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14.08.2016 à 17 H 36 • Mis à jour le 14.08.2016 à 17 H 49
Par
Budget

Les objectifs macro-économiques du Maroc, déjà fixés avec le FMI jusqu’en 2021

Mohamed Boussaid avec Christine Lagarde, au siège du ministère des Finances à Rabat en 2014. AIC
En contrepartie de l’octroi par le FMI d’une nouvelle ligne de liquidité et de précaution, le gouvernement s’est engagé sur des objectifs budgétaires plus contraignants : la nouvelle cible de déficit budgétaire est désormais à 2% du PIB, que les autorités marocaines se sont engagées à atteindre d’ici 2021. Trois contraintes s’imposent donc aux partis politiques et à leurs programmes économiques pour les cinq ans à venir : une cible de déficit de 2% du PIB, une croissance de celui-ci à 4.9% et un objectif de dette publique à 60% du PIB.

Le FMI vient d’octroyer au Maroc une nouvelle ligne de précaution et de liquidité (LPL) de 3,47 milliards de dollars. Il ne s’agit pas d’un package de soutien à un pays en difficulté, mais plutôt une police d’assurance destinée à une économie dont les fondamentaux macroéconomiques, bien que solides, sont susceptibles d’être affectés négativement par un choc mondial –  du type de la crise financière de 2007-2008. Jusqu’à aujourd’hui, le royaume et la Macédoine sont les deux seuls pays à avoir eu recours à la LPL selon le FMI.


Comme d’autres programmes d’assistance des institutions internationales, la LPL inclut des contraintes en termes de choix publics. Deux chantiers étaient désignés comme particulièrement prioritaires en 2012, lorsque le Maroc a formellement commencé à bénéficier d’une première LPL : les réformes de la Caisse de Compensation et du régime des retraites du secteur public.


Les indicateurs de l’économie marocaine en 2012 montrent bien qu’elle était susceptible d’être affaiblie par un environnement mondial défavorable –  les dépenses de compensation et le déficit budgétaire, comme indicateurs de santé budgétaire, avaient significativement augmenté entre 2010 et 2012, et l’indicateur principal de stabilité financière, le taux de couverture des importations en mois de devise, avait entamé un déclin dangereusement rapide sur la même période.


Le renouvellement de la LPL au début du mois d’août signifie que les fondamentaux de l’économie marocaine continuent d’exhiber leur résilience, mais que cette dernière reste fragile face à des chocs hypothétiques à un horizon temporel intermédiaire. La dernière enquête du Wall Street Journal auprès d’un groupe d’économistes place d’ailleurs le consensus de probabilité d’une récession au bout d’un an à 21 %, le niveau le plus élevé depuis fin 2012.

Les nouvelles exigences du FMI

L’importance de la LPL ne tient pas à sa nature, ni au montant de la ligne accordée. Ce sont plutôt les réformes engagées comme conditions de financement, et leur impact macroéconomique qui comptent le plus. La nouvelle LPL intègre également des recommandations de réforme : l’introduction d’un régime de taux de change flexible, la levée de subvention pour le sucre et le grain, ainsi qu’une réforme fiscale plus poussée que ce propose la loi organique votée dernièrement par le Parlement.


Ce sont donc les grandes lignes des réformes que le prochain gouvernement devra adopter pour continuer à bénéficier du soutien du FMI comme d’autres organismes internationaux. La note d’orientation du projet de Loi de finance pour 2017 publiée par la Primature n’en fait pas mention. Elle se contente d’énumérer les réalisations du gouvernement et de présenter des généralités restreintes à l’année 2017, à contretemps de la programmation pluri-annuelle imposée par la nouvelle loi organique des finances.


A contrario, les objectifs énoncés pour 2020-2021 dans la dernière note du FMI donnent une idée assez précise des objectifs gouvernementaux pour les cinq prochaines années. Le FMI offre également un cadre de réflexion pour les programmes économiques des partis politiques.


