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08.03.2016 à 12 H 28 • Mis à jour le 08.03.2016 à 14 H 19
Par
Art

A la Cité des anges, pari réussi pour le second volet de l’expo Islamic Art Now

Hassan Hajjaj, Feetball, 2006
Boxe, bodybuilding et football en babouches : une sélection singulière d'art islamique contemporain à Los Angeles.

« Dans le monde islamique, la calligraphie a toujours été considérée comme la forme artistique la plus élevée en raison de son association avec le Coran », explique Linda Komaroff. Dans cette calligraphie tridimensionnelle, Nasser Al Salem interprète intelligemment le verset coranique. « Quiconque obéit à Allah, Il lui montrera le bon chemin » en un labyrinthe  ce qui est remarquable est que sa composition calligraphique ne rend pas seulement compte des mots du verset, mais en recrée visuellement le sens.


La curatrice de l’exposition Islamic Art Now fait bien de le préciser : pour le visiteur américain qui déambule dans le LACMA, le labyrinthe de corian turquoise proposé par l’artiste saoudien ressemble plutôt à un jeu de billes géant. De quoi se demander si, devant les admirables exemples d’art islamique contemporains réunis pour l’exposition, on ne passe pas sans le vouloir à cote de l’essentiel. Et pourtant, chacun d’eux frappe, émeut, retient.


Sujets graves traités avec cocasserie

C’était une gageure de compléter la remarquable première partie de l’exposition qui a permis aux Angelenos et aux touristes de découvrir, entre autres, le travail de Lalla Essaydi et Hassan Hajjaj. Pas facile de faire plus neuf, d’interpeler davantage, d’impressionner autant. Le pari est pourtant réussi. Pour ce second volet, le musée a réservé des œuvres qui allient cette fois encore la violence du contraste, la beauté et la maitrise technique –  mais selon des modalités nouvelles.


Abbas Kowsari, série Masculinity, 2011 Tirage numérique sur papier argenté 70, 5 x 105, 5 cm.


Toujours traversées par les mêmes tensions, les images questionnent l’identité, sexuelle comme culturelle. Représentation caricaturale et troublante de la virilité d’une part : photographiés par Abbas Kowsari en 2006 lors d’un championnat, des bodybuilders iraniens semblent s’embrasser sensuellement sur le fond romantique d’un ciel étoilé factice. Images dérangeantes de la féminité, d’autre part : en plein milieu d’une avenue rectiligne, une jeune femme enveloppée de noir arbore d’énormes gants de boxe rouge (Newsha Tavakolian). L’Occident et l’Orient se télescopent, et de cette rencontre naissent non seulement ces athlètes improbables, mais aussi un super héros médiéval, incroyable guerrier persan mâtiné de Rambo (Le retour de Rostam II à l’âge de 30 ans, après avoir été élevé à l’étranger, Siamak Filizadeh, Iran, 2009)  ou encore les joyeuses babouches siglées Nike que Hassan Hajjaj a photographiées (Feetball, 2006).


Newsha Tavakolian, Untitled, de la série Listen, 2011


Si les sujets abordés sont graves, il y a en effet beaucoup de cocasserie dans ce deuxième volet de l’exposition. On peut admirer un portrait de femme en tchador dont le visage est remplacé par un grand gant de vaisselle (Shadi Gadirian)  un petit bodybuilder souriant fièrement, mais ressemblant à un garçonnet déguisé en super héros (Abbas Kowsari toujours)  un superbe dyptique richement orné, dont le motif central est une radio de squelette humain sur fond turquoise (Ahmed Mater, Illumination, Dyptique, 2010)  un tapis persan dont le motif traditionnel inclut une gigantesque tache noire (Faig Ahmed, Essence, Azerbaidjan, 2015.)


Une dérangeante réalité, lointaine et familière

Le contraste entre tradition et monde moderne inspire aussi, cependant, des oeuvres plus tragiques, telle cette remarquable animation inspirée par les miniatures persanes et réalisée par l’iranien Shoja Azari. Une image fixe, agrandissement d’une délicate enluminure du seizième siècle, se troue peu à peu de zones transparentes sous lesquelles se devine un film révélant la violence quotidienne. Sous l’idéal, la dérangeante réalité… 


Shadi Ghadirian, Like everyday, 2001


Mais la plus dérangeante réalité, pour le visiteur occasionnel, n’est-elle pas, entre les bouddhas de bronze et les miniatures indiennes du quatrième et dernier étage du musée, la révélation de l’existence d’un monde « islamique », à la fois lointain et familier, incompréhensible et limpide, et riche d’une pensée, d’une audace et d’une liberté qu’il n’imaginait pas ? Si la référence à l’Islam peut sembler quelque peu sujette à caution quand les artistes exposés, iraniens surtout mais aussi marocains, syriens, égyptiens, saoudiens, italo-sénégalais, ne sont pas tous musulmans, ni même nés dans un pays musulman, et exercent dans des pays occidentaux, elle a cependant le mérite de prouver justement que le terme « islamique » ne saurait suffire à définir un individu ni une expression. Heureuse démarche en ces temps propices a la ségrégation.