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13.08.2016 à 22 H 36 • Mis à jour le 20.08.2016 à 13 H 54
Par
Editorial

Vie privée, vie publique : en réponse à des questions soulevées par l’affaire El Achchabi

Hind El Achchabi, dirigeante du groupe Dalia développement lors d’un évènement organisé par sa filiale Dalia Air. DALIA AIR
Notre article consacré à l’incarcération de Hind El Achchabi et Mohsine Karim-Bennani, personnalités connues du monde des affaires, a donné lieu à des commentaires sur le respect du à la vie privée des personnes. Notre réponse sur la question.

Des lecteurs nous ont adressé des critiques parfois virulentes à propos de notre article sur l’affaire El Achchabi. Ceux-ci nous questionnent sur deux aspects : l’intrusion du journaliste dans la vie privée des personnes et l’appréciation que nous faisons des libertés individuelles.


Si la plupart des commentaires nous sont parvenus à travers les réseaux sociaux, particulièrement via notre page Facebook, de la part de personnes qui ne sont pas abonnées au Desk, et donc n’ont pas à priori eu accès à l’intégralité de notre article réservé à nos abonnés, il nous est paru tout de même nécessaire d’y répondre.


Rappelons tout d’abord quelques notions et principes fondamentaux inhérents à la pratique journalistique.


Le journaliste se doit de respecter la loi, écrite et éthique. Parmi ces lois, l’obligation de respect de la vie privée. Le journaliste doit suivre la règle selon laquelle chacun a droit au respect de sa vie privée et la Déclaration universelle des droits de l’homme dans son article 12 qui stipule : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée ». Par ailleurs de nombreux textes codifiant les devoirs et les droits des journalistes obligent à respecter la vie privée des personnes, dont la loi sur la presse.


Comment concilier alors cette obligation légale et de principe avec la liberté de la presse ? La déontologie journalistique impose que seule une nécessité publique peut justifier une intrusion dans la vie privée de quiconque.


Dans ce sens, pour les personnalités publiques, la sphère de la vie privée est plus restreinte que pour les personnes dites ordinaires. La notoriété publique de certaines personnes est inhérente à leur activité, c’est le cas par exemple de sportifs, d’artistes, de journalistes connus, de personnalités politiques, de chefs d’entreprises ayant pignon sur rue, etc…


Le respect de la sphère privée fait l’objet de dérogation lorsque l’information de nature privée est liée à l’activité pour laquelle la personne concernée est connue du public.


Dans le cas d’espèce, les personnes citées dans cet article font l’objet de poursuites judiciaires et ont été incarcérées dans l’attente de leur jugement. La présomption d’innocence qui leur est due n’a à aucun moment été violée.


Les enjeux soulevés par l’article du Desk ne concernent pas leurs choix de vie, Ils sont d’intérêt général parce que les faits évoqués ont un lien direct avec l’exercice de la fonction de chacune des personnes citées.


Les relations d’ordre sentimental ou intimes font partie de la vie privée lorsque la personne concernée ne les rend pas publiques ou lorsqu’elles sont sans incidence sur l’exercice de la fonction qui donne de la notoriété.


Or, lorsqu’une personne expose elle-même des aspects de sa vie privée, les médias n’y portent pas atteinte en reprenant ces informations ou en exposant celles qui en découlent, notamment lorsque celles-ci ont un impact direct sur leurs activités professionnelles ou les activités, la vie, et les intérêts de tiers.


Hind El Achchabi et Mohsine Karim-Bennani sont deux figures connues du monde des affaires. Tous deux dirigent des entreprises qui emploient de nombreuses personnes, sont engagés dans des investissements et par des contrats commerciaux avec des partenaires nationaux et étrangers, des créanciers, des institutions financières, des fournisseurs, des clients, etc. Sans compter le caractère diplomatique de cette affaire relatif au statut du plaignant qui a manifestement pesé sur son cours.


Les démêlés judiciaires ayant mené à l’emprisonnement de Hind El Achchabi et de Mohsine Karim-Bennani constituent à ce titre une information d’intérêt public.


Bien entendu, cela ne donne pas automatiquement le droit de révéler d’autres éléments de cette vie privée lorsque cela met aussi en cause d’autres personnes. Dans l’article en question, ces autres personnes, notamment les enfants mineurs et la gynécologue (qui n’est pas poursuivie à ce stade de l’enquête), ont vu leurs identités protégées par la règle de l’anonymat. Comme n’ont pas été révélés certains faits et détails scabreux contenus dans l’acte d’accusation.


Encore une fois, l’article ne porte pas un jugement sur le choix de vie des personnes citées, en particulier sur la question de l’adultère supposé. Au Maroc, les relations extra-conjugales sont passibles de prison. Une criminalisation que nous considérons contraire aux valeurs et libertés que nous défendons au Desk, comme nous défendons la liberté de conscience, de culte et d’orientation sexuelle de tout un chacun. Mais ce n’est pas le sujet de cet article. Cela ne doit donc pas prêter à confusion ou donner libre cours à des amalgames tendant à donner à cet article un aspect moralisateur qu’il n’a certainement pas.


Certains lecteurs nous ont accusé d’avoir versé dans la pipolisation ou dans le voyeurisme, faisant parfois un parallèle avec la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant Salaheddine Mezouar, ministre des Affaires étrangères et Fouad Ali El Himma, conseiller du roi, attablés dans une boite de nuit au Qatar.


Le Desk, comme la plupart des médias respectueux de la vie privée des personnes, n’a pas relayé ces images volées parce-que ce qu’elles montrent –  à la différence du cas El Achchabi -, n’a aucune incidence sur le mandat ou les responsabilités politiques des personnes en question.


Dernier point qu’il est nécessaire d’aborder ici est celui de « la presse jaune » dont certains ont voulu à cette occasion associer à tort Le Desk.


Depuis quelques années, de nombreux journaux et sites internet ont été créés par des personnes ou par des entités difficilement identifiables et dont l’objet essentiel est de ternir la réputation de personnalités publiques connues pour avoir des positions critiques à l’égard de certains cercles de pouvoir.


Les promoteurs du Desk en ont, comme d’autres, subi les attaques pitoyables et infondées. Il s’agit d’un mal qui ronge la profession et contre lequel rien de concret n’est envisagé pour y mettre fin, ni de la part de la justice et encore moins des autorités de tutelle de la presse.


Voilà un combat juste et nécessaire que devraient mener la société civile et le grand public pour garantir la crédibilité des médias, leur indépendance et leur éthique.