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13.04.2019 à 01 H 56 • Mis à jour le 13.04.2019 à 01 H 56
Par
Maghreb

Algérie: Le pouvoir teste la manière forte: un choix à haut risque

Malgré la sortie de millions d’Algériens dans la rue huit vendredis de suite, le pouvoir algérien est resté sourd et prisonnier de ses réflexes. Après avoir tenté toutes les manœuvres et toutes les manipulations, il opte pour la manière forte. Mollement pour l’instant, mais il réprime.


Son message est on ne peut plus clair : hors de question de céder sur l’essentiel. Du moins pas avant d’avoir tenté d’avoir le mouvement à l’usure. Entreprendre de réprimer des millions de marcheurs pacifiques relève de l’irresponsabilité. Aucun régime au monde ne l’a fait.


Ce qui s’est passé ce vendredi 12 avril au centre d’Alger confirme les appréhensions qui ont suivi les événements de la semaine. Le pouvoir a montré des signes inquiétants dès mardi. Sur le plan politique, un fait accompli a été imposé au peuple avec l’intronisation d’Abdelkader Bensalah comme chef de l’État intérimaire, conformément à la solution constitutionnelle voulue par l’armée. Une « solution » qui implique aussi le maintien des non moins décriés Noureddine Bedoui et Tayeb Belaïz aux postes respectifs de Premier ministre et de président du Conseil constitutionnel.


Au moment même où députés et sénateurs levaient machinalement la main au Palais des nations contre la volonté du peuple, la police remplissait sa part du contrat au centre d’Alger. Des étudiants qui tentaient de marcher pour dénoncer le coup de force ont été violemment chargés. Une première depuis le début des manifestations pacifiques le 22 février.


La dérive répressive se confirmera dès le lendemain avec la tentative d’empêcher un rassemblement de syndicalistes sur les mêmes lieux, puis jeudi lorsqu’un autre corps de sécurité, la gendarmerie, a quasiment bloqué tous les axes menant vers la capitale, repoussant systématiquement ceux qui s’y rendaient pour marcher le lendemain. Il faut dire que là aussi il s’agit d’une nouveauté.


Dans la même semaine, le chef d’état-major de l’armée avait presque signifié au peuple que le pouvoir n’avait plus rien à donner après le départ de Bouteflika. Ahmed Gaïd-Salah avait haussé le ton et décrété que la contestation avait trop duré et qu’il était temps qu’elle s’estompe.


Ce vendredi à Alger, alors que la mobilisation était intacte avec des millions de citoyens dans les rues du centre-ville, avec le même pacifisme, les policiers ont sorti la matraque, les gaz lacrymogènes et le canon à eau. Ils ont chargé la foule compacte rassemblée à la place Audin, refoulé ceux qui ont tenté de remonter le boulevard Mohamed V et lancé des bombes lacrymogènes jusque dans le tunnel des facultés.


Dans la foule, tout le monde pouvait pourtant constater qu’il y avait des enfants et des personnes âgées. Le drame a été évité de justesse, mais des blessés sont à déplorer. C’est la première fois que la contestation dérape et ce n’est pas la faute aux manifestants qui, au contraire, mais après avoir été chargés, ont continué à scander leurs slogans de pacifisme et de fraternisation avec les forces de l’ordre.


La hiérarchie de la police a justifié la répression par l’intrusion d’éléments infiltrés qui, curieusement, sont plus nombreux que d’habitude. Elle ne dit pas d’où ils sont sortis, mais elle informe au passage d’une incompréhensible coïncidence : un groupe qui préparait des attentats contre les manifestants à Alger vient d’être démantelé.


Quand bien même cette histoire de casseurs et d’individus malintentionnés ne serait pas totalement farfelue, il demeure néanmoins troublant qu’ils se soient terrés pendant plusieurs semaines pour surgir au lendemain d’une tentative du pouvoir d’imposer sa solution.


La nouvelle stratégie adoptée consiste peut-être à instaurer un climat de peur pour dissuader le maximum de citoyens de sortir dans la rue et pouvoir réserver le traitement adéquat aux récalcitrants, voire même décréter l’interdiction des manifestations publiques.


Si telle est l’intention des autorités, elles auront opté pour la voie qui mène au pire. Le moindre des risques c’est de voir la rue opter pour d’autres moyens de lutte qu’aucune force ne pourra réprimer. Le plus à sa portée c’est la grève générale…


Lire aussi : Des millions d’Algériens défient à nouveau les généraux et le « système »

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