n°1264.RHN Maroc-France : un décompte d’accords flottant, la défense et l’électron au stade des intentions
Ce 16 juillet, la 15e Réunion de haut niveau (RHN) maroco-française a produit trois versions différentes d'un même événement. Les services du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ont distillé aux médias les intitulés de 14 accords. La dépêche de l'agence officielle MAP en détaille 12, à dominante sectorielle et culturelle. L'Agence France-Presse (AFP), dont le fil a irrigué la presse française, s'en tient à « une douzaine », dont elle ne cite nommément que 3. Aucune de ces listes ne se superpose exactement aux deux autres.
Cette géométrie variable n'est pas un détail de comptabilité. C'est le premier enseignement de la journée. Car mesurée à l'aune des trois dossiers que cette RHN était censée faire avancer (l'interconnexion électrique sous-marine, la coopération militaro-industrielle et le nucléaire civil), la récolte du 16 juillet se révèle exactement conforme à ce que la friction des deux horloges laissait prévoir : celle du temps politique, court et pressé, et celle du temps industriel, qui se compte en années. Le Desk avait détaillé, en amont de la réunion, pourquoi chacun de ces trois chantiers reposait sur des hypothèses économiques et industrielles moins assurées que ne le suggérait le calendrier diplomatique. Le résultat de jeudi n'infirme pas ce diagnostic : il le vérifie.
Le plus frappant est que les deux coprésidents en ont eux-mêmes fourni le registre. À l'ouverture des travaux, Aziz Akhannouch a décrit une réunion marquant « l'entrée dans la phase de mise en œuvre opérationnelle » de la vision commune, et la détermination à « transformer les engagements pris en résultats tangibles ». Sébastien Lecornu, lui, a parlé d'un « moment charnière » qui « balise la voie » vers des « décisions historiques » au futur, et a qualifié dans sa déclaration finale le bilan des relations bilatérales d'« exceptionnellement positif », superlatif qui jure avec la matière des textes effectivement signés. Lu à la lettre, le discours officiel n'annonçait pas des décisions, mais l'intention d'en prendre plus tard. Là où le calendrier appelait des arbitrages, la journée aura surtout produit des procédures, des cadres et des intentions et, là où même l'intention faisait défaut, une liste allongée pour combler le vide.
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