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18.08.2016 à 19 H 30 • Mis à jour le 20.08.2016 à 13 H 38
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Débat d'idées

L’historien Mohamed Jabroun enflamme le PJD en proposant l’idée de baisser les armes face au tahakoum

Une tribune publiée par l’historien Mohamed Jabroun sur le site Al Yaoum 24 appelant le PJD à reconsidérer son attitude face à la monarchie a suscité une vive polémique. PJD
La monarchie est-elle consubstantielle à l’autoritarisme ? Est-il vain de combattre la tentation de contrôle de la vie politique (tahakoum) par le Palais ? Est-ce une idée rétrograde que de chercher d’autres voies plus conciliatrices avec la monarchie ? Une tribune iconoclaste de l’historien et membre du PJD, Mohamed Jabroun appelant à réviser l’attitude frondeuse du PJD face au Makhzen fait sursauter dans son propre camp.

Un article du chercheur et penseur islamiste et membre du PJD, Mohamed Jabroun, paru dans sur Al Yaoum24, a suscité plusieurs critiques au sein du parti qui mène la coalition gouvernementale depuis 2011. La tribune jugée « défaitiste » et « d’arrière-garde » par un grand nombre de membres du parti islamiste invite la direction du PJD à abandonner la théorie de « l’affrontement du tahakoum » (contrôle de la vie politique) pour préserver un régime politique stable. Un point de vue qui a immédiatement causé une levée de boucliers.


Jebroune propose au PJD de lever le drapeau blanc

 En faisant le compte rendu de l’historique de ce combat entre « tahakoum et ambition démocratique », ou dans d’autres termes entre le régime politique et le mouvement national, Jabroun développe un constat qui fâche. Pour lui, la construction d’un régime politique moderne nécessite le dépassement du concept de « transition démocratique », par la recherche d’une formule qui rassemble modernité politique et tradition de pouvoir.


« La question qui se pose est la suivante : les partis du mouvement national, ainsi que le PJD, sont-ils conscients de l’impasse dans laquelle se trouve la politique au Maroc ? Sont-ils disposés au nécessaire changement intellectuel ? L’offensive de certains partis issus du mouvement national et à leur tête le PJD contre le tahakoum confirme que le Maroc est sur le point de fermer la parenthèse démocratique. Ce qu’a enduré le pays durant les soixante dernières années n’a rien changé dans la conscience de la classe politique concernant la dualité : tahakoum-démocratie », a écrit en substance Jabroun, concluant que le PJD, en optant pour ce choix de participer à ce conflit traditionnel, adopte la même posture que les partis du mouvement national qui ont usé leurs énergies réformistes après tant d’années avec un seul résultat à la clé : manquer des opportunités historique de mener le Maroc sur la voie du progrès.


Une reproduction de l’histoire ?

Le chercheur pousse loin sa thèse en comparant Abdelilah Benkirane à Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid et Abderrahmane Youssoufi. « Si la tension continue sur ce rythme, le PJD va payer le même prix que les autres formations ont payé dans ce combat. Les déclarations de la direction du parti concernant le tahakoum et la radicalisation de ce processus d’affrontement, ne reflète pas une nouvelle conception et compréhension qualitative de ce phénomène, et ne constitue pas non plus une approche différente de l’exercice politique », analyse l’historien qui propose de dépasser la discussion sur la nature du régime politique et la distribution des pouvoirs entre les institutions élues et la monarchie. Plus concrètement, Jabroun reproche à Benkirane et à la direction du PJD leur comportement de ces derniers mois trop virulents envers le tahakoum. Pour lui, cette attitude un lutte directe avec la monarchie est contraire aux convictions du parti parce-que, estime-t-il, le tahakoum est un phénomène politique inhérent à la monarchie, qui a ses raisons objectives.


