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08.02.2017 à 19 H 53 • Mis à jour le 08.02.2017 à 19 H 53
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Fait divers

Affaire Mehdi Ettir : le meurtrier court toujours, au Maroc

Mehdi Ettir, la victime, ici avec sa sœur Inès. DR
Mehdi Ettir a été assassiné à Paris en 2011. Son meurtrier, Hassan Benhamza s’est réfugié au Maroc. Sa famille, dont le père est un haut fonctionnaire de police, a produit un faux certificat de décès pour le présenter comme mort

Ce n’aurait pu être qu’une simple dispute entre amis. Puis une mort, une fuite au Maroc, une faux décès fabriqué de toutes pièces par la famille du coupable, et une impunité inexpliquée : le meurtre de Mehdi Ettir à Paris, le 27 mars 2011, laisse de nombreuses questions sans réponses. Récit.


La dispute et le drame

Ce 26 mars 2011, Mehdi Ettir, jeune parisien de 23 ans, promène son pitbull à Belleville, dans le onzième arrondissement. Il y croise Hassan Benhamza, un ami d’enfance. Les deux hommes se toisent et la discussion s’envenime rapidement. Mehdi joue avec les nerfs d’Hassan : « attaque, attaque ! », s’amuse-t-il à ordonner au chien. Hassan prend peur : il menace de vider sa bombe lacrymogène sur le pitbull de son ami. Les jeunes hommes s’énervent et Hassan utilise le gaz contre Mehdi. A terre, le garçon se relève et frappe son comparse, qui le menace : « Je vais te tuer ! ».


Hassan Benhamza a pris la fuite au Maroc après avoir commis un meurtre. Quelques mois après, sa famille avait assuré qu’il s’était suicidé, allant jusqu’à fournir un faux acte de décès. DR


Lorsqu’ils se croisent à nouveau, le lendemain, Hassan Benhamza a ruminé son humiliation toute la nuit. Il assène à son ami cinq coups de couteau dans le dos et le torse, qui perforent le cœur et le poumon droit du jeune homme. Alors que Mehdi gît par terre, il reçoit un coup de pied au visage tandis que son agresseur prend la fuite, mais prend soin de prévenir une connaissance croisée en chemin : « Appelle les pompiers, il va caner ! ». Les secours arrivent et transportent le blessé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Une heure plus tard, Hassan a disparu et Mehdi rend son dernier souffle.


Les deux protagonistes de la dispute dramatique sont déjà connus des services de police pour des petits délits, vols et trafics de stupéfiants. La police française retrouve quelques jours plus tard l’arme du crime dans un parking. Sur le manche du couteau à lame de 24 cm, les mêmes empreintes que celles relevées sur le pantalon que portait la victime : celles d’Hassan Benhamza.


La fuite au Maroc et une mort providentielle

Hassan panique. Au téléphone avec sa petite amie, il ne cherche pas à nier les faits : « il m’a dit en pleurant qu’il était désolé, qu’il ne l’avait pas fait exprès », explique-t-elle à la police. Mais la brigade criminelle ne parvient pas à mettre la main sur le meurtrier. Et pour cause : Hassan Benhamza est alors au Maroc, où il s’est enfui avec l’aide de sa famille. Puisque la justice française écarte du délit de « recel de malfaiteur » les parents proches du prévenu, l’un des frères d’Hassan avoue donc sans risques aux enquêteurs l’implication du père dans la fuite du fils. Le 4 mai 2011, la justice française émet en conséquence un mandat d’arrêt international à son encontre.


Mais dans le soutien au fils recherché, la famille en fait un peu trop : le 7 juillet 2011, le frère cadet, à son initiative, apporte aux enquêteurs l’acte de décès d’Hassan Benhamza. Le document en question, dont Le Desk détient copie, constate la mort du fugitif, le 11 juin 2011, à Rabat.


