans la presse  : Hassan Benabdelali, beau-frère de Moulay Hicham et son parent, Sadreddine Benhima, fils de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Taibi Benhima , avaient été trainés en justice par Moulay Ismail qui leur réclamait pas moins de 200 millions de dirhams pour se retirer du projet, « les accusant d’acte de mauvaise foi dans la gestion de fonds communs ». Akhbar Al Yaoum, repris par Bladi.net, évoquait alors l’exigence d’« un dédommagement sur les pertes qu’il a essuyées dans un projet immobilier à Casablanca, dans lequel il avait investi… ».


Le prince Moulay Ismaïl, frère de Moulay Hicham. DR


La participation du prince Moulay Ismail au projet Casablanca Parc, l’un des plus imposants de l’immobilier de moyen standing au Maroc, quoique soutenue par des sources concordantes, ne figure pas sur les documents légaux des entreprises concernées, Treize Huit et sa société-mère Maprinvest, consultés par Le Desk. Les clients lésés assurent toutefois que Hassan Benabdelali a souvent fait mention de leur supposé illustre associé : « Il nous a dit un jour qu’il prenait souvent le café avec lui », assure l’un d’eux, « pour nous intimider… ».


Un projet en quasi-faillite, criblé de dettes…

Depuis, la situation a empiré. Les clients se réunissent pour exiger leurs droits devant la justice, d’autant que les promoteurs se sont cloîtrés dans le silence, annulant rendez-vous sur rendez-vous. Au civil, pas moins de 146 jugements favorables sont rendus. Tous ordonnent à la société Treize Huit de rendre l’argent avancé par les réservataires qui ont décidé de se désister. Mais les cas diffèrent, certains, résolus à parachever leur paiement se voient dans l’incapacité de le faire, la société, criblée de dettes, qui n’a réalisé pas plus de 500 unités sur les 1 365 appartements prévus, est incapable de livrer tous les titres fonciers pour la plupart non éclatés. Et pour cause, Attijariwafa Bank qui a refinancé le terrain et le bâti, fait valoir deux hypothèques sur le titre-mère, l’une pour 250 millions de dirhams, la seconde pour 100 millions. Ceci sans compter les saisies conservatoires de fournisseurs et prestataires et les ventes aux enchères de ses actifs qui pleuvent depuis deux ans. Pourtant, raconte O.D., un autre acheteur laissé sur le carreau : « On nous a demandé de signer un désistement et promis que nous allions nous rendre notre argent, à hauteur de 100 %, en avril dernier ».


Les dirigeants de Maprinvest. (extrait de brochure)


En juillet 2018, aux termes d’un acte sous seing privé, Maprinvest accueille trois nouveaux associés : Fouad Khattat qui a travers la SCCR a été l’entrepreneur en charge de la première tranche, Mohamed Najid et Adil Derdabi.


La SCCR qui dispose d’une saisie conservatoire de 100 millions de dirhams a jeté son dévolu sur une portion du terrain de Casablanca Parc où elle a négocié l’installation d’une unité de concassage au grand dam de certains acheteurs qui s’attendaient à y voir ériger leurs futurs biens, tandis que Derdabi, jusqu’ici directeur financier, nommé co-gérant de Maprinvest, était à la même époque en première ligne pour calmer les ardeurs des acquéreurs, affirmant que les retards cumulés étaient dus…  aux réserves exprimées par la protection civile sur les normes de sécurité non conventionnelles…


La holding Maprinvest accuse des pertes financières colossales. INFORISK


Autant de manœuvres jugées dilatoires qui ont poussé un collectif d’acquéreurs à alerter la presse et à organiser des sit-in devant le siège de Maprinvest au quartier CIL, mais aussi devant la villa cossue de Sadreddine Benhima dans le très chic quartier d’Anfa Supérieur. « On a été dispersés comme des malpropres sur ordre du wali effrayé que l’affaire arrive aux oreilles du roi dont la résidence est mitoyenne à celle de Benabdelali », raconte un manifestant. « On s’est pointés à sa porte, mais rien. Malgré des jugements en notre faveur au civil, rien ne s’est passé vu que la société est en faillite », déplore O.J. qui rêvait lui aussi de vivre au vert, tandis que le Procureur de Ain Sebaâ qui les a reçus les a traités « avec condescendance », raconte dépité un autre chef de famille. « Avant de couper l’écoute, Hassan Benabdelali nous a dit qu’il allait rapatrier des fonds de l’étranger (…), mais il nous bassine, nous avons repéré son nom sur plusieurs sites de poker, c’est un autre mauvais signe…  », s’emporte-t-il, décidé « à le pister jusque dans les casinos ». Harcelée par les internautes, Maprinvest, qui compte aussi des projets en cours à Bouznika, à Tit Mellil et avenue de Fès, a désactivé son compte Facebook… 



Contactés au téléphone par Le Desk, ni Hassan Benabdelali, ni les sociétés en charge du projet ne nous ont retournés nos appels. Sollicitée par nos soins, Attijariwafa Bank n’a pas accepté de commenter l’affaire.