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14.02.2020 à 16 H 32 • Mis à jour le 14.02.2020 à 17 H 14
Par
Enquête

Affaire Ali Bedar: Le cabinet d’Akhannouch alerté avant la plainte pour viol

Ali Bedar en compagnie de Aziz Akhannouch, président du RNI et ministre de l’Agriculture et de la Pêche. Capture-écran Al Aoual
Accusé de viol par une journaliste, Ali Bedar, «digital strategist» du RNI a été placé en détention préventive à la prison de Oukacha dans l’attente de son procès fixé au 3 mars. Selon nos informations, des lieutenants d’Akhannouch avaient été mis au courant de l’affaire quelques temps avant le déclenchement de l’action judiciaire. Ont-ils tenté de faire diversion dans la presse ?

NK, journaliste de nationalité française, résidente au Maroc depuis quelques années, a porté plainte le 6 février pour « viol avec violence » contre Ali Bedar, responsable de la communication digitale du Rassemblement national des indépendants (RNI). Les faits remontent à septembre dernier.


La plaignante a fait, à la police judiciaire de Casablanca, « le récit long, complexe », selon nos sources, de ce qu’elle dit avoir subi. Le procureur général du Roi près la cour d’appel de Casablanca avait ordonné le 10 février, la mise en garde à vue, pour 48 heures, de l’accusé.


Le 12 février, Ali Bedar et son accusatrice comparaissaient devant le procureur général auprès de la Cour d’appel de Casablanca pour une séance de confrontation. Durant l’échange, parfois houleux, l’accusé a nié, en bloc, tout viol, reconnaissant toutefois que leurs relations ont eu pour conséquence l’hospitalisation de la plaignante qui a du subir une intervention chirurgicale.


Pour sa défense, Bedar a choisi les services de l’avocat Mohamed Karrout. De son côté, la journaliste française est représentée par les pénalistes du cabinet de l’avocat d’affaires Youssef Fassi-Fihri.


Le procureur a renvoyé l’affaire devant le juge d’instruction qui a fixé au 3 mars la première audience du procès. D’ici-là, Ali Bedar a été placé en détention préventive à la prison de Oukacha.


A ce stade donc, la défense de l’accusé soutient qu’Ali Bedar n’est pas l’auteur d’un viol, excluant toute relation sexuelle non consentie. Pour la journaliste française, il y a bien eu viol, ajoutant à l’appui de son témoignage le rapport médical de la clinique où elle s’est faite opérer. Un examen médico-légal a, par ailleurs, été ordonné par le procureur du Roi.


Une tentative de faire écran avec la mention du M20F ?

Si les circonstances exactes des faits, point essentiel de l’affaire, sont sous instruction judiciaire, un autre aspect, politique celui-là, interroge sur le rôle qu’aurait joué l’entourage du ministre et chef de parti du RNI, Aziz Akhannouch, en amont du dépôt de la plainte.


Selon nos informations, des membres du cabinet de Aziz Akhannouch ont été alertés de l’affaire, dès le 20 janvier, par plusieurs personnes de l’entourage de la plaignante. Ichrak Moubsit, conseillère com et RP du ministre aurait ainsi été mise au courant des accusations de NK à son retour d’un déplacement à Berlin. Rien n’indique si elle a décidé ou pas, à ce moment, de remonter l’information à son patron. Contactée par Le Desk, Moubsit est demeurée injoignable.


Dans l’intervalle, Ali Bedar, qui ne dépend pas de son équipe, ayant été affecté au pôle de communication du parti, s’est envolé pour la Côte d’Ivoire, dans le cadre d’un déplacement professionnel du RNI organisé à Abidjan le 27 janvier. A ce jour, Bedar demeure d’ailleurs officiellement en fonction, par un contrat de prestation de service le liant à la formation politique. Lui-même a déclaré sur Facebook être « consultant » pour le parti. « Sur un plan légal, rien n’autorise à une rupture de contrat à ce stade de l’affaire », estime, à ce titre, une source interne au RNI qui a requis l’anonymat.


Dans un second temps, toujours selon nos sources, c’est l’accusé lui-même, qui a tenu à prévenir une collègue de travail encartée au RNI, alors que l’ action en justice à son encontre pour des faits de viol était imminente. Le responsable digital a prétendu à un complot ciblant Akhannouch de la part de journalistes en contact avec la plaignante. Une thèse qu’il a défendue sur Facebook, la veille de sa mise en garde à vue.


Dans ses fonctions, Bedar dépend hiérarchiquement de Youssef Aït Akdim, ex-journaliste passé par TelQuel et Jeune Afrique, converti en communicant-en-chef du RNI. Selon nos sources, ce dernier a eu à écouter en privé la plaignante quelques jours avant son dépôt de plainte, les deux étant liés d’amitié depuis des années. Plusieurs fois cité dans l’enquête, Aït Akdim, a lui aussi été entendu en tant que témoin par la police. Sa déposition mentionne les contacts privés qu’il a eus avec NK.


Dans l’entourage d’Akhannouch, l’affaire était donc connue depuis un certain temps. Y-a-t-il eu tentative de l’étouffer ou du moins d’en éviter in extremis les éventuels effets négatifs sur l’image du RNI ? « Rien n’a été entrepris dans un sens, comme de l’autre, il s’agit d’une affaire privée qui ne concerne pas le RNI, avec qui d’ailleurs, l’accusé n’a de lien que sur un plan contractuel bien défini. Il faudra attendre la fin de l’instruction…  », se défend une source proche de la direction du RNI qui a requis l’anonymat.


La qualification de Bedar comme ex-militant du Mouvement du 20 février (M20F), sans mention de sa fonction auprès du RNI par les premiers médias ayant éventés l’affaire et réputés proches du RNI, découle-t-elle cependant d’un storytelling lancé le jour du dépôt de la plainte ? Tout porte à croire au tir de barrage censé éviter que le scandale n’éclabousse d’une manière ou d’une autre la formation politique et son chef qui ambitionnent de diriger le gouvernement en 2021… Les relations avec la presse sont gérées historiquement par Moubsit, tandis que la communication autour des activités du parti, à travers les propres canaux du RNI, par Aït Akdim. Selon nos informations, la coordination entre les deux responsables est pour ainsi dire inexistante…


Contacté par Le Desk, Youssef Aït Akdim se refusera, de son côté, à tout commentaire. Un « no comment » déjà opposé à Yabiladi. Le chargé de mission auprès du président du RNI, a dit n’avoir « aucun commentaire à faire sur le sujet ».


Nota Bene  : Ali Bedar a débuté, en 2015, sa carrière professionnelle au Desk en tant que responsable de la stratégie digitale. Sa mission s’est achevée en février 2016.