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09.12.2016 à 23 H 31 • Mis à jour le 10.12.2016 à 00 H 15
Par
Election présidentielle

Gambie: la volte face de Yahya Jammeh après avoir pourtant reconnu sa défaite

Le président sortant gambien Yahya Jammeh au pouvoir en Gambie depuit 22 ans a perdu l’élection présidentielle du 1er décembre, mais refuse de quitter de pouvoir. MARCO LONGARI / AFP
Dans une allocution télévisée diffusée ce soir, le président gambien au pouvoir depuis 22 ans à Banjul a rejeté contre toute attente les résultats du scrutin présidentiel du 1er décembre. Il appelle à un recomptage des voix alors qu’il avait pourtant admis sa défaite une semaine auparavant

Coup de théâtre en Gambie. Une semaine après l’élection du 1er décembre, remportée par le candidat d’une coalition de l’opposition, Adama Barrow, et alors que le président sortant Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, avait félicité son adversaire le 2 décembre admettant ainsi sa défaite, celui-ci vient de faire volte-face dans une allocution télévisée rejetant contre toute attente les résultats du scrutin et appelant à un recomptage des voix, voire à un nouveau vote. L’ensemble des connexions internet du pays ont été coupées.



« De la même manière que j’ai accepté les résultats en croyant fidèlement que la Commission électorale indépendante était indépendante, honnête et fiable, je rejette par les présentes les résultats en totalité. Permettez-moi de répéter : je n’accepterai pas les résultats en fonction de ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.


Persuadé d’obtenir un cinquième mandat, il avait pourtant laissé la campagne et le scrutin se dérouler librement, sans prévoir de « plan de secours » en cas d’échec. Jusqu’alors, le président sortant n’avait, selon ses prévisions, pas besoin de truquer le vote pour s’imposer face à une opposition divisée.


Les résultats étaient annoncés localement par bureau de vote et non plus centralement, rendant toute manipulation difficile, avaient souligné nombre d’observateurs. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, la télévision d’État GRTS a alors diffusé des récitations de versets du Coran, mais Jammeh n’est pas apparu à l’antenne, créant pendant de longues heures un suspense propice aux rumeurs.


Tenté une première fois par un putsch ?

Selon des médias sénégalais, généralement bien informés de la situation en Gambie voisine, il a alors été tenté par un coup de force, dont il aurait été dissuadé in extremis par l’intervention de puissances régionales et les mises en garde de ses forces de sécurité.


Ces informations n’ont pas été confirmées à Banjul et Yahya Jammeh lui-même a assuré en reconnaissant sa défaite n’avoir à aucun moment envisagé de contester ou de manipuler les résultats.



L’attitude de la hiérarchie militaire a certainement pesé, selon Mathias Hounkpe, responsable du programme de gouvernance politique à la fondation Osiwa (Open Society Initiative for West Africa), cité par l’AFP à l’annonce des résultats : « Quand vous êtes un dictateur, en règle générale, vous gérez avec l’armée », remarque-t-il. « Donc vous êtes en partie otage de l’armée. Au moment de partir, ce n’est pas votre sort seul qui compte », a-t-il ajouté, estimant que les militaires pourraient l’avoir incité une premièrefois à jeter l’éponge.


Selon un diplomate gambien en poste dans la région et proche de Yahya Jammeh, celui-ci a reçu du président élu l’assurance qu’il ne serait pas inquiété. Adama Barrow lui a demandé de calmer toute velléité putschiste de ses officiers, selon la même source.


Les pressions pour poursuivre Yahya Jammeh et les dignitaires du régime, accusés de nombreuses violations des droits de l’Homme, représentent un des principaux défis pour le nouveau pouvoir, déterminé à une transition pacifique.


Dans un entretien avec des médias français le 3 décembre, Barrow a exclu toute « chasse aux sorcières », affirmant que son prédécesseur pourrait « vivre en Gambie en tant que citoyen ordinaire ». La volte-face inattendue de Jammeh va donc davantage compliquer la donne.