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23.06.2017 à 23 H 57 • Mis à jour le 24.06.2017 à 13 H 37
Par et
Affairisme

Algérie : le général Nezzar englué dans un litige aux Etats-Unis

Le général Khaled Nezzar, ex-ministre de la défense algérien. NEW PRESS
Poursuivis devant la justice américaine par une société américaine qui leur réclame plus de 8 millions de dollars, les Nezzar, père et enfants, propriétaires du fournisseur d’accès internet SLC, nient tout et accusent le plaignant, l’entreprise Wizara, « de faux et usage de faux ». L’ex-ministre de la défense algérien a-t-il menti ?

L’entreprise américaine Wizara LLC, connue précédemment sous le nom de Chass LCC, poursuit le général Khaled Nezzar et ses enfants. Elle leur réclame la somme de 8,3 millions dollars en factures impayées, selon les documents de Cour américains consultés par TSA.


Wizara LLC, dont le siège social est basé dans l’État de New York, est spécialisée dans le déploiement de solutions d’internet sans fil. Elle a déposé plainte contre le fournisseur de service internet SLC (Smart Link Communication) propriété du général Nezzar et ses enfants.


La plainte, déposée en mars 2016 devant la Cour suprême, a mis un an pour être signifiée aux Nezzar. Ces derniers, par le biais de leur avocate américaine, devaient être entendus le 20 juin.


Wizara LLC est la propriété de l’algéro-américain, Mouloud Hamza Meghezzi, cousin des Nezzar, qui est aussi enseignant à l’université de Syracuse dans l’Etat de New York. Il a participé au lancement du premier réseau Wimax de SLC en Algérie en 2005. Son nom figurait sur le registre de commerce de la SPA SLC comme membre du conseil d’administration avant d’être éjecté de l’entreprise.


Les sommes réclamées représentent les services fournis entre 2003 et 2006 (7 millions de dollars) en plus des équipements (1,7 million).


Une affaire d’escroquerie en famille

Dans une correspondance datant de 2009, adressée à Mouloud Hamza Meghezzi, le PDG de SLC, Lotfi Nezzar, se plaignait du refus des banques de lui accorder des lignes de crédit et demandait un délai pour s’acquitter de ses factures. En 2013, Lotfi Nezzar adresse une promesse de paiement dont l’échéance était fixée à fin 2015. Mais finalement, SLC ne s’est acquitté que d’environ 440 000 dollars. Deux ans après, en 2017, SLC se retrouve devant la justice américaine.


Par le biais du cabinet d’avocat américain Hughes Hubbard &  Reed, Smart Link Communication (SLC) a répondu, le 20 juin dernier, aux accusations de Meghezzi.


La défense s’est attaquée à l’authenticité de trois documents-clé versés par Wizara dans sa plainte : le contrat de service liant SLC à Wizara et deux lettres dans lesquelles Lotfi Nezzar, fils du général et directeur général de SLC, s’excuse des retards dans le paiement des services rendus par la compagnie de Mouloud Meghezzi et propose un échéancier.


Selon les avocats des Nezzar, la signature apposée en bas des documents serait un faux. Ils soulignent aussi une incohérence dans le contrat. Signé en 2003, ce dernier contient en annexe une autorisation de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) datant de 2005.


Mouloud Meghezzi, ancien employé de SLC qui détient toujours des parts dans l’entreprise, aurait fabriqué ces faux pour « extorquer de l’argent à SLC après que ses parts aient été réduites suite à une augmentation de capital », selon la réponse de SLC déposée au tribunal.


Par ailleurs, SLC reproche aussi à Meghezzi d’être à l’origine des fuites de cette affaire dans les médias pour mettre la pression sur les dirigeants de l’entreprise.


Les avocats des Nezzar font remarquer à la cour que la poursuite contre SLC a été déposée par l’une des trois épouses de Mouloud Meghezi : Meriem Djouini Meghezzi. Celle-ci se présente comme PDG de Wizara. Or, depuis la création de cette compagnie, Mouloud Meghezzi a toujours été son seul responsable connu.


La cour du district nord de New York devra entendre la réponse de la compagnie de Mouloud Meghezzi le 18 août prochain.


Qui dit la vérité dans ce dossier ? Est-ce que le patron de Wizara LLC a été lésé, comme il l’affirme dans sa plainte ? Où est-ce que les Nezzar sont véritablement victimes de faux et usage de faux, comme ils prétendent ? Les documents présentés sont-ils des faux ? C’est à la Cour de justice du district nord de New York de se prononcer sur la question.


Mais une chose est sûre : une des deux parties a menti à la justice américaine. Ce qui constitue un élément grave aux États-Unis, selon Me Christopher Mesnooh, avocat aux barreaux de New York et de Paris, interrogé par Le Figaro en 2011. Selon lui, l’auteur d’un parjure outre-Atlantique s’expose à une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de prison.


« Si vous faites une erreur, les Américains s’attendent à ce que vous l’assumiez et que vous demandiez pardon. Ne pas assumer son erreur signifie au contraire une extension du mensonge », explique l’avocat qui remarque que le « mea culpa public est quasiment monnaie courante aux États-Unis ».

Les affaires juteuses du clan Nezzar dans les télécoms

L’entreprise Smart Link Communication (SLC), propriété de l’ancien ministre de la Défense et sa famille, a réalisé des bénéfices nets cumulés d’un montant de 1,4 milliard de dinars (13 millions d’euros) de 2009 à 2014, selon les bilans de cette entreprise dont nous détenons des copies. Durant cette période, SLC a réalisé un chiffre d’affaires cumulé de plus de six milliards de dinars.


Créé en 2001, SLC est un opérateur de télécommunication spécialisé dans la fourniture d’accès à internet sans fil pour les entreprises. Il se targue notamment sur son site internet d’être « l’un des premiers opérateurs en Algérie à lancer commercialement le service large bande en juillet 2005 ». Entre 2009 et 2014, l’entreprise, dont le siège se trouve à Hydra, à proximité de l’ambassade de France, a vu ses résultats croître d’une façon exponentielle.


En 2009, SLC a réalisé un chiffre d’affaires de 481 millions de dinars et un bénéfice net de 38,5 millions de dinars. En 2010, le chiffre d’affaires de SLC s’élève à 584 millions de dinars avec un bénéfice de 48,4 millions de dinars. En 2011, le chiffre d’affaires de l’opérateur de télécommunication a augmenté pour atteindre 673 millions de dinars, pour un résultat bénéficiaire d’un peu plus de 48 millions DA.


Le chiffre d’affaires de l’entreprise de la famille Nezzar a connu une hausse significative en 2012, s’établissant à 870 millions de dinars. Durant cet exercice, le bénéfice de l’entreprise est passé du simple au double pour dépasser, pour la première fois, la barre des 100 millions et atteindre 105 millions de dinars.


L’activité de Smart Link Communication a connu cependant une croissance fulgurante en 2013 puisque le chiffre d’affaires de l’entreprise a atteint 1,68 milliard de dinars, le double de l’année précédente. Les bénéfices de l’entreprise ont pratiquement triplé par rapport à 2012 pour atteindre les 289,7 millions de dinars.


En 2014, alors que le chiffre d’affaires de SLC a encore augmenté pour s’établir à 1,77 milliard de dinars, en hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, les bénéfices de l’entreprise ont encore augmenté pour atteindre 860 millions de dinars, soit plus de 20 fois ceux de 2009.


Depuis 2014, SLC est également propriétaire de Divona Algérie, racheté à Monaco Télécom.