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01.11.2017 à 21 H 04 • Mis à jour le 01.11.2017 à 21 H 04
Par et
Etats-Unis

Le point sur l’attentat meurtrier de New York, inédit depuis le 11-Septembre

À New York, le 1er novembre 2017, au lendemain de l’attentat © Andrew Kelly / Reuters
Huit personnes ont été tuées et onze blessées, mardi 31 octobre à New York, fauchées par une camionnette. Le mode opératoire de ce type d'attentat a été préconisé dès 2010 par Al-Qaïda dans la péninsule arabique

New York n’avait pas connu d’attentat aussi meurtrier depuis ceux du 11 septembre 2001. Mardi 31 octobre 2017, un immigré ouzbek de 29 ans, au volant d’une camionnette, a fauché piétons et cyclistes sur une piste cyclable de Manhattan, tuant huit personnes (dont cinq Argentins et un Belge) et faisant au moins onze blessés. Le conducteur est ensuite sorti du véhicule en brandissant ce qui semblait être des armes de poing, avant d’être blessé par balle à l’abdomen par un policier.


Bill de Blasio, maire de New York, a très vite parlé d’un acte terroriste, tout comme le département de la sécurité intérieure. Andrew Cuomo, gouverneur de l’État, a quant à lui assuré que le suspect avait agi seul. Donald Trump a ordonné au département de la sécurité intérieure de renforcer le programme de contrôle des étrangers (Extreme Vetting Program). « Être politiquement correct, c’est bien, mais pas pour cela ! », a-t-il tweeté.


Depuis 2016, plusieurs attentats reprenant le même mode opératoire de la voiture-bélier ont été commis en Europe.


–  À Nice, le 14 juillet 2016, un poids lourd de 19 tonnes fonce dans la foule rassemblée sur la promenade des Anglais et fait 86 morts.
–  À Berlin, le 19 décembre 2016, un camion percute les passants sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz, devant l’église du Souvenir, dans l’ouest du centre-ville. 12 personnes sont décédées et 48, blessées.
–  À Londres, le 22 mars 2017, une attaque à la voiture-bélier fait cinq morts et une vingtaine de blessés. L’assaillant lance d’abord son véhicule contre la foule sur le pont de Westminster, non loin du London Bridge, avant de s’écraser sur des grilles qui entourent le Parlement. Armé d’un couteau, il s’introduit dans le Parlement, poignarde un policier avant d’être abattu par la police.
–  À Londres, le 3 juin 2017, à la sortie du London Bridge, une camionnette circulant à une grande vitesse fonce sur des piétons en zigzaguant. Les assaillants se rendent ensuite au Borough Market, où ils poignardent deux personnes dans un restaurant. Le bilan s’élève à 7 morts et 48 blessés.
–  À Barcelone, le 17 juillet 2017 : une camionnette fonce sur la foule sur La Rambla, l’avenue la plus touristique de la métropole, et quelques heures plus tard, à Cambrils, station balnéaire catalane, une voiture percute des passants. Le bilan de ces deux attentats s’établit à seize morts, plus de 120 blessés.


Ce mode opératoire, largement revendiqué aujourd’hui par l’État islamique, a en fait été préconisé dès 2010 par Inspire, la revue de propagande d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), diffusée en anglais sur Internet.

D’abord sous la plume du rédacteur en chef, Yahya Ibrahim, puis sous la signature d’une « Lone Jihad Guide Team » – que l’on peut traduire par « l’équipe du guide du loup solitaire » –, l’« Open Source Jihad » consacre de grands dossiers thématiques qui se veulent « un manuel pour ceux qui détestent les tyrans  incluant techniques de fabrication de bombes, mesures de sécurité, tactiques de guérilla, entraînement aux armes et toutes autres activités en relation avec le djihad ».


Le manuel d'AQPA sur la façon de réussir un attentat à l'aide d'un véhicule. © DR


Inspire préconisait notamment l’utilisation d’un 4×4 comme voiture-bélier, et conseillait aux apprentis djihadistes de prendre leur temps et de choisir avec minutie un endroit densément peuplé. « Pour réussir le plus grand carnage, vous devez faire prendre un maximum de vitesse à votre véhicule afin d’augmenter votre force d’inertie et être capable de frapper autant de gens que possible. » Le rédacteur en chef du magazine insistait : « Gardez à l’esprit qu’à partir du moment où les gens comprendront ce que vous êtes en train de faire, ils vont se disperser, […] ils chercheront des endroits où votre véhicule ne pourra pas les atteindre. Aussi, il est important d’étudier votre chemin auparavant. L’emplacement idéal est un endroit où il y a un maximum de piétons et le moins possible de véhicules. En fait, si vous pouvez frapper dans une zone piétonne comme il en existe dans certains centres-ville, cela sera merveilleux. Certains endroits sont fermés à la circulation temporairement en raison d’un afflux de personnes. »


Dans une liste de recommandations à l’attention de « ceux qui planifient des opérations », le rédacteur en chef leur enjoignait de prendre tout leur temps, « six mois ou même un an », d’éviter de fréquenter des sympathisants à la cause ou des sites internet dédiés au djihad, mais de privilégier, au contraire, des sites généralistes pour obtenir les informations nécessaires aux préparatifs de leur attentat. « If you are clean stay clean ! »


Enfin, la dernière des recommandations d’Inspire enjoint aux terroristes de se munir d’une arme de poing. « Emmenez-en une avec vous pour finir votre travail si votre véhicule est immobilisé durant l’attaque. […] Vous devez continuer à vous battre jusqu’à devenir un martyr. »


Dès 2013, des actions utilisant ce mode opératoire ont été« commises à bien moindre échelle » dans d’autres pays occidentaux, se souviennent les services de renseignement. Le 22 mai 2013 à Londres, deux islamistes britanniques renversent le soldat Lee Rigby. Les deux terroristes ont d’abord roulé sur ce vétéran d’Afghanistan avec leur voiture, avant d’utiliser une hache et des couteaux pour le frapper et essayer de le décapiter. Le 20 octobre 2014, le converti Martin Couture-Rouleau, au volant de sa Nissan Altima 2000, fauche deux militaires sur le parking d’un centre commercial au Québec. Avant d’être tué par la police canadienne, il avait eu le temps de préciser que son geste était un « avertissement » et de réclamer que l’armée canadienne « débarque de la coalition » internationale luttant contre l’État islamique.


L’attentat à la voiture-bélier est repris par le porte-parole de l’État islamique, le cheikh Abou Mohammed al-Adnani, tué par un drone américain fin août 2016, dans un message diffusé le 22 septembre 2014 où il déclarait la guerre aux Occidentaux et notamment à la France : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français […], alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. […] Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec sa voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. »