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19.05.2026 à 16 H 42 • Mis à jour le 20.05.2026 à 11 H 32
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Finance

Le Maroc boucle un eurobond de 2,25 milliards d’euros dans un marché moins porteur

Nadia Fettah, ministre de l'Économie et des Finances. Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances. Crédit : Le Desk
Le Trésor s'est financé à 8 et 12 ans avec un resserrement de 30 points de base sur les indications initiales, mais une sursouscription inférieure à celle de mars 2025. Les détails

Le Trésor a clôturé le mardi 19 mai son retour sur le marché obligataire en euros par une émission de 2,25 milliards d'euros (MM €) en deux tranches, signant sa deuxième opération en devises européennes en quatorze mois. L'opération, exécutée dans une fenêtre de marché plus heurtée que celle de mars 2025, traduit un appétit toujours réel pour le papier souverain marocain, sans toutefois retrouver l'engouement de la dernière sortie.


La structure retenue articule deux maturités longues : une tranche de 1,25 MM € à échéance 2034 (8 ans) et une tranche de 1 MM € à échéance 2038 (12 ans). Le règlement est fixé au 26 mai. BNP Paribas, Citi, Deutsche Bank et J.P. Morgan ont assuré le rôle de chefs de file, et Lazard celui de conseiller financier. Le syndicat est identique à celui qui a accompagné l'émission précédente.


Un pricing serré, une demande plus mesurée

Les spreads finaux ont été arrêtés à mid-swaps +170 points de base sur le 8 ans et mid-swaps +200 pb sur le 12 ans, contre des indications initiales communiquées au marché de MS+200 pb et MS+230 pb. Le resserrement de 30 pb sur chaque ligne signale une demande suffisante pour exercer une pression à la baisse sur les conditions, mais reste en deçà des ajustements obtenus en mars 2025, lorsque le pricing s'était resserré de 35 à 45 pb par rapport aux IPTs.


Le carnet d'ordres a atteint 5,2 MM €, soit un ratio de couverture légèrement inférieur à 2,5 fois. La comparaison avec l'opération de mars 2025 est instructive : pour 2 MM € levés, la demande avait alors dépassé 6,75 milliards d'euros, une sursouscription supérieure à trois fois. Le différentiel reflète à la fois le contexte de marché et la duration plus longue retenue cette fois-ci.


Point notable pour les analystes : malgré un livre moins fourni, le spread du 12 ans (MS+200 pb) ressort plus serré que celui obtenu sur le 10 ans en mars 2025 (MS+215 pb). La courbe en euros du Maroc s'aplatit donc sur la partie longue, signe que la qualité de signature continue de s'apprécier dans la perception des investisseurs internationaux, indépendamment de la conjoncture immédiate.


Un environnement plus volatil

L'opération intervient alors que les tensions géopolitiques dans le Golfe ont fait remonter les primes de risque sur les marchés émergents, et que les conditions de financement en euros se sont durcies depuis le début du printemps. Plusieurs émetteurs souverains de qualité comparable ont reporté ou redimensionné leurs opérations ces dernières semaines.


Le choix du Maroc d'émettre malgré ce climat traduit un calendrier contraint par les besoins de financement. La loi de finances 2026 autorise jusqu'à 60 milliards de dirhams d'emprunts extérieurs, et une rallonge budgétaire d'environ 20 milliards de dirhams a été récemment mobilisée pour absorber l'accélération des investissements publics et financer les chantiers stratégiques, notamment les infrastructures liées à la Coupe du monde 2030.


L'émission s'inscrit également dans la stratégie de diversification monétaire engagée depuis 2024, qui voit le Royaume privilégier l'euro au dollar pour aligner la structure de sa dette extérieure sur celle de ses flux commerciaux et de ses engagements d'investissement.


Profil de signature

Le Maroc reste noté Ba1 perspective positive par Moody's, BBB- stable par S&P et BB+ stable par Fitch, soit une notation à cheval entre catégorie investment grade et high yield, qui continue d'attirer un mix d'investisseurs cross-over et de fonds émergents. Les obligations seront cotées au London Stock Exchange et compensées via Euroclear et Clearstream, sous format 144A/Regulation S.


À l'issue de cette opération, l'encours de la dette extérieure du Trésor devrait continuer sa montée en charge, dans la trajectoire anticipée par les analystes locaux qui projettent une part extérieure proche de 30 % de la dette du Trésor à fin 2026, contre 25 % en 2024.


Trois indicateurs orienteront la lecture de cette sortie dans les prochains jours : la performance des deux nouvelles lignes sur le marché secondaire à compter du 26 mai, la décomposition géographique et par profil des investisseurs, lorsque le ministère de l'Économie et des Finances publiera son communiqué officiel et le calendrier d'une éventuelle ouverture vers le marché asiatique, évoquée en novembre dernier par la Direction du Trésor, qui pourrait constituer le prochain chapitre de la stratégie de diversification.

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