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19.05.2026 à 12 H 17 • Mis à jour le 19.05.2026 à 12 H 29
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Finance

Le Maroc revient sur le marché euro malgré la nervosité géopolitique

Nadia Fettah, ministre de l'Economie et des Finances en road show à Londres début mai. Nadia Fettah, ministre de l’Economie et des Finances en road show à Londres début mai. Crédit : Bourse de Casablanca
Le Trésor cible 1,5 à 2 milliards d'euros au format Euro Benchmark, sur deux maturités à 8 et 12 ans. Les indications initiales de prix ressortent au-dessus des niveaux obtenus l'an dernier, à l'heure où l'État finance une rallonge budgétaire de 20 milliards de dirhams liée au conflit au Moyen-Orient

Le Trésor marocain a ouvert ce mardi 19 mai les livres d'ordres d'une nouvelle émission de référence libellée en euros, structurée au format 144A/RegS et articulée autour de deux maturités à 8 et 12 ans. La fourchette cible de 1,5 à 2 milliards d'euros est tarifée en initial price talk à 200 points de base au-dessus du mid-swap pour la souche courte et 230 points pour la longue. Ces niveaux sont susceptibles de se resserrer en fonction de l'appétit constaté, la clôture étant attendue dans la séance.


L'opération arrive sur un marché dont la coloration s'est dégradée depuis la précédente sortie souveraine du Royaume, exécutée en mars 2025. Les primes exigées des émetteurs émergents se sont écartées avec la montée des risques associés au conflit au Moyen-Orient et aux interrogations sur le passage des hydrocarbures par le détroit d'Ormuz.


Un coût d'accès en hausse

Quatorze mois plus tôt, le Trésor avait placé 2 milliards d'euros répartis sur des tranches à 4 et 10 ans, à des spreads respectifs de 155 et 215 points de base, sur un livre d'ordres dépassant 7 milliards. La nouvelle courbe est plus longue, mais la tension paraît néanmoins réelle.


Le différentiel se lit également par comparaison transversale. La Pologne s'est récemment financée à 43 points sur cinq ans et 83 points sur dix ans, l'Arabie saoudite à 115 points sur sept ans. Les deux émetteurs disposent toutefois de notes pleinement investment grade et avaient verrouillé leurs opérations avant l'embrasement régional.


Un profil de crédit consolidé

Le crédit du Royaume s'est sensiblement amélioré au cours des derniers trimestres. S&P Global Ratings a relevé la note souveraine à BBB- en septembre 2025, restaurant un statut investment grade perdu en 2021, puis confirmé cette note assortie d'une perspective stable le 27 mars 2026. Moody's reste en deçà du seuil avec Ba1, mais a rehaussé sa perspective de stable à positive lors de sa dernière revue, en mars 2026.


L'enveloppe visée ne couvre qu'une fraction du plafond de financements extérieurs autorisé par la Loi de finances 2026, fixé à 60 milliards de dirhams. Le calendrier de communication budgétaire a été serré : le décret d'ouverture de crédits supplémentaires a été adopté en Conseil de gouvernement le 14 mai, et défendu lundi 18 mai devant la commission des finances de la Chambre des représentants par le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, soit la veille de l'ouverture des livres d'ordres.


La rallonge de 20 milliards de dirhams ventile 8 milliards vers la Caisse de compensation pour préserver la stabilité des prix du gaz butane et des services de transport de personnes et de marchandises, 6 milliards de provisions pour dépenses exceptionnelles liées à la conjoncture internationale, 4 milliards pour le renforcement en fonds propres de certaines entreprises et établissements publics, et 2 milliards pour les conséquences des inondations de l'hiver dernier dans le nord du pays.


L'ensemble est officiellement adossé au dynamisme du recouvrement fiscal. À fin avril, les recettes affichaient une hausse de 10,9 milliards de dirhams en glissement annuel, soit une progression de 8,9 %, tirée par l'impôt sur les sociétés (+24,9 %) et, dans une moindre mesure, la TVA (+3,9 %). Le taux de réalisation des prévisions de la Loi de finances s'établissait à 36,4 % sur les quatre premiers mois. La cible de déficit pour 2026, à 3 % du PIB contre 3,5 % en 2025, est officiellement maintenue.


Pour le Trésor, la sortie obéit à une double logique : diversifier les sources de financement et préserver le compartiment obligataire local. Plus la part externe progresse, moins la courbe domestique est exposée à une remontée des rendements que les autorités cherchent à contenir.


Une toile de fond macroéconomique porteuse

L'environnement macroéconomique mis en avant à l'appui de la transaction reste porteur. La croissance, estimée à 5,3 % pour 2026 après 4,6 % en 2025, marque une accélération nette par rapport au rythme moyen d'environ 3 % observé avant la pandémie. La dette publique générale s'établit autour de 67 % du PIB, dont près des trois quarts portée par des créanciers domestiques, avec une maturité moyenne supérieure à huit ans qui limite le risque de refinancement.


Côté économie réelle, les exportations du secteur automobile ont atteint quelque 16,5 milliards de dollars en 2025, et le port de Tanger Med a franchi le seuil des 11 millions de conteneurs traités sur l'année. Les recettes ordinaires sont passées de 256 milliards de dirhams en 2021 à 424 milliards en 2025, soit un taux de croissance annuel moyen de 13,5 % sur cinq ans.


L'agenda d'investissement public reste lourd. Les chantiers liés à la Vision 2030 et à la coorganisation de la Coupe du monde mobilisent les transports, le numérique, le tourisme et l'urbanisme. La trajectoire de transition énergétique vise une part de 52 % d'énergies renouvelables dans la capacité électrique installée à l'horizon de la décennie. Plusieurs projets d'hydrogène vert, représentant un volume cumulé supérieur à 32 milliards de dollars, ont par ailleurs reçu un feu vert. La sécurité hydrique, via le développement des unités de dessalement, complète cet ensemble.


L'agenda de réformes (mise en œuvre de la loi organique relative aux lois de finances, restructuration des établissements publics, modernisation du cadre des partenariats public-privé, digitalisation de l'administration) figure en bonne place dans le narratif présenté aux investisseurs.

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