Extrait d'acte de décès de Hassan Benhamza daté du 11 juin 2011


L’acte en question –  qui émane de la deuxième annexe administrative du Conseil d’arrondissement Hassan de la capitale –  comprend les tampons, sceaux, signatures et timbres fiscaux nécessaires. Aux enquêteurs, la famille affirme qu’il serait mort, reclus dans une ferme, des suites de l’ingestion abusive de médicaments.


Faux acte de décès

La France, pour vérifier ces informations, adresse le 12 juillet 2011 une demande de coopération au Maroc via Interpol. Une semaine plus tard, le père téléphone à la police française. Celui qui se présente comme un « policier au grade de contrôleur général » et qui a travaillé huit ans à l’ambassade du Maroc à Paris leur explique alors que le lieu où est enterré son fils est malheureusement difficilement accessible. A l’occasion d’un voyage en France pour y être soigné, il confirmera même en personne aux enquêteurs la mort de son fils.


Seulement, quelque chose cloche pour les hommes du deuxième district de police judiciaire chargés de l’enquête. Les frères du fuyard, présumé mort, se sont rendus plusieurs fois au Maroc après la mort, en compagnie de l’ex-petite amie, étrangement tombée enceinte depuis. Les écoutes de la police présentent une famille enjouée, qui ironise sur la mort du frère. En conséquence, le juge d’instruction place au printemps 2012 la petite amie et les frères d’Hassan en examen pour « faux témoignage » et « usage de faux ».


Les écoutes démontrent alors l’ampleur de la « moquerie, l’affront, le stratagème » dénoncé par Maître Sabrina Goldman, l’une des avocates de la famille Ettir, au journal Le Parisien. En octobre 2014, Hassan Benhamza est renvoyé devant la cour d’assises de Paris pour « homicide volontaire », tandis que sa mère, ses deux frères et sa petite amie – jeune mère d’une petite fille née pendant l’instruction –  doivent eux répondre de « faux témoignages, faux et usage de faux ». Le père lui, entendu au Maroc par la police française, raconte que la famille a mis en place la calomnie sous la menace du fils meurtrier.


Au procès, les regrets de la famille et l’impunité du père

A la barre, ce 3 janvier 2017, l’un des frères admet qu’il est pour lui « normal » d’avoir menti pour protéger son frère. En août dernier, la cour d’assises de Paris a condamné par contumace le ressuscité à vingt cinq ans de réclusion criminelle. Sa famille comparait devant le tribunal correctionnel pour avoir menti aux enquêteurs, qui ont révélé la supercherie grâce aux écoutes. Hassan Benhamza, aujourd’hui âgé de 27 ans, est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international. La famille se confond en excuses : dans son édition du 4 janvier 2017, Le Point rapporte les propos d’une petite amie qui s’est « laissé entraîner » et les excuses d’une mère « désolée pour la famille » de la victime.


Lors de l’audience, le procureur évoque des « limites franchies »  : « il faut parfois faire la balance entre une morale familiale, une morale du cœur, et les exigences de la vie en société. ». Le faux acte de décès et les mensonges répétés de la famille Benhamza ont condamné les prévenus : 15 mois fermes pour le frère qui avait apporté le faux aux enquêteurs  12 mois de sursis pour la mère, l’autre frère et l’ex-petite amie.


Mais en ce qui concerne la falsification du décès, « d’une gravité extrême » selon Maître Cohen-Sabban, l’autre avocat de la famille Ettir, il subsiste une question centrale : pourquoi le père, qui a fourni le certificat, n’a t-il à aucun moment été inquiété ? Est-ce du à « d’obscures raisons diplomatiques » évoquées par le journaliste du Point, le père ayant travaillé huit ans à l’ambassade du Maroc à Paris ?


Mystère pour les avocats de la famille Ettir. Contacté par Le Desk. Maître Cohen-Sabban évoque un « scandale ». « On aurait pu le faire comparaître en France pour complicité de faux et pour avoir menti devant la justice », ajoute-t-il. L’avocat explique avoir saisi le ministère de la Justice, au Maroc, sur le cas du père et du fils Benhamza. Il n’a pas à ce jour obtenu de réponse. L’affaire est maintenant jugée.