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21.02.2016 à 17 H 19 • Mis à jour le 22.02.2016 à 09 H 48
Par
Histoire

Il y a 100 ans, les poilus marocains, héros oubliés de Verdun

Nord de la France. Des spahis marocains rassemblent les chevaux de leur régiment avant l’orage. ECPAD.
Verdun célèbre ce dimanche la fameuse bataille de la Première guerre mondiale, dont le premier coup de canon a retenti il y a exactement un siècle, au matin du 21 février 1916. Des commémorations oublieuses du sacrifice des soldats marocains.

Le 21 février 1916, au petit matin, un déluge de feu et de fer craché par un millier de pièces allemandes, dont les terrifiantes Grosses Bertha, s’abat sur Verdun et ses alentours. 300 jours en enfer débutent, dans la boue et le froid, la peur et le sang. Une guerre d’usure entre deux armées épuisées s’est installée. Les photos de belligérants hébétés, accroupis dans des tranchées gorgées d’eau, de cadavres jonchant le sol, d’arbres brûlés, de terres scarifiées par les bombardements, attestent de l’omniprésence de l’horreur. Bombe en tôle, capote bleu horizon et fusil Lebel contre casque à pointe, vareuse vert foncé et fusil Mauser. Il y aura au total plus de 300 000 morts et disparus, presque autant dans un camp que dans l’autre.


Au ravin des Vignes, le cantonnement d’un régiment de tirailleurs marocains. ECPAD

Des commémorations européocentristes

Verdun va devenir, dans les consciences nationales française et allemande, le symbole de la Grande Guerre, celui aussi des monstruosités du conflit, même si la bataille de la Somme (juillet-novembre 1916) fut plus meurtrière (un million de morts). Pour les Français, ce sera « la » bataille de 14-18, « la seule dans laquelle aucun de ses alliés n’a pris part », écrit la presse française.


Encore une fois, cette commémoration est oublieuse des troupes marocaines qui ont joué un rôle majeur pendant la Grande Guerre. Leur destin reste obscur et on ne leur a pas accordé beaucoup d’attention historique, tant Verdun et d’autres batailles mythiques de 14-18, demeurent vues à travers un prisme typiquement européen.


Mi-Août 1914, Bordeaux. Tirailleurs marocains simulant une attitude de combat pour la photo. COLLECTION P. VACHEE


Certes les autorités françaises ont évoqué de temps à autre la « dette de sang » due par la France à ces hommes et érigé tel ou tel Mémorial à leur souvenir. Dans un rapport au Ministre de la Guerre, Hubert Lyautey, résident général de France au Maroc, reconnût lui-même le nombre excessif de victimes marocaines, affirmant que « c’est une très grosse erreur politique de ne pas se préoccuper du sort des Tirailleurs marocains […] Ils ont été déployés à chaque point de la ligne de front ».


C’est Lyautey qui suggéra que les Tirailleurs marocains et les Goums soient utilisés pour défendre la France. Ceux-ci devinrent de nouvelles unités militaires créés par les Français pour leur servir, au Maroc, de forces militaires et policières.


En 1914, les troupes marocaines initialement envoyées vers la France comptaient environ 15 000 hommes, répartis en différentes formations militaires tels que les Goums, les Spahis, les Tirailleurs ou le Génie. Plus tard, ils seront collectivement appelés les Bataillons de Chasseurs Indigènes. En août 1914, plus de 42 000 Marocains se trouvaient déjà en France, soit comme « travailleurs coloniaux » ou comme « troupes coloniales ». Dans le langage de l’armée française et des cercles coloniaux, ils faisaient partie de l’« effort de guerre ».


Une du journal hebdomadaire Le Miroir, n°43, dimanche 20 septembre 1914 : blessés marocains rescapés des sanglants combats de Penchard pendant la bataille de l'Ourcq. COLLECTION C. TOURNON


Ils seront d’abord engagés à Iverny, Monthyon, Penchard, Missy-sur-Aisne. En janvier 1915, à la bataille de Soissons, que le Maréchal Juin, encore capitaine à l’époque, décrira comme une « lutte sauvage durant laquelle les Marocains tombèrent sans que l’on puisse les dénombrer ». Suite à une vaste campagne de recrutement, les autorités françaises au Maroc furent en mesure d’envoyer davantage de bataillons au front en 1916.

Entre 9 000 et 15 000 morts marocains

Malgré une formation rudimentaire, ils furent rapidement envoyés à la bataille de Verdun. Plus tard, ils seront engagés à Compiègne, en Artois, sur le Chemin des Dames, sur le plateau de Cutry etc. Le Maréchal Juin, écrira plus tard : « Malgré les épreuves difficiles, à la fois morales et physiques, jamais les Marocains n’ont semblé être plus confiants qu’en ce jour du 5 septembre, à la veille de la grande bataille de la Marne, où ils stoppèrent l’avance allemande. » En un seul jour, 1 150 Marocains furent tués ou blessés.


Dessin de propagande de Maurice Orange, Août 1916. Extrait de la revue L'illustration. COLLECTION PRIVEE


Le nombre des Marocains ayant pris part à la Grande Guerre n’a jamais été précis. Il est incontestable qu’il fut important. Certaines études officielles ont avancé le nombre de 9 000 morts, d’autres ont estimé que les pertes marocaines avaient atteint 15 000. Chair à canon, les soldats marocains se trouvaient en première ligne au combat. Leurs régiments subirent de lourdes pertes qui étaient rapidement remplacées par de nouvelles recrues sans grande expérience. Par exemple, lors des batailles de l’Ourcq et l’Aisne en septembre 1914, Juin affirma que « sur les 4 000 soldats qui avaient débarqué en France, seuls 800 survécurent ». Le 6 octobre 1915 en Champagne, on dénombra 1 400 morts en une seule journée.


Avec Agences AFP/Reuters


Pour aller plus loin, lire en particulier : Les soldats marocains dans la bataille de Verdun , Mohamed Bekraoui, Guerres mondiales et conflits contemporains, No. 182 (Avril 1996), pp. 39-44, PUF, et Héros oubliés, l’Afrique du Nord dans la Grande guerre, 1914-1919, Collectif, Forgotten Heroes Foundation.


Certaines illustrations sont tirées du blog d’Antoine Flandrin, journaliste au Monde.fr