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16.05.2017 à 19 H 49 • Mis à jour le 16.05.2017 à 19 H 49
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n°144.Face à « l’impossible démocratie », faut-il laisser « les rois sages » gouverner ?

Dans une chronique publiée par le « Washington Post », Sean Yom, professeur de science politique à la Temple University, estime que les monarchies marocaine et jordanienne ne sont plus des « démocraties de façade », parce qu’elles ont tombé le masque avec assurance depuis la parenthèse du Printemps arabe. Les deux systèmes qui ont réussi en comparaison à d’autres laminés par les guerres, apparaissent alors comme des « régimes autoritaires intelligents »

« Parmi les huit monarchies dominantes du Moyen-Orient, le Maroc et la Jordanie sont singulières (…) elles ont la réputation d’être plutôt des royaumes modérés étant guidés vers la démocratie par des rois réformistes alliés de l’Occident », estime Sean Yom, professeur de science politique à la Temple University dans une chronique publiée dans les colonnes du Washington Post.


Pendant des décennies, rappelle l’universitaire, celles-ci ont permis aux parlements élus, à l’opposition et aux sociétés civiles d’être davantage dynamiques que dans d’autres régimes comparables de la région. Pendant le Printemps arabe, Rabat et Amman ont répondu aux manifestations populaires avec des réformes plutôt que de la répression. Pour certains observateurs, « ce sont des oasis de stabilité dont la politique reflète le parcours historique de l’Europe vers la monarchie constitutionnelle », acquiesce-t-il, avant de relativiser cette appréciation.


Efficacité relative et absolutisme assumé

« En vérité, le Maroc et la Jordanie ne sont efficaces que parce que le reste du Moyen-Orient est si mauvais (…) comme l’Arabie saoudite et Bahreïn, qui, en termes de liberté civile et politique, se comparent à des dictatures comme la Corée du Nord et le Turkménistan ».


« Le Maroc et la Jordanie sont en effet stables, mais pas plus que tout autre pays qui n’est pas la Syrie, la Libye, le Yémen ou l’Irak, ravagés par la guerre ». Ils apparaissent alors comme des « régimes autoritaires intelligents ». « Ils savent comment manipuler les préoccupations occidentales au sujet des droits de l’homme tout en inventant de nouvelles façons de préserver le pouvoir ».


L’analyste défend ce qu’il entend comme « une nouvelle ligne de fond », estimant que « les monarchies sont là pour rester ». Elles ont ainsi atténué leur dynamique de réforme. Une stratégie jugée anachronique, mais payante les gouvernements stables et fonctionnels.


Mais pour lui, si les monarchies marocaine et jordanienne ont adopté une nouvelle stratégie remarquable, « elles ne cachent plus leur absolutisme ».


Pendant des décennies, écrit-il, « ces régimes ont déployé des réformes politiques peu profondes dont la rhétorique démocratique a occulté la réalité fondamentale de l’autocratie royale ». Les monarchies exercent ainsi « de vastes pouvoirs exécutifs, commandent de grandes forces militaires et de sécurité et peuvent faire courber l’opposition par des moyens juridiques et financiers ».


Un processus démocratique sans issue

Cette stratégie se manifeste plus visiblement dans la politique électorale poursuit le chercheur. Depuis 2011, le Maroc et la Jordanie ont tous deux tenu deux élections législatives. Toutes ont été certifiées par des observateurs internationaux comme transparentes, car elles l’étaient le plus souvent, reconnaît-il.


« Contrairement à la plupart des autres autocraties dans le monde, ces régimes ont besoin de leurs élections pour respecter les normes occidentales d’équité », explique Sean Yom. La raison ? « Ces régimes veulent montrer que lorsque ces processus sont appliqués, la démocratie ne fonctionne tout simplement pas parce que les partis et les parlements élus par la volonté populaire sont trop incompétents et incapables d’être portés au pouvoir ».


Au final, « ces sociétés ne sont pas prêtes à être démocratisées » estime-t-il, affirmant que dans ces conditions il vaut mieux en substance « laisser les rois sages assurer le spectacle ».