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25.10.2016 à 04 H 22 • Mis à jour le 25.10.2016 à 04 H 22
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Médias

Le cas d’une journaliste française expulsée de Dakhla ne fait pas de vagues

Le cas de la journaliste Camille Lavoix n’a pas mobilisé en France. Son statut d’indépendante et la distance prise par certains de ses confrères par rapport à son traitement de la situation au Sahara en seraient la double cause. CLUB DE LA PRESSE DE BORDEAUX
Camille Lavoix, journaliste indépendante a été expulsée de Dakhla alors qu’elle réalisait un reportage pour deux rédactions européennes. Son article, paru dans la revue M du Monde et dans le Courrier suisse, décrit « un spot de glisse qui cache une poudrière ». Une « vision anxiogène » et « exagérée » qui ne mobilise pas

Le 23 septembre, à 5 heures du matin, une escouade d’agents d’autorité, les uns en uniformes, d’autres en civil viennent tirer Camille Lavoix de son lit. La jeune française, journaliste indépendante pour de nombreux médias internationaux, est à Dakhla pour réaliser un reportage pour le compte de M, le magazine du Monde, et Le Courrier suisse.


Arrivée en touriste, elle s’est fait remarquer par les services de renseignement de la ville : elle interroge, carnet de notes à la main, amateurs et moniteurs de kite surf, tenanciers de cafés et aubergistes. Son idée ? Expliquer comment cette exceptionnelle lagune de la façade atlantique du Sahara, hier méconnue, est devenue un spot mondial des sports de glisse en raison des vents forts qui la balaient toute l’année, mais aussi, selon elle, une vitrine du tourisme balnéaire marocain qui ferait rideau à une situation explosive, sur fond de conflit avec le Polisario.


Les hommes venus la chercher, dont le sous-préfet encadré de gendarmes identifié par son loueur de bungalow, ne lui donnent pas d’explication sur le motif de son interpellation. Les palabres durent une heure avant qu’elle ne soit conduite manu militari à l’aéroport où elle est embarquée dans un avion pour Paris. Pour le ministère de la communication, « une autorisation préalable pour réaliser ce reportage était nécessaire. Elle n’était pas accréditée, et n’avait ni déclaré sa profession, ni l’objet de son séjour aux autorités aéroportuaires ».


Messagerie suspendue et carte SIM bloquée

A son escale à l’aéroport Mohammed V de Casablanca, l’agent de liaison de l’ambassade de France est absent. La journaliste constate que sa messagerie électronique est suspendue et que la carte SIM de son téléphone portable est bloquée. On lui refuse tout contact avec l’extérieur.


De France, elle rédige son reportage. Il est résolument à charge contre le Maroc. Dakhla, « perle balnéaire » sert à l’Etat marocain pour « renforcer son emprise sur cette région revendiquée par les indépendantistes sahraouis depuis quarante ans », écrit-elle. Une région, affirme-t-elle, qui « depuis cet été, menace à nouveau de s’embraser ». Sa description est particulièrement anxiogène : « la majorité d’entre eux – les kitesurfeurs ndlr–  est loin d’imaginer qu’ils s’apprêtent à rider non loin d’un mur plus grand que n’était celui de Berlin – 2 700 km –, gardé par 120 000 militaires marocains et truffé de mines antipersonnel ».


 

L’article paru dans M le 21 octobre porte une mention de bas de page laconique : « La direction du Monde regrette vivement l’expulsion dont a été victime la journaliste Camille Lavoix lors de ce reportage à Dakhla ». Au sein des rédactions du Monde, « cette ligne de commentaire a été âprement discutée », explique-t-on. Plusieurs motifs sont mis en avant : Il s’agit d’une contribution externe, la journaliste agissant en free-lance n’aurait pas suivi « le protocole-maison » dans son travail sur le terrain. Deuxièmement, l’orientation « très subjective » de l’article, affirmant que la situation est une poudrière pose problème : « C’est pire que de dire à un visiteur de Séoul que ca va péter pendant son séjour parce-que la Corée du Nord, à un jet de pierre, est sur le pied de guerre », commente un journaliste du Monde qui souligne que « le background sur le conflit est traité à sens unique ». D’autres parlent plutôt d’omerta au sein d’une publication qui couvre régulièrement l’actualité marocaine : « Faire un foin de ce cas serait dommageable au travail quotidien des correspondants réguliers du Monde. Le service minimum a été fait pour signaler l’incident qui est désormais clos ».



L’article a été repris par ailleurs par Le Courrier suisse. La réaction du journal helvète est plus engagée. Un encadré dénonce l’expulsion qui « n’a pas été ordonnée par un juge ». « Les ONG de défense de la liberté de la presse ont manqué de réactivité », estime-t-on par ailleurs. Si Reporters sans frontières (RSF) a bien aidé Lavoix à examiner son téléphone et son matériel informatique à son retour en France, l’organisation n’a pas à ce jour communiqué sur son cas. Par contre, le Committee to Protect Journalists (CPJ) basé à New York compte mener campagne : Camille Lavoix est la 145 ème personne expulsée de la sorte du Sahara depuis avril 2014, dont un certain nombre de journalistes.