« Une pensée dangereuse et rétrograde »

Les réactions n’ont pas tardé à tomber. Le trublion du PJD, Abdelaziz Aftati, a été le plus sévère dans son commentaire, qualifiant la thèse de Jabroun de « dépassée », « hors contexte » et non conforme à « l’agenda national pour cette phase ». « L’erreur intellectuelle commise par Jabroun c’est de considérer que l’affrontement du tahakoum concerne un seul parti politique, alors qu’il s’agit d’une nécessité nationale. Ce n’est pas un agenda du PJD, mais un choix pour lequel tous les démocrates ont opté », a ajouté le député controversé du parti islamiste dans une déclaration au site Alraiy.com.


Le roi Mohammed VI lors d'une cérémonie officielle. A sa droite, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, Mohamed Hassad, ministre de l'Intérieur et Mustapha Ramid, ministre de la Justice. MAP


Une seconde volée de bois vert est venue de Abdelali Hamieddine qui a considéré dans sa réplique que la théorie de Jabroun souffre d’« erreurs méthodologiques » rendant fausses ses conclusions, une théorie fondée sur une définition superficielle du phénomène tahakoum , notamment lorsqu’il l’a directement liée à un bras de fer avec la monarchie. Autre faiblesse de l’approche de l’historien selon Hamieddine est l’amplification du concept du « particularisme marocain » qui expliquerait la raison d’être du tahakoum.


« C’est une invitation à croire et a céder à ce nouveau fatalisme politique en le considérant comme une particularité marocaine. Ce genre de pensée est une extension d’un certain patrimoine politique islamique qui justifie l’autoritarisme…C’est une invitation à abandonner le combat démocratique comme valeur intellectuelle et politique après une série de révisions menées par le mouvement islamiste. Il s’agit-là d’une pensée rétrograde », a répondu Hamieddine à Jabroun.


« Une théorie fragile qui trahit le sens de l’Histoire »

Le leader syndicaliste du PJD, Mohamed Yatim s’est lui aussi exprimé sur le site officiel du parti pour s’opposer à Jabroun. « Il parait que notre frère Jabroun n’est pas au fait ce qui est écrit dans les documents du parti à ce propos, ou peut-être son esprit académique n’a pas pu en saisir la portée (…) La théorie de Jabroun est fragile car il se base sur l’hypothèse que le conflit actuel est une extension du conflit vécu antérieurement entre le Palais et le mouvement national autour des prérogatives de la monarchie. C’est une trahison de l’Histoire que de faire une comparaison de l’incomparable (…) Le combat politique actuel n’est pas sur la légitimité mais pour une normalisation avec la pratique démocratique et pour l’affrontement de l’autoritarisme qui se cache derrière la monarchie », avance Yatim .


« Ce qui est dangereux dans cette approche, c’est que Jabroun nous invite à considérer tahakoum comme une composante structurelle du régime politique et une nécessité pour la monarchie, et que le combattre est la reproduction d’un scénario déjà vu et qui n’a rien donné. C’est le même discours que répète les défenseurs du tahakoum », a renchéri Yatim, en rappelant comme l’a fait Aftati, que défier ce phénomène ne concerne, pas uniquement le PJD mais d’autres partis de la Koutla et d’autres formations partisanes.


Khalid Rahmouni, membre du secrétariat général du parti, a préféré ne pas entrer dans les détails, en évitant de critiquer frontalement Jabroun. Il a toutefois rappelé sur sa page Facebook que l’intellectuel devrait participer au démantèlement de la structure autoritaire et analyser sa nature despotique et sensibiliser l’opinion publique dans le but d’en finir avec l’autoritarisme.


Des critiques qui n’ont pas poussé Jabroun à revoir sa position. Dans un second article, il persiste dans son analyse basée sur la liaison monarchie-tahakoum et défends mordicus que la construction d’un régime politique stable passe par l’abandon de cette approche reproduisant les mêmes tensions qu’a vécues le Maroc ces dernières décennies. « Le calcul politique du courant majoritaire au PJD voit que la monarchie, avec qui il faut coopérer, et le tahakoum, sont deux choses distinctes, ce qui est faux : le tahakoum n’est pas indépendant de l’institution royale », conclut-il.