La cible de déficit budgétaire des 3 % est révisée à la hausse, contraignant le prochain gouvernement au nouvel objectif de 2 %, et ce pour ramener le ratio de la dette publique à 60 % en 2020. La note du FMI félicite le gouvernement pour son effort de consolidation fiscale –  mais en même temps pousse les autorités marocaines à réduire davantage le poids de la dette publique dans l’économie nationale. La raison motivant ce nouvel objectif de déficit est purement comptable : après avoir ralenti la croissance du pourcentage de l’endettement public, le budget doit désormais générer des déficits inférieurs à 3 % pour réduire le poids de l’endettement.


En plus d’être très strict, cet objectif de consolidation fiscale est optimiste : il suppose en effet que l’économie marocaine retrouvera une croissance potentielle de 4.9 % en 2021. Le FMI suppose ainsi que les réformes structurelles promises par le gouvernement vont délivrer le point de croissance manquant pour réaliser cet objectif. L’échec de l’économie marocaine à réaliser la croissance cible entraîne un effort de consolidation fiscale plus conséquent.


Crédibilité des programmes économiques

Cette nouvelle contrainte budgétaire impose un test sévère de crédibilité aux propositions économiques des partis pour les élections d’octobre prochain. L’objectif de croissance est le plus important, car il détermine la soutenabilité des finances publiques, notamment les objectifs de déficit budgétaire et de l’endettement.


Les partis politiques au Maroc ne peuvent plus s’aventurer à proposer des objectifs de croissance ambitieux quand ceux-ci ne se réalisent pas. L’évolution du PIB potentiel en 2011 par rapport aux projections des principales formations politiques permet de tirer plusieurs leçons, au vu des réalisations de l’économie marocaine entre 2011 et 2015. On observe notamment que les quatre dernières années ont généré une croissance anémique, en-deçà du scénario le plus réaliste (une croissance de 4 %), et de l’objectif du plan gouvernemental (5.5 % de croissance annuelle moyenne).


De ce fait, les projections de croissance pour 2016-2021 s’avèrent être encore plus pessimistes, l’économie marocaine devant réaliser des taux de croissance très soutenus pour réaliser ses objectifs de PIB potentiels supérieurs à 5 % par exemple.


Une croissance soutenue permet d’augmenter les recettes fiscales, donnant ainsi plus de moyens aux autorités publiques pour financer leurs différents programmes, et pour les partis qui s’en soucient, de limiter le déficit budgétaire et l’endettement public. La crédibilité des programmes économiques avancés par les partis peut ainsi être évaluée dès le départ par ses objectifs de croissance. C’est donc dans un contexte de croissance anémique –  ou en tout cas insuffisante pour éliminer naturellement la dette –  qu’il faut accepter l’objectif de déficit budgétaire à 2 %.


Le Maroc peut-il rejeter ces contraintes ? Après tout, la LPL n’est pas indispensable : en l’état actuel, notre économie peut très bien survivre sans cette ligne de crédit. Néanmoins, la logique de précaution impose de traiter la LPL comme une police d’assurance dans le cas d’évènements mondiaux qui peuvent mettre en danger la stabilité financière de l’économie marocaine.


En 2012, la réforme des caisses de compensation et de retraite était nécessaire pour maintenir le bon fonctionnement du budget de l’Etat. Dans ce sens, le gouvernement a été aidé par un contexte de faibles prix du pétrole à l’international pour minimiser l’impact adverse de dé-compensation des prix des hydrocarbures –  le coût en points de croissance d’après le HCP s’établirait à 2 points de PIB entre 2012 et 2017.


Aujourd’hui, le gouvernement accepte ces mesures par défaut : le coût de la non-réforme sous le gouvernement précédent, comme sous le gouvernement actuel pour les années 2012-2013 a pris la forme d’une dette difficile à maîtriser, imposant un rythme de consolidation fiscale plus rapide qu’initialement prévu. De même, l’essoufflement du mode de croissance de l’économie marocaine, une éventualité évoquée par le HCP dès 2007, limite les options du prochain gouvernement, abstraction faite de la composition de la future coalition gouvernementale.