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18.11.2016 à 13 H 35 • Mis à jour le 18.11.2016 à 13 H 49
Par
Accord de Paris

L’agriculture, parent pauvre de la COP 22, mais fer de lance du Maroc en Afrique

Mostafa Terrab, PDG de l’OCP (à-d) en discussion avec Mohamed Kettani, PDG d’Attijariwafa bank à Kigali en octobre 2016. Les négociations sur l’agriculture ont été avortées à la COP 22 de Marrakech en raison de divergences entre pays développés et émergents.Pragmatique, le Maroc sert avant tout les intérêts commerciaux de l’Office chérifien des phosphates (OCP) qui a fait du continent le terrain propice de son développement à travers OCP Africa, NRA
Le texte qui devait être paraphé à Marrakech sur le volet agriculture de l’accord sur le climat a été reporté à une réunion prévue à Bonn. Un échec pour certains négociateurs et pour les ONG. Pragmatique, le Maroc a fait de la question un atout pour se positionner sur le continent africain

La conférence, censée progresser dans l’application de l’accord de Paris, a été largement marquée par l’incertitude créée par l’élection du climatosceptique Donald Trump.


« L’accord de Paris a décidé ce qu’il fallait faire, les discussions à la COP22 ont été centrées sur comment le faire », a résumé à l’AFP un négociateur européen. « Mais personne ne voulait aller à l’affrontement ici, les débats ont été constructifs mais aussi un peu chaotiques et il y a beaucoup à faire », a-t-il ajouté.


Restent de nombreuses questions. Comment s’assurer que les 100 milliards de dollars annuels promis aux pays en développement seront bien atteints en 2020 ? Comment préparer le rendez-vous de 2018 lorsqu’un premier bilan des actions des pays doit être fait ? Quelles informations les Etats devront-ils fournir sur leur politique en faveur du climat pour rendre le processus le plus transparent possible ? Autant de questions qui demeurent en suspens.


C’est surtout aussi sur le front de l’agriculture que la COP 22 devait apporter son lot de résolutions. Les débats à Marrakech autour des enjeux africains ont été portés par le nouveau tropisme continental du Maroc, mais le texte qui devait être adopté a été abandonné, le dossier de la lutte contre la sécheresse, la sécurité alimentaire et la limitation des émissions de gaz à effet de serre a tout simplement été reporté à une réunion prévue en mai prochain à Bonn, en Allemagne.


Cette problématique centrale pour l’Afrique où 60 % de la population travaille et vit du secteur était au cœur des discussions des ONG. Evoquée dans l’Accord de Paris entré en vigueur en novembre, la question est nodale : 25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique sont dues aux activités de l’agriculture extensive. Par ailleurs, les sols sont d’une importance cruciale puisqu’ils permettent de stocker le carbone et donc d’atténuer ce même réchauffement climatique.


Conscients de ce point, la plupart des contributions des Etats mentionnent l’effort à consentir sur ce volet. Leurs engagements ont d’ailleurs été annexés à l’Accord de Paris, sauf que la cause a totalement été évacuée de cette COP 22 qui s’achève aujourd’hui.


Des divergences entre visions nationales, facteur de blocage

La raison de cet échec se trouve au centre de la divergence des intérêts entre pays développés : les plus aptes à suivre le processus évoqué par l’agenda de l’organe scientifique et technologique (SBSTA) de la COP voulaient l’aborder sous l’angle de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, mais les pays émergents tels que la Chine suivis du G77 n’y ont perçu qu’une contrainte se refusant à discuter au-delà de la question de l’adaptation de l’agriculture et de ses modalités de financement.


Conséquence de cette antinomie de point de vue, l’agenda du SBSTA a été avorté, ses travaux ayant été renvoyés à une session ultérieure prévue en mai à Bonn. Selon les négociateurs présents à Marrakech, le fait d’avoir botté en touche prouve l’existence de visions économiques et commerciales irréconciliables. Des pays d’Amérique du Sud comme le Brésil et l’Argentine se refusent à entériner un texte où un engagement sur « l’atténuation » porterait selon eux un coup fatal à leur modèle d’agriculture basé sur des monocultures extensives garantissant une rentabilité du fait de leur forte capacité à l’export.


En marge de ce blocage dont le différé à Bonn ne résoudra pas l’impasse, le Maroc, via son initiative « Triple A » (pour Adaptation de l’agriculture africaine) a un autre objectif plus concret, celui d’instaurer, hors du diktat des négociateurs, un plan de développement agricole à l’échelle continentale où il a des intérêts majeurs à faire valoir, faisant grincer des dents certaines ONG qui y voient un plan d’expansion, plus que des solutions globales pour la planète.


Lire aussi : La carte détaillée de l’offensive de l’OCP sur le continent africain


La démission des Etats sur un accord global autour de ces questions agricoles n’est pas pour le royaume un échec en soi. Profitant de la grand messe qu’il organise chez lui et du crédit de la COP, le Maroc a avancé ses pions en Afrique pour faire valoir son expertise acquise depuis des années dans la gestion des sols arides, faisant le dos rond à la série de critiques sur « les risques de financiarisation de la nature » que certains acteurs de la société civile internationale lui opposent. Son initiative « Triple A » profite des grands bailleurs de fonds internationaux (AFD, Banque mondiale). Elle a séduit nombre de pays africains car elle vient directement en soutien à la petite agriculture, à la gestion de l’eau, à la lutte contre la désertification, à la fertilité des sols et apporte des solutions tangibles aux risques climatiques auxquels sont exposés nombre de régions africaines.


C’est dans ce sens que le Maroc a lancé une vaste étude sur la cartographie de la fertilité des sols africains et bien entendu une évaluation précise de leurs besoins en engrais. Pragmatique, il sert avant tout les intérêts commerciaux de l’Office chérifien des phosphates (OCP) qui a fait du continent le terrain propice de son développement à travers OCP Africa, mais aussi, il répond aux attentes prioritaires des Etats autour des questions de fixation des populations, de sécurité et de lutte contre les migrations dues aux conditions socio-économiques. Les autres enjeux planétaires attendront…