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17.03.2017 à 17 H 40 • Mis à jour le 17.03.2017 à 18 H 21
Par et
Portrait

Avec El Otmani, Mohammed VI tourne la page de l’ère Benkirane

Mohammed VI recevant en audience Saadedine El Otmani au Palais royal de Casablanca le 17 mars 2017. MAP/ AIC PRESS
Le roi a nommé ce 17 mars, Saadeddine El Otmani, président du Conseil national du PJD à la tête du futur gouvernement en remplacement de Abdelilah Benkirane remercié la veille. Une situation inédite qui préfigure d’une nouvelle donne au sein du parti islamiste dont le prochain congrès est prévu avant l’automne

Mohammed VI a désigné ce vendredi 17 mars  Saadeddine El Otmani nouveau chef du gouvernement en remplacement d’Abdelilah Benkirane qui a échoué dans cette mission après plus de cinq moins d’intenses tractations avec les autres formations politiques, le RNI de l’homme d’affaires et ministre de l’agriculture, Aziz Akhannouch en tête.


A 61 ans, ce natif d’Inezgane, médecin psychiatre de son état, diplômé de théologie et père de trois enfants, est donc à son corps défendant, celui qui devra assurer la phase de déblocage.


Elevé dans une famille de notables cultivés et pieux, son père, un âlem lui donne très tôt le goût de la lecture des textes religieux. En 1976, le jeune homme part à Casablanca pour entreprendre des études de médecine et y rejoint la mouvance de la Chabiba Islamiya pour y demeurer jusqu’à la naissance du PJD. « Leur histoire, résumait en 2006 le politologue Mohamed Tozy à L’Express, est celle d’une génération qui veut arriver aux affaires ».

 

En 1981, aux côtés de Abdelilah Benkirane et de Abdallah Baha, il fonde la Jamaâ Islamiya qui prend ses distances avec la matrice de la Chabiba trop marquée par sa radicalité et surtout par les circonstances non élucidées de l’assassinat du syndicaliste de gauche Omar Bendjelloun en 1975. En plus de ses études de médecine, El Otmani, suit aussi des cours à la faculté de théologie et dirige la section casablancaise de la mouvance qui professe auprès de la société un retour aux sources islamiques dans un contexte politique marqué par la répression et la crise sociale.


Un entrisme en politique voulu par le Palais

Des années plus tard, El Otmani sera au cœur du rapprochement avec Ahmed Raïssouni. La fusion de laquelle naîtra le Mouvement unicité et réforme (MUR) est actée en 1996. Son entrée dans la scène politique se fera alors grâce à la volonté du Palais qui a, sous la houlette de Driss Basri, grand vizir de Hassan II, l’ambition de donner corps à une formation politique prônant un islam modéré. C’est ainsi que la première version du PJD verra sa concrétisation grâce à un homme du sérail, le Dr. Abdelkrim al-Khattib qui leur ouvre les portes de sa petite coquille partisane.


Le tout jeune parti récolte neuf sièges de députés lors des élections législatives de 1997. El Otmani monte en grade et devient en 1999 secrétaire général adjoint.


Aux élections de 2002, Hassan II n’est plus de ce monde depuis trois ans et son successeur au trône, Mohammed VI, a limogé très tôt Basri. Face à cette nouvelle donne, El Otmani fait partie de ceux au sein du PJD qui défendent une ligne  raisonnable « d’autorégulation », selon ses propres termes. La stratégie est finement étudiée, le parti décide de ne présenter des candidats que dans quelques circonscriptions, « le temps de bâtir des bases solides au parti » et de normaliser l’ascension du PJD, alors que ses détracteurs « agitaient le spectre de l’islamisme à l’algérienne », affirmait il y a dix ans El Otmani. Les islamistes engrangent 42 sièges mais ne participent pas au gouvernement technocrate de Driss Jettou qui vient clore l’expérience transitoire de l’Alternance avec l’USFP de Abderrahman Youssoufi.


Les attentats du 16 mai 2003 seront l’occasion pour la frange sécuritaire de l’Etat de mener une guerre implacable contre les islamistes. La gauche, mais aussi toute la classe politique accuse alors le PJD d’avoir une « responsabilité morale » dans la spectaculaire montée de l’extrémisme.


Une ligne conciliatrice prônée par El Otmani

Toujours dans l’ombre du patriarche al-Khattib, El Otmani adopte alors une ligne conciliatrice avec le pouvoir et tente de réfréner les ardeurs des autres cadors que sont Mustapha Ramid et Abdelilah Benkirane tenant à l’époque d’une ligne dure et ultra-moralisatrice. Les municipales verront alors une très faible participation du PJD qui se contente d’aligner ses candidats dans moins de 20 % des circonscriptions.


Au printemps 2004, El Otmani est nommé secrétaire général du parti. Avec doigté, il tente de remettre la formation sur la pente ascendante. Son discours dévie de la logorrhée islamiste pour s’attacher à marteler son attachement à la monarchie et aux « constantes de la nation ». La moralisation de la vie publique est mise en avant sur le modèle à succès de l’AKP turc et le populisme délivré à coups d’éditoriaux crépusculaires dans Attajdid, organe officieux du binôme MUR-PJD est quelque peu mis en sourdine.


Dans la plupart de ses sorties, El Otmani qui se taille une image de chef des islamistes légalistes, affable et courtois, déroule une vision qui suscite l’engouement de la petite bourgeoisie pieuse très attirée par « le référentiel islamique » du PJD, mais attachée à l’idée d’un alliage entre religiosité et modernité. L’éthique proposée face à la corruption rampante et au clientélisme fait mouche jusque dans les salons du patronat, alors dirigé par le conservateur Abderrahim Lahjouji et promoteur du petit parti Forces citoyennes, avec qui El Otmani entretient des relations de « bon sens » jusqu’à former avec lui une plateforme commune en 2005.


Fort de cet entrisme dans les milieux d’influence de Rabat et de Casablanca, El Otmani doit aussi gérer la surenchère médiatique de ses bases enrôlées par Abdelilah Benkirane et Mohamed Yatim qui surfent quant à eux sur les thématiques sociales et le repli identitaire face à ce qu’il considèrent alors comme une « acculturation forcée de la société par l’Occident ». C’est l’époque des attaques incessantes contre les mouvements culturels underground de Casablanca, les relents antisémites et les charges contre l’évolution de la place de la femme dans la société et les libertés individuelles.

 

Le Palais qui scrute les deux tendances montre un réel tropisme envers le « courant El Otmani » et favorise les ponts jetés avec la société civile, voire avec les chancelleries étrangères qui y voient la terreau favorable à l’émergence des « islamistes de Sa Majesté ».

 

Doublé par Benkirane, fort des appuis de la base

El Otmani cultive cette tendance jusqu’en 2008 date à laquelle il cède sa place à Benkirane, qui lui de son côté a patiemment attendu son heure en séduisant les bases plus complaisantes à sa personnalité de tribun. En supplantant son rival, Benkirane file alors droit vers la consécration en faisant du PJD le premier parti du Maroc qui le portera aux commandes de l’Exécutif à l’aune des Printemps arabes et de l’adoption dans l’urgence d’une nouvelle Constitution en 2011.


Déjà à l’époque, le Palais était face à un dilemme. Le profil tonitruant de Benkirane aurait pu encourager Mohammed VI à lui préférer le discret et consensuel El Otmani pour occuper la tête du nouveau gouvernement. Mais, le contexte historique et tendu, alors que le Mouvement du 20-février ne s’était pas encore assagi, ne l’a pas autorisé. Le roi demeurera donc attaché aux principes les plus rigoureux édictés par la nouvelle Constitution…


En 2012, El Otmani est nommé, signe qui ne trompe pas, à la tête du ministère des Affaires étrangères, fonction régalienne dont il est finalement dessaisi en octobre 2013 dans le cadre d’un remaniement ministériel.


Durant sa longue carrière, le nouveau chef du gouvernement a occupé également plusieurs postes dont ceux de vice-président de la Chambre des représentants (2010-2011), président du Conseil national du PJD depuis 2008, membre du Congrès général des partis arabes et membre de la commission d’enquête parlementaire sur les évènements de Gdim Ezik.


Il a été également membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la chambre des représentants (2001-2002), membre du conseil maghrébin de la Choura depuis 2002, directeur du Mouvement populaire constitutionnel démocratique de 1998 à 1999, et membre fondateur du parti du Renouveau national.


El Otmani a été élu membre de la Chambre des représentants aux élections de 1997, 2002, 2007, 2011. Aux élections législatives d’octobre 2016, il a été réélu dans la circonscription de Mohammedia.


Son parcours académique a été marqué par plusieurs activités scientifiques et culturelles, notamment comme membre du bureau exécutif de l’association de la Rabita des Ouléma de Dar Al Hadith Al Hassania, membre fondateur de l’Association marocaine de l’histoire de la médecine et de la Jamaâ Islamiya, membre du comité exécutif du Mouvement de la Réforme et du renouveau, membre du Mouvement de l’Unicité et de la réforme, membre de la bibliothèque Hassan II des recherches scientifiques et médicales et responsable des éditions Al Forkane.


Auteur de plusieurs ouvrages et publications sur le fiqh, la question de la femme en Islam et la médecine générale au Maroc, il a également publié plusieurs articles dans des revues arabes et françaises sur les mêmes sujets.


Une mission délicate en attendant le Congrès

Sa mission sera pour le moins délicate en raison de sa position inédite alors que le secrétariat général du PJD est toujours dirigé par Abdelilah Benkirane.


Le seul fait que sa nomination ait devancé d’un jour la tenue du Conseil national du parti –  dont El Otmani est président- censé « prendre des décisions nécessaires », suite au limogeage de Benkirane, préfigurent de la complexité des rapports triangulaires à venir entre le Palais, le nouveau chef du gouvernement et n°2 du parti, et les instances du PJD qui devront d’ailleurs être renouvelées à l’occasion cet été du prochain Congrès.


Benkirane ne pourra pas briguer un troisième mandat à la tête du parti sauf si le règlement intérieur est changé. Une perspective qui était envisageable tant il demeurait à la tête du gouvernement. La logique voudrait alors qu’il cède aussi sa place de secrétaire général à El Otmani. Dernier acte de l’ère Benkirane ?


Bio express

1956 :  Naissance à Inezgane, dans le Souss

1976 :  Etudiant à Casablanca

1983 :  Licence en études islamiques

1986 :  Docteur en médecine

1995 :  Médecin psychiatre

1996 :  Membre du secrétariat général du PJD

1998 :  Directeur du PJD

1999 :  Secrétaire général adjoint du PJD

2002 : Député d’Inezgane

2004 :  Secrétaire général du PJD

2008 : Président du Conseil national du PJD

2012 : Ministre des Affaires étrangères

2016 : Député de Mohammedia

2017 : Chef du gouvernement désigné