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02.08.2016 à 20 H 24 • Mis à jour le 20.08.2016 à 13 H 44
Par
Tensions PJD-Intérieur

Les « noyés d’Erfoud » : du fait divers au « scandale politique »

Le 29 juillet, un homme, affilié au PJD, et son fils, sont retrouvés morts aux abords d’un canal d’irrigation dans la région d’Erfoud. La première autopsie conclut à la mort par noyade. Convaincue qu’il s’agit d’un meurtre, la famille exige une contre-expertise. Un drame qui va tourner au feuilleton politique où les différentes parties s’accusent mutuellement de tentative de politisation d’un fait divers. Retour sur la scène du crime avec le frère de la victime.

Village de Ksar Oulad Azzahra dans la région d’Erfoud, à 80 km d’Errachidia. Il est 11 heures du matin quand des paysans de la région découvrent deux corps gisants sans vie dans un canal d’irrigation d’eau. Les victimes se nomment Lahbib Chaoui, 47 ans, et son fils Mouâd, âgé de 13 ans.


« C’est la mobylette abandonnée de la victime qui a attiré les passants. Intrigués par l’absence de son propriétaire, ils se lancent à sa recherche » éclaire Ahmed Chaoui, le frère cadet de la victime et conseiller communal sous l’étiquette du parti de la lampe. Cette découverte macabre va semer le doute chez la population locale. Et pour cause, les deux corps sont retrouvés dans des lieux séparés d’une distance de 10 km et sur le territoire de deux communes différentes. « Le corps du père, plus lourd, était supposé dériver avec le courant du canal alors que celui du fils est resté sur place. C’est un maquillage grotesque d’un crime abominable », martèle le frère du défunt.


Avant même la prise en main de l’affaire par les autorités, la thèse du double meurtre est déjà intériorisée par la famille et les habitants.


Crime et ressentiment

Arrivés sur la scène du crime, les éléments de la gendarmerie royale procèdent à une enquête de routine et les deux dépouilles sont transportées à l’hôpital Moulay Ali Cherif d’Errachidia pour l’habituelle autopsie. « Dès le début, nous avons écarté la thèse de la mort par noyade. Le corps de Lahbib portait les traces de plusieurs coups qui seraient provoqués par un objet contondant. Sans oublier un hématome au niveau d’un œil ainsi que le sang séché au niveau de la tête. Ce qui est absurde pour quelqu’un supposé mort par noyade. Mouâd, quant à lui avait des traces de strangulations  », avance le frère de la victime.


Lahbib Chaoui (cerclé) était membre du PJD. Sa mort serait due selon son entourage à un meurtre perpétré sur fond de disputes autour de la distribution d'eau aux villageois. PJD.MA


Deux jours après, c’est un coup de fil de la gendarmerie qui va mettre le feu aux poudres. Le dimanche 31 juillet, pendant que la famille des victimes préparait leurs obsèques, elle apprend que le rapport d’autopsie a conclu à la mort par noyade. « Nous étions sous le choc. Nous avons organisé une réunion de famille où étaient présents, des voisins, des avocats et quelques militants du parti pour décider de la démarche à suivre pour contester le résultat de l’autopsie », indique Ahmed Chaoui qui n’hésite pas à se rabattre sur Internet pour appuyer la piste du crime. Cette affaire sera récupérée par les sympathisants du PJD qui vont se déchainer sur les réseaux sociaux, contestant la thèse de la simple noyade et donnant l’impression que c’est la Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui est visé par ce crime. L’affaire passe du simple fait divers à un bras de fer politique sur fond de guéguerre entre le PJD et l’Etat.


L’eau, un mobile du crime ?

Lahbib Chaoui, père de quatre enfants, dont Mouâd qui a succombé avec lui, était membre du parti de Benkirane, mais ça s’arrêtait là, selon son frère. Habitant d’Erfoud, il exploitait une ferme d’élevage de vaches. Mais ses ennuis avec d’autres habitants de la région vont commencer quand il va monter avec d’autres paysans une association pour gérer la distribution de l’eau équitablement entre les agriculteurs. L’eau, une denrée rare dans la région, qui provoque des tensions entre les villageois lors des rares lachés d’eau du barrage Hassan Eddakhil.


Dans la région d'Erfoud et dans toutes les oasis du Tafilalet, la gestion et la distribution d'eau, denrée rare dans cette région désertique, obéit à un mode ancestral, source parfois de tensions en périodes de sécheresse. CC


Pour gérer la distribution de l’eau, Lahbib Chaoui, partait chaque matin très tôt de son domicile familial en compagnie de son fils. Selon son frère, une fois le travail dans la ferme fini, son fils rentrait à la maison, alors que lui allait s’occuper de la gestion de la distribution de l’eau. Or, le jour de sa disparition, le gardien du quartier ne l’a pas vu quitter son domicile. « Dans le cas où il serait parti très tôt le matin, quelle idée de penser qu’il ait eut l’intention de se baigner avec son fils à cette heure de la matinée  », ajoute le frère du défunt. Ne cautionnant pas la thèse de la noyade, la famille refuse d’enterrer ses morts et mandate un avocat, également député islamiste du PJD qui va demander une contre-expertise d’un médecin légiste.


Hassad-PJD au corps à corps

Alors que la presse et les réseaux sociaux laissent entendre que ce fait divers est lié à un conflit préélectoral, le frère de la victime y voit un possible règlement de compte motivé par la répartition de l’eau qui a fait des mécontents. Pour calmer le jeu, le lundi 1er aout, le ministère de l’Intérieur publie un communiqué qui confirme la thèse de la noyade tout en rappelant le droit qui revient à la famille des victimes de procéder à une contre-expertise. Mais le département de Mohamed Hassad insistera pour dénoncer « des manœuvres politiciennes motivées par des raisons purement électoralistes dont les auteurs auraient exercé la pression sur la famille pour refuser le résultat de la première autopsie  ».


En clair, Mohamed Hassad accuse le PJD d’être derrière la politisation de ce fait divers. Une allégation qu’Ahmed Chaoui rejette en bloc. « Nous avons été soutenus par des membres du PJD qui est notre parti, et qui nous ont aidé à utiliser les voies juridiques pour mettre au clair ces crimes qui sont motivés par des tensions avec un groupe d’agriculteurs de la région qui n’acceptait pas la manière de repartir l’eau destinée à l’irrigation. ».


La seconde autopsie a été réalisée dimanche 31 juillet au soir par des médecins légistes dépêchés à l’hôpital d’Errachidia. Si le frère de la victime circonscrit ce crime dans des considérations liées à un conflit autour de l’eau, du côté du parti et ses cyber- militants, on persiste à suggérer le crime politique dans un contexte préélectoral très tendu où tous les coups semblent permis même l’exploitation des tragédies.