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05.04.2018 à 01 H 36 • Mis à jour le 05.04.2018 à 11 H 42
Par
Diplomatie

Sahara: Nasser Bourita répète ce qui disait TFF en 2008: « Ca changerait tout »

Taieb Fassi Fihri, ancien ministre des AE devenu conseiller royal. ICONODOC
Il y a tout juste dix ans, le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Taieb Fassi Fihri, alertait le Conseil de sécurité sur les velléités du Polisario à ancrer sa présence à l’est du mur de défense marocain au Sahara Occidental. Un câble diplomatique de l'ambassadeur américain à Rabat, Thomas Riley, divulgué par Wikileaks, rapportait la plainte du Maroc qui menaçait déjà de réagir...

Dans un câble diplomatique datant du 13 mars 2018 révélé par Wikileaks, Thomas Riley, alors ambassadeur des Etats-Unis à Rabat, faisait état des inquiétudes du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Taieb Fassi Fihri, à propos des velléités du Polisario à vouloir s’implanter durablement dans la zone située à l’est du mur de défense marocain.


Riley indiquait que Taieb Fassi Fihri (TFF) avait approché les ambassadeurs des cinq pays membres permanents siégeant au Conseil de sécurité le 7 mars 2008 pour déposer officiellement une plainte dénonçant l’activité du Polisario « dans la zone trans-berm du Sahara Occidental ».


Le Maroc prêt à réagir… 

TFF avait, relate Riley « reconnu que les plaintes marocaines à ce sujet jusqu’à présent n’avaient pas eu de résonance, mais a insisté qu’elles étaient sérieuses, et que le Maroc peut être obligé de réagir ».


« Nous ne serions pas surpris de voir cela soulevé à Manhasset (localité aux Etats-Unis qui abritait les rounds de négociations directes entre le Maroc et le Polisario, ndlr) et devrions croire que le Conseil de sécurité actuel devrait solliciter toutes les parties d’éviter à la fois que la provocation et la réaction devraient continuer. Nous apprécierons cela si les ambassades de Madrid et de Pretoria pouvaient confirmer leur assistance financière présumée pour les constructions à Tifariti », écrit l’ambassadeur dans son câble diplomatique  au Département d’Etat.



Fassi Fihri : « Cela change tout »

Fassi Fihri faisait état à ce titre de « derniers développements dans la zone tampon trans-berm », en particulier l’inauguration par Mohamed Abdelaziz, alors chef du Polisario d’un stade à Tifariti érigé avec le soutien de l’Afrique du Sud, de logements financés par l’Algérie et d’un hôtel de ville parrainé par la ville espagnole de Séville. « Cela changerait tout », avait alors prévenu Fassi Fahiri, qui indiquait que le Polisario évoquait de « peupler Tifariti et d’en faire la capitale de son état fantôme ».


« C’est une affirmation inacceptable d’un ‘droit souverain’ du Polisario à construire sur le territoire marocain, dont le gouvernement du Maroc avait  volontairement décidé de ne pas inclure à l’intérieur du berm, mais qu’il n’a jamais abandonné », avait-il indiqué à Riley. « Il avait insisté sur le fait que le Polisario devait violer le territoire mauritanien pour atteindre Tifariti et les zones associées ».

 

Le ministre, rapporte le télégramme de Riley, « a insisté sur le fait que le Maroc n’accepterait pas que le Polisario, développe le territoire trans-berm », affirmant que cela « contredit les compréhensions liées au cessez-le-feu ». Le Maroc, a-t-il répété, « ferait quelque chose » de non spécifié.



Le ministre des Affaires étrangères avait aussi dénoncé le fait que le Polisario avait envisagé « un ministère pour l’établissement et la reconstruction des territoires libérés », violant ainsi la résolution n°1783 du Conseil de sécurité appelant à « une atmosphère favorables à la négociation ». Pour le Maroc, cette situation exacerbait déjà « la menace sur la sécurité dans la région », citant le terrorisme et la migration.


Fassi Fihri rappelait dans ce sens que le Maroc, qui a maintenu ce no man’s land libre de sa propre présence militaire, ne pouvait l’accepter comme une zone « libérée » ou « sous la souveraineté » du Polisario. « Il avait en outre estimé qu’il ne devrait pas y avoir présence civile –  comme c’est actuellement le cas ». « Il a déclaré que le Maroc ne peut ignorer toute contestation du statu quo ou toute atteinte à son intégrité territoriale », rapportait Riley.


Un échange de lettres entre Hassan II et De Cuellar

Lors de son entrevue avec l’ambassadeur américain TFF avait remis des coupures de presse de l’agence SPS du Polisario qui contenait une lettre de félicitations envoyée par le président algérien Abdelaziz Bