Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements

Connectez-vous

Mot de passe oublié ?

Abonnez-vous !

Découvrez l'offre de lancement du Desk

60 DH
1 mois
Découvrir les offres
27.05.2016 à 20 H 10 • Mis à jour le 25.07.2016 à 06 H 19
Par
Panama Papers

Les sociétés offshore de Serge Berdugo, liées à des comptes en Suisse

Le représentant de la communauté juive du Maroc, ambassadeur itinérant du roi Mohammed VI, est lié à deux sociétés offshore créées au Panama à la demande de HSBC Private Banking à Genève. Leur seule activité déclarée est la gestion de comptes bancaires en Suisse.

Le secrétaire général de la communauté israélite du Maroc, Serge Berdugo, apparaît dans les listings du cabinet panaméen Mossack Fonseca comme le bénéficiaire de pouvoirs généraux (« power of attorney ») émis par deux sociétés-écran domiciliées au Panama.


La première, Mervin Associates SA, a été créée en août 2006 à la demande du département « Europe méditerranéenne et Israël » de HSBC Private Banking à Genève, une filiale de la banque suisse spécialisée dans la gestion de patrimoine des clients les plus fortunés. Les actions de la société ont été émises au porteur, masquant l’identité réelle de son bénéficiaire. Lors de son incorporation au registre de commerce du Panama, HSBC a toutefois demandé à Mossack Fonseca d’émettre un pouvoir général au nom de Serge Berdugo, selon les correspondances internes consultées par Le Desk dans le cadre de l’enquête mondiale « Panama Papers », lancée par le Süddeutsche Zeitung et coordonnée par le Consortium International des journalistes d’investigations (ICIJ).


La deuxième société, Starlea Holdings Corp, a elle aussi été créée au Panama à la demande de HSBC Private Banking à Genève, avec des actions au porteur, mais cette fois en 2009. Et là encore, un pouvoir général a été émis dès sa création au profit de Serge Berdugo. Parmi les documents envoyés au cabinet Mossack Fonseca, figure une copie de son passeport diplomatique.


Pouvoir général émis par Starlea Holdings Corp en faveur de Serge Berdugo en mars 2009

Sociétés-écrans et comptes en Suisse

Ancien ministre du Tourisme sous Hassan II, Serge Berdugo a été nommé en mars 2006 « ambassadeur itinérant » par le roi Mohammed VI. Il participe à de nombreux événements au Maroc et à l’étranger pour promouvoir le judaïsme marocain et la coexistence pacifique des différentes communautés du royaume. Issu d’une influente famille de Meknès, il est aussi présent dans les affaires (BTP, construction, industrie), notamment à travers la holding familiale Franinvest, basée à Casablanca.


Selon les correspondances échangées avec Mossack Fonseca, les deux sociétés offshore créées au Panama n’ont qu’une seule activité déclarée : la gestion de comptes bancaires en Suisse. Serge Berdugo avait déjà été cité début 2015 dans l’enquête journalistique « Swiss Leaks » comme le détenteur d’un compte inscrit à son nom auprès de HSBC à Genève, à l’instar des membres de la famille royale et plus d’une centaine d’autres résidents marocains, selon les listings fuités par l’informaticien Hervé Falciani. Le quotidien Le Monde révélait alors que le compte au nom de Serge Berdugo était approvisionné en 2006 à hauteur de 7,3 millions de dollars.


Les deux sociétés-écrans du Panama ont-elles servi de paravent pour gérer ce compte ou s’agit-il d’autres dépôts effectués en parallèle ? Contacté par Le Desk, Serge Berdugo n’a pas répondu à nos questions.


Les révélations des Swiss Leaks montrent en tout cas que l’utilisation de coquilles panaméennes pour gérer des comptes bancaires en Suisse était largement répandue parmi les clients fortunés de HSBC Genève, y compris par le propre directeur général de la banque, Stuart Gulliver, dont le quotidien The Guardian a retracé les avoirs – plus de 5 millions de livres sterling – déposés au sein de son établissement et gérés à travers des sociétés-écrans du Panama.

Transfert des pouvoirs à un avocat genevois

Les pouvoirs octroyés à Serge Berdugo par Mervin Associates SA et Starlea Holdings Corp ont été transférés respectivement en 2009 et en 2012 à un avocat genevois, Marc Bonnant. La cellule enquête du journal Le Matin Dimanche, partenaire suisse de l’ICIJ dans le cadre des « Panama Papers », a révélé le mois dernier que maitre Bonnant, décrit comme « une star du barreau genevois  », a servi d’intermédiaire financier auprès de ses clients. « (Il) a été directeur d’au moins 136 sociétés, dont la plupart ne servaient qu’à détenir des comptes bancaires, en masquant le nom du bénéficiaire économique  », explique le journal. Parmi ses clients, plusieurs personnes « à haut risque » sont citées, comme l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, le neveu du président sud-africain Khulubuse Clive Zuma ou le diamantaire belge longtemps recherché par Interpol, Mozes Victor Konig.


L'avocat Marc Bonnant. LES OBSERVATEURS


L’activité actuelle des deux sociétés-écrans du Panama – et l’état des comptes bancaires qui y sont associés – ne sont pas connus. Mervin Associates SA a été « mise en sommeil » à partir de 2012 et ses gérants ont demandé sa dissolution il y a quelques mois à peine, en novembre 2015. Concernant Starlea Holdings Corp, ses gérants suisses ont changé d’agent résident en septembre 2013, quittant Mossack Fonseca pour un autre cabinet panaméen, Shirley y Asociados.