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21.07.2017 à 04 H 11 • Mis à jour le 21.07.2017 à 04 H 17
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Compte-Rendu

Al Hoceima : Malgré l’étouffement, le Hirak a pris la rue

Al Hoceima, 20 juillet. Les forces de l’ordre ont tenté d’empêcher tout rassemblement. TDC / LE DESK
La « Marche du million » décrétée par le Hirak le 20 juillet, jour anniversaire de la bataille d’Anoual, a été avortée par les autorités qui, après l’interdiction, ont procédé à une stratégie sécuritaire d’étranglement et de dispersion de tout attroupement. Mais les manifestants, nombreux et déterminés, ont investi la ville dans un climat de répression et de violence

De nos envoyés spéciaux à Al Hoceima avec agences


Les forces de l’ordre ont dispersé, jeudi 20 juillet, de nombreux rassemblements à d’Al Hoceima, épicentre du mouvement de contestation qui frappe le nord du Maroc, empêchant la tenue de la grande manifestation prévue de longue date.


Mais pour autant, la « Marche du million » que les autorités étaient résolus à avorter a tout de même donné lieu à des manifestations éparses dans la plupart des quartiers de la cité, preuve en est de la détermination des manifestants venus en masse, à vouloir faire de la journée coïncidant avec la célébration de la mythique bataille d’Anoual contre l’occupant espagnol durant la période du Protectorat un moment fort de leur lutte.



Présent sur les lieux, l’avocat des détenus du Hirak, Abdessadak El Bouchattaoui a indiqué que « des MRE de différents pays européens sont massivement présents à Al Hoceima tout comme les Marocains et la presse locale et internationale ».



Le réseau de télécommunications perturbé

Des affrontements ont opposé la police aux manifestants et ont fait des dizaines de blessés des deux côtés, selon une source officielle. Si le centre-ville est demeuré par moment assez calme dans l’ensemble, les quartiers situés sur les hauteurs d’Al Hoceima ont connu de violents affrontements qui se sont poursuivis tard dans la nuit.



La presse et les ONG dépêchés dans la ville ont eu de très sérieuses difficultés à rendre compte des événements en raison de la perturbation des réseaux de télécommunication. Le débit internet en 4G était inexistant dès la fin de matinée. La plupart des sites d’information en ligne ont donc décidé de différer la publication de leurs contenus multimédias. Les Facebook Live qui traditionnellement sont nombreux à être activés durant les manifestations du Hirak ont été extrêmement rares.



Des jeunes décidés à manifester coûte que coûte ont du faire face à des répliques violentes des forces de l’ordre, a constaté Le Desk sur les lieux des échauffourées. Certains d’entre eux, encagoulés, qui ont pu contourner les ceintures mises en place par les forces de l’ordre, ont choisi délibérément l’affrontement. Selon des témoignages recueillis sur place, nombre d’entre eux venaient de l’extérieur de la ville et avaient décidé de ne pas suivre les consignes du Hirak de manifester sans heurts.


« Soixante-douze éléments des forces publiques ont été blessés (…) suite à des jets de pierres (…), onze personnes parmi les manifestants suite à l’usage du gaz lacrymogène », a informé jeudi soir la préfecture d’Al Hoceima, citée par l’agence de presse officielle MAP.



Une personne dans le coma héliportée à Rabat

« Une personne se trouvant dans un état comateux et portant une blessure au niveau de la tête due, selon les premières données, à des jets de pierres, a été transférée, jeudi soir, dans des circonstances indéterminées à l’hôpital Mohammed V à Al Hoceima pour recevoir les soins nécessaires », indique-t-on auprès des autorités locales de la province.



La personne, dont des journalistes ont pu déterminer l’identité (Imad. D) , a été évacuée par un hélicoptère du ministère de la Santé à un hôpital de Rabat, ajoute-t-on de même source.


« Une enquête a été ouverte par les autorités sécuritaires sous la supervision du parquet compétent pour identifier cette personne et élucider les circonstances de cet incident », selon la même source.


Une ville entièrement quadrillée par la police

Les forces de l’ordre ont utilisé des grenades lacrymogènes à maintes reprises et ce à chaque tentative des manifestants de s’organiser en grappes. La force a été systématiquement utilisée pour empêcher la tenue de la grande marche donnant lieu à des face-à-face tendus avec des jets de pierre entre les deux parties.




« Tous les blessés ont quitté l’hôpital où ils ont été transférés, à l’exception de deux éléments des forces publiques dont l’état de santé est jugé grave », a ajouté la préfecture. La MAP a précisé qu’il s’agit d’un gendarme et d’un membre de la sûreté nationale. Cette dernière a aussi fait état de « deux véhicules des forces publiques endommagés et incendiés par certains manifestants à Ajdir », une localité voisine d’Al Hoceima.



Les partisans du « Hirak » avaient commencé à se regrouper en fin d’après-midi dans plusieurs points de la ville, mais les forces de l’ordre sont immédiatement intervenues pour charger les manifestants et empêcher le début de la marche.


Face à face entre manifestants et forces de l'ordre à Al Hoceima le 20 juillet 2017. TDC / LE DESK


En début d’après-midi, la police avait commencé à quadriller les principales places de la ville, y interdisant tout accès, alors que la quasi-totalité des commerces étaient fermés. Des barrages ont été érigés à la manière de check points à divers endroits de la ville


Le Desk a constaté que le très imposant dispositif sécuritaire mis en place par les autorités de la ville pour empêcher la manifestation avait nettement comme stratégie l’étouffement. Les policiers en uniforme et en civil, les forces auxiliaires et la police anti-émeutes.



Protester « contre la répression »

Interdite par les autorités, la grande marche pour réclamer la libération de nombreux partisans arrêtés avait été maintenue. Elle visait aussi à dénoncer la marginalisation de la région. Cette « marche pacifique » devait enfin, selon ses organisateurs, permettre de protester « contre la répression » et « maintenir le combat populaire contre le Makhzen [pouvoir] ».


« Vive le Rif, vive Zafzafi ! », ont crié des centaines de manifestants en référence au leader du mouvement arrêté fin mai. Ils sont parvenus à défiler brièvement dans le quartier de Sidi Abed, avant d’être dispersés.



« Nous sommes dans un pays où il n’y a pas de liberté d’expression. On réclame des hôpitaux, du travail, du transport. Où est le mal ? », s’est indigné un sympathisant du mouvement, la trentaine, un drapeau amazigh sur les épaules.


Le président pour la ville d’Al Hoceïma de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), Mustapha Allach, a de son côté déploré d’« importantes entraves aux libertés », faisant état de « nombreuses arrestations de manifestants. », a rapporté l’AFP.


Un journaliste en état d’arrestation

Des dizaines d’interpellations ont eu lieu, dont celle de Hamid El Mahdaoui, le directeur du site Badil.info. « Le Procureur du Roi près le Tribunal de première instance d’Al Hoceima a ordonné l’ouverture d’une enquête avec le dénommé Hamid El Mehdaoui, soupçonné de perpétrer des actes illégaux, consistant essentiellement à inciter des individus à commettre des délits par des discours et des cris dans des lieux publics, les inviter à participer à une manifestation interdite et à contribuer à son organisation », a rapporté la MAP. Le Procureur l’accuse d’avoir pris la parole à la Place Mohammed VI (dite Place des Martyrs) « au milieu d’un groupe d’individus, les incitant à sortir manifester malgré la décision d’interdiction émise par les autorités compétentes ». La même source indique que « l’enquête judiciaire en cours avec l’intéressé porte sur des actes qui n’ont aucun rapport avec le travail journalistique ».


De leur côté, les six partis de la majorité avaient appelé, dans un communiqué conjoint, à ne pas prendre part à la manifestation, afin de « restituer un climat de confiance et d’apaisement ».



Depuis la mort, fin octobre 2016, d’un vendeur de poisson broyé accidentellement dans une benne à ordures, la province d’Al Hoceima a été le théâtre de nombreuses manifestations pour exiger le développement d’une région que ses habitants jugent marginalisée. La relance par l’Etat d’un vaste plan d’investissements et de chantiers d’infrastructures n’a pas suffi à désamorcer la colère.


16 juin 2017. Un jeune manifestant, visage crispé scandant des slogans poing levé avec ses camarades avant la charge de la police. LOUIS WITTER / LE DESK


Le mois de mai a été marqué par un durcissement des autorités, avec l’arrestation des figures du mouvement. Selon un dernier bilan officiel, 176 personnes ont été placées en détention préventive  120 sont actuellement jugées, et des peines de prison ont déjà été prononcées en première instance.


Sous la pression, les manifestations avaient cessé, début juillet, et la tension était retombée d’un cran avec le retrait des policiers de lieux publics emblématiques de la ville.