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22.11.2016 à 12 H 00 • Mis à jour le 22.11.2016 à 12 H 00
Par
Rapport

L’International Crisis Group s’inquiète des turbulences dans le sud-est algérien

Rachid Nekkaz, originaire de France, participe à une manifestation le 4 mars 2015 à Somoud Square dans le village désertique du Sahara d’In-Salah, dans le sud de l’Algérie, contre l’exploration du gaz de schiste. FAROUK BATCHE / AFP
Tandis que des vagues de contestation ont touché depuis 2013 le Sud de l’Algérie, riche en hydrocarbures, les autorités ont maintenu une paix précaire via des subventions, la répression et des stratégies de maintien de l’ordre. Pour apaiser les tensions, l’Etat doit renforcer la transparence, communiquer avec les manifestants et résoudre les problèmes de gouvernance sous-jacents, estime le think tank américain

Depuis 2013, les zones riches en pétrole du Sud de l’Algérie, marginales politiquement mais cruciales économiquement, ont connu des vagues successives de contestation qui peuvent sembler avoir été occasionnées par des problèmes économiques, environnementaux et communautaires locaux.


Dans l’ensemble, cependant, une tendance se dégage : le ressentiment s’accroit à l’égard des autorités centrales dans une partie du pays longtemps restée secondaire politiquement. Face à ce mécontentement émergent, les pouvoirs publics ont jusqu’à présent eu recours à la politique du bâton et de la carotte, qui a permis de sauvegarder une paix précaire mais n’a pas abordé les questions sous-jacentes.



A l’approche d’une succession présidentielle incertaine et compte tenu des conséquences douloureuses des faibles prix du pétrole, l’Algérie ne peut pas s’en tenir au traitement des symptômes  elle devrait remédier aux insuffisances de la gouvernance et associer ses populations marginalisées à la prise de décision politique. Elle devrait le faire dès maintenant, tant que les difficultés sont encore amplement maitrisables, plutôt que de les laisser s’envenimer et affecter dangereusement la transition politique à venir.


Des affrontements tribaux récurrents

Trois mouvements distincts dans trois villes du Sud ont évolué ces dernières années jusqu’à mobiliser des milliers d’Algériens, aussi bien dans la zone désertique qu’ailleurs dans le pays.


Dans la ville historique de Ghardaia, des affrontements récurrents ont eu lieu entre les Arabes sunnites et une minorité berbère adepte de l’ibadisme, une école islamique de jurisprudence, constituant l’un des rares cas de violence sectaire dans un pays majoritairement sunnite.


Les manifestations anti-gaz de schiste avaient augmenté dans les villes du Sahara algérien durant 2015 , lorsque la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach avait annoncé avoir complété avec succès son premier forage pilote dans la région d'In-Salah. FAROUK BATCHE / AFP


C’est dans la ville de In Salah, dans l’extrême Sud, qu’est né le mouvement de protestation écologique le plus important du Maghreb, des milliers de personnes se mobilisant contre l’exploration du gaz de schiste que le gouvernement avait dissimulée.


A Ouargla, le chômage généralisé a suscité des émeutes parmi les jeunes, qui ont créé un mouvement exigeant qu’il soit mis fin à ce qu’ils estiment être un abandon des autorités centrales.


Ces questions, longtemps délaissées, doivent être prises au sérieux, non seulement dans l’intérêt de cette vaste région, mais aussi en raison de leur impact grandissant et bien réel sur le « noyau » politique du pays dans le Nord. Les autorités centrales d’Alger, qui ont tendance à regarder le mécontentement local avec méfiance, sous-estiment son ampleur. Elles continuent de raisonner en termes de subventions, de répression et de maintien de l’ordre, des outils qui ont à peine pu empêcher qu’un climat parfois violent ne dégénère.


Des manifestants algériens ont organisé un sit-in le 5 mars 2015 à Somoud Square dans le village désertique du Sahara d'In-Salah, dans le sud de l'Algérie, contre l'exploration du gaz de schiste. Sonatrach avait annoncé au début de février de la même année que son forage exploratoire pour le gaz de schiste utilisant la fracturation hydraulique se poursuivrait malgré l'hostilité croissante parmi les personnes vivant à proximité. FAROUK BATICHE / AFP


Le fait que la majeure partie du Sud reste calme et que l’Etat a réussi à rétablir l’ordre dans les zones en proie aux turbulences indique que le malaise est encore maitrisable. Entraver l’éventualité d’une réapparition et d’une propagation de la contestation est une occasion autant qu’une nécessité : un engagement politique en profondeur porterait ses fruits à travers le pays.


Confrontée aux défis économiques les plus importants des dernières décennies en raison du recul de la production pétrolière et de la baisse des prix internationaux, l’Algérie est de moins en moins en mesure de substituer la dépense publique à une politique inclusive et à la bonne gouvernance. Une stratégie qui a contribué à la paix dans les années 2000 – alors que le pays se remettait d’un conflit entre l’Etat et les insurgés islamistes qui avait fait plus de 200 000 morts et qu’il recherchait la réconciliation nationale – n’est plus viable.



L’instabilité de ces dernières années démontre que les citoyens du Sud ne sont plus disposés à taire leurs revendications d’un renforcement de la transparence, de la communication et du respect de la part de leur gouvernement.


Une doctrine sévère évoquant l’ingérence

L’Etat algérien, né d’une longue lutte contre le colonialisme et partisan d’une doctrine stricte de la souveraineté, rejettera à coup sûr tout ce qu’il percevra comme de l’ingérence, ainsi qu’il interprète souvent les conseils extérieurs. Mais il devrait écouter ses citoyens : une grande partie de l’indignation des manifestants découle du sentiment qu’ils ne sont ni entendus ni impliqués. Le gouvernement devrait tenir compte de plusieurs exigences fondées dont la satisfaction contribuerait à renforcer la confiance. Celles-ci comprennent :


  • lancer une enquête parlementaire ou une autre forme d’investigation indépendante sous la direction de personnalités acceptées par les habitants de la région, pour examiner les relations intercommunautaires à Ghardaia. Une telle entité pourrait rechercher les causes des violences passées, concevoir des mesures pour améliorer les relations communautaires, évaluer quelles réparations pourraient être faites et formuler des recommandations pour parfaire les stratégies de maintien de l’ordre et la gouvernance locale 
  • élaborer des procédures plus transparentes d’embauche dans le secteur public et améliorer les garanties d’équité lors de ces nominations. Promouvoir l’investissement privé responsable et la diversification de l’économie, actuellement très dépendante des industries extractives, dans les provinces sahariennes permettrait également de diminuer la pression sur l’Etat pour créer des emplois, qui pèse sur ses finances  et
  • adopter une politique plus transparente concernant l’exploration et la production du gaz de schiste, en commençant par indiquer clairement où elle a lieu et en encourageant la recherche sur ses effets potentiellement négatifs au niveau local et sur la façon de les atténuer. Cela pourrait prendre la forme de dialogues avec les populations locales et d’incitation du monde universitaire, des groupes de la société civile et des partenaires du secteur privé à participer. Au niveau national, les autorités devraient impulser un débat ouvert sur les avantages économiques et les écueils environnementaux potentiels de la fracturation hydraulique.


La contestation dans le Sud révèle un problème de gouvernance plus large dont les groupes jihadistes ont déjà cherché à tirer parti. Reconnue comme telle rapidement, elle pourrait encourager un changement de cap qui désamorcerait les tensions en ces temps de bouleversements géopolitiques mondiaux, de troubles régionaux, de récession économique et d’incertitude politique. Les leçons tirées d’un tel exercice pourraient être utiles pour relever d’autres défis auxquels le pays sera confronté dans les années à venir.



Synthèse du rapport n°171 de l’International Crisis Group (ICG) : Sud de l’Algérie : turbulences à l’horizon, 21 novembre 2016