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16.05.2016 à 13 H 14 • Mis à jour le 17.05.2016 à 13 H 46 • Temps de lecture : 6 minutes
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n°40.Comment le dépeçage du Moyen-Orient il y a 100 ans entre la France et l’Angleterre l’a rendu durablement instable ?

Le Moyen-Orient tel qu’il est aujourd’hui découle directement de l’accord secret franco-britannique Sykes-Picot passé en mai 1916. Anticipant la chute de l’empire ottoman, les deux puissances se sont partagées la région et provoqué des stigmates durables jusqu'à l'avènement de Daech.

Alors que la France et l’Angleterre sont engagées dans la Première guerre mondiale aux côtés de la Russie et que d’autres nations rejoignaient le conflit au fur et à mesure de sa mondialisation, les deux puissances coloniales anticipent déjà leur victoire contre les forces de la Triple-Alliance, composée de l’Allemagne, de l’Italie (qui aura changé de camp dès 1915) et de l’Autriche-Hongrie.


Mois après mois, le jeu des alliances se met en place, et quand le 2 novembre 1914, l’empire russe déclare la guerre à l’empire ottoman, le Royaume-Uni et la France leur emboitent le pas trois jours plus tard. Des réponses à l’attaque des Ottomans contre plusieurs ports russes sans déclaration de guerre le 29 octobre 1914. Le 14 novembre 1914, l’empire ottoman proclamait par l’intermédiaire du sultan et calife Mehmet V le jihad à l’encontre de la Russie, la Grande-Bretagne et la France.


Démanteler l’empire ottoman

Grandes puissances coloniales de l’époque, France et Royaume-Uni escomptent une défaite de l’empire ottoman et s’intéressent aux territoires qu’elles pourraient s’adjuger. Cela fait déjà plusieurs décennies que des échos sur le mauvais état de l’empire ottoman circulent, et les Alliés comptent bien lui asséner le coup de grâce. L’expression « homme malade de l’Europe » a d’ailleurs été inventée pour qualifier la situation préoccupante de la Sublime Porte à cette période. Elle a depuis été reprise de multiples fois, le plus récemment pour désigner… la France. Bref, les deux nations avancent leurs pions, et décident de se répartir ses territoires au Proche-Orient alors que les hostilités faisaient encore rage. Elles veulent faire en sorte de séparer les peuples turcs et arabes, en créant soit un grand État arabe, soit une confédération de plusieurs États, et de soumettre ces derniers sous leur tutelle pour assurer une stabilité politique à la région et s’accaparer les richesses de leur sous-sol.


Les quatre signataires ottomans du Traité de Sèvres : Riza Tevfik, Damat Ferid Pasa (grand vizir), Hadi Pasa (ambassadeur) et Reid Halis (ministre de l’Éducation). Les morceaux de l’Empire ottoman, après sa chute, ont formé les différents pays du Moyen-Orient. DOMAINE PUBLIC


Les Français étaient particulièrement concernés par le Liban, où ils avaient déjà lourdement investi et exporté des institutions culturelles et religieuses. Une partie de la Syrie était également convoitée afin de faire de la France un pays ayant le contrôle de la mer Méditerranée (elle était déjà présente au Maroc, en Algérie et en Tunisie). De leur côté, les Britanniques revendiquaient les zones de Haifa (aujourd’hui en Israël) et de Bassorah (Irak), pour avoir des accès respectivement sur la Méditerranée et sur le golfe persique. La découverte de réserves de pétroles les poussera à également réclamer une partie de la Mésopotamie (principalement à l’est et au nord de l’actuel Irak). Ce qui poussera les Français à exiger une part du gâteau et demander à exercer son influence jusqu’à Mossoul, dans le territoire kurde dans le nord irakien. La Russie, souvent oubliée dans ces tractations participe aux débats et parvient à mettre la main sur Istanbul, les détroits contrôlés par l’empire ottoman, et l’Arménie. Finalement, la répartition sera modifiée en 1918 par le premier ministre britannique David Lloyd George et le ministre français de la guerre, George Clémenceau. La Palestine et Mossoul passent sous influence anglaise, la Syrie dans sa globalité revient à la France. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est totalement escamoté.


Les intérêts occidentaux en premier lieu

Les négociations sont menées par l’ambassadeur français à Beyrouth François Georges-Picot et l’assistant du secrétaire du ministère de la guerre britannique Mark Sykes, spécialiste des questions moyen-orientales. Les trois puissances parviennent à s’entendre et signent à Londres le 16 mai 1915, avec l’aval de l’Italie, les fameux accords Sykes-Picot. Ceux-ci sont durant un premier temps nommés « accords Cambon-Grey », du nom des signataires qui ont finalisé l’entente : Edward Grey, ministre britannique des Affaires étrangères, et Paul Cambon, ambassadeur de France.


Sir Mark Sykes (g) et François Georges-Picot (d). En catimini, le 16 mai 1916, les accords Sykes-Picot sont signés entre Britanniques et Français, dépeçant l’Empire ottoman. Un siècle plus tard, la région est plongée dans un chaos total, posant la question d’une refonte des frontières devenues plus instables que jamais. DOMAINE PUBLIC


Suite à la divulgation d’une copie du document en novembre 1917 par le gouvernement révolutionnaire russe, qui s’est emparé du pouvoir suite à la révolution d’octobre, le Royaume-Uni devra gérer une crise diplomatique. Les bolchéviques mettent les Britanniques dans l’embarras : ces derniers se sont alliés aux Arabes en 1915 pour qu’ils les aident à combattre les Ottomans. Ils s’étaient engagés auprès de Husayn ibn Ali, chérif de La Mecque, à octroyer un grand royaume indépendant recouvrant une majeure partie du Moyen-Orient en contrepartie de leur soutien. Mis dans une situation inconfortable, ils ont dû s’expliquer mais n’ont pas pu empêcher des incidents d’éclater, faisant monter la pression dans la zone. Ils ont assuré avoir la volonté de respecter leurs engagements, encourageant l’espoir de la constitution d’un grand État arabe. Mais à la fin de la guerre, c’est au tour de la France de rappeler sa promesse à son partenaire, qui se rangera de son côté. Au bout du compte, la conférence de San Remo, tenue du 19 au 26 avril 1920, confirme peu ou prou les dispositions prises par Londres et Paris. La France reçoit deux mandats sur la Syrie et le Liban, et le Royaume-Uni trois pour la Palestine, la Transjordanie et la Mésopotamie.


La Seconde guerre mondiale viendra ensuite rabattre quelques cartes, notamment avec la création en 1947 de l’État d’Israël, qui gagnera son indépendance dès l’année suivante. Depuis l’accord, la situation géopolitique du Moyen-Orient a été profondément bouleversée, mais en conserve les stigmates. Des répercussions de la Première guerre mondiale et du découpage de la région tel qu’il a été effectué à l’époque, c’est à dire sans tenir forcément compte des problématiques ethniques, religieuses et culturelles, proviennent les frontières et les tensions qui sévissent de nos jours. Quasi unilatéralement, France et Royaume-Uni ont décidé du sort des Kurdes, dispersés entre la Turquie et ce qui deviendra en 1921 l’Irak. Ce dernier rassemblant deux communautés, sunnites et chiites, dont la cohabitation ne s’est pas révélée à proprement parler fructueuse. Dernièrement, l’organisation jihadiste Daech profite du chaos dont pâtit la zone, en partie de la responsabilité de l’accord Sykes-Picot, pour en prendre le contrôle par la force.

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