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19.08.2016 à 16 H 27 • Mis à jour le 20.08.2016 à 15 H 11
Par
Amnesty International

Syrie: Dans l’enfer de la pire des prisons de Bachar Al Assad

Image satellite du pénitencier de Saydnaya en Syrie. Amnesty International a recueilli les témoignages de 65 personnes passées par les prisons du régime de Bachar Al Assad depuis 2011. Elles racontent les horreurs et la torture perpétrées dans les locaux du renseignement syrien et la prison militaire de Saydnaya, ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Damas. Un instrument de torture architectural L’image satellite de la prison a été basé sur une reconstruction Amnesty. DIGITAL GLOBE
Un chapitre du rapport publié par Amnesty international hier sur les prisons syriennes concerne la prison militaire de Saydnaya. Un cauchemar effroyable, selon les témoins qui ont survécu aux mauvais traitements et aux tortures des geôliers.

Un rapport d’Amnesty International du 18 août détaille le mécanisme de la torture et de la barbarie dans la prison syrienne de Saydnaya, considérée comme la pire du régime d’Assad, et à laquelle The Guardian consacre un article avec des illustrations saisissantes. Quelque 65 victimes de la prison témoignent des traitements subis et de la mort qui plane inlassablement, de leur arrestation à leur interrogatoire en passant par leur incarcération derrière les portes closes des centres de détention administrés par les services de renseignement syriens.

La torture d’opposants politiques dans les prisons du régime syrien se pratique« depuis des dizaines d’années », affirme l’organisation de défense des droits de l’homme basée à Londres. Mais on observe une nette intensification de ces pratiques depuis le début de la rébellion anti Assad en 2011. Entre 2001 et 2011, l’ONG recensait, en moyenne, la mort ou la disparition de 45 personnes par an dans les prisons syriennes. Depuis le début du conflit, ce chiffre a grimpé à 300 par mois, soit plus de 17 000 personnes depuis 2011.


Une salle de torture avec ses instruments macabres, des cellules de confinement où s’entassent neuf détenus et des bruits qui glacent le sang : Amnesty international a reconstitué l’intérieur de la prison de Saydnaya, où le régime syrien torture ou tue ses opposants.


À leur arrivée en prison, les détenus – qui peuvent avoir été arrêtés arbitrairement sur la base d’un soupçon de sympathie pour l’opposition – sont souvent accueillis avec la « fête de bienvenue ». Rite qui semble s’être généralisé d’après les témoignages recueillis par Amnesty et qui consiste en une ruade de coups le jour d’arrivée en prison. Les tortures décrites par les ex-détenus sont qualifiées « d’inhumaines ». Elles vont de passages à tabac à des décharges électriques ou des agressions sexuelles.



L’ONG britannique, qui a modélisé en 3D le centre de détention, « trou noir dont il n’existe aucune image récente », en propose une visite virtuelle, expérience visuelle et sonore qui s’appuie exclusivement sur les souvenirs d’anciens prisonniers qui en sont sortis vivants.


Une fois sur le site dédié d’Amnesty, qui a publié jeudi un rapport noir sur la torture à « grande échelle » opérée par Damas contre ses opposants dans les prisons syriennes, l’internaute peut commencer la visite du bâtiment en forme de “Y” , où des « milliers » de personnes ont déjà trouvé la mort.



Un camion réfrigéré s’arrête ainsi dans la cour de la prison militaire. Ses portes s’ouvrent à l’arrière, dévoilant aux détenus, poings liés dans le dos, leur lieu d’incarcération : cris et premiers passages à tabac.


A l’intérieur du bâtiment en béton brut, on découvre par exemple une sorte de hall, nœud qui distribue les trois branches de l’édifice. Planté en hauteur sur une installation cylindrique, un garde armé veille.


Ne jamais se réveiller

A l’entrée de l’un des corridors, une pièce aux murs décrépits que l’on devine autrefois blancs et désormais souillés par le sang des détenus, sert de salle de torture. Pneu, barres de métal, câbles électriques, ceintures ou encore battes sont à disposition des bourreaux qui, selon Amnesty, font preuve d’une « cruauté sous sa forme la plus vile ».



Les ailes de la prison sont pour le reste essentiellement garnies de salles de confinement et de cellules de groupe.Les salles de confinement, 48 au total pour une aile du bâtiment selon le souvenir d’un ancien détenu, mesurent 1,80 mètre sur 2 m, ou 2 m sur 2,50 m.


Dans celle de Salam, l’un des prisonniers qui a participé à la modélisation avec Amnesty et Forensic Architecture, neuf détenus s’entassent, allongés ou accroupis, pendant treize jours, nus et avec l’interdiction de parler. La pièce minuscule comprend une toilette et sa porte une ouverture pour faire passer la nourriture, un épisode aussi systématiquement synonyme de tabassage, se souvient un ex-prisonnier.


La visite virtuelle est autant sonore que visuelle, car les prisonniers étaient maintenus autant que possible dans le noir et n’avaient pas le droit de regarder les gardiens.Le moindre bruit devient source d’angoisse : des gouttes d’eau qui finissent leur course sur un tuyau, des pas qui approchent, les verrous de la porte qui s’ouvrent un à un. Sans compter le son des coups.


Les cellules de groupe sont saturées de 28 âmes. Les détenus doivent s’agenouiller sur le carrelage, dos à la porte, les mains sur les yeux à l’entrée d’un garde. Et la lumière n’y filtre qu’à travers de petits trous, à partir de 13 heures et jusqu’à 17h30.


Pour s’occuper, les détenus gravent sur les murs des sourates du Coran. Jusqu’à entendre les ordres enjoignant de s’endormir. « C’est le plus doux son que vous pouviez entendre », raconte un ancien détenu. « Car dans Saydnaya, vous ne voulez jamais vous réveiller ».


« Le but recherché était la mort »

Au-delà des tortures et des « procès d’une iniquité flagrante » que les détenus doivent affronter, les prisons offrent des conditions de vie dégradantes et inhumaines. La surpopulation carcérale et les conditions sanitaires exécrables donnent naissance à de nombreuses maladies capables de se propager très rapidement. Le manque de nourriture et d’air frais provoque également de nombreux décès au sein des cellules bondées.


« Dans [les locaux des services du renseignement], la torture et les coups visaient à nous faire “avouer”. À Saydnaya, on avait l’impression que le but recherché était la mort, comme une sorte de sélection naturelle où l’on se débarrassait des plus faibles dès leur arrivée » déclare Omar S. dans son témoignage à Amnesty.



L’organisation demande l’intervention de la communauté internationale, la fin des arrestations d’opposants politiques et l’accès au soin pour les victimes. Celles-ci sont en effet extrêmement isolées dans ces prisons où les visites extérieures sont rares et les interventions médicales encore davantage.


Avec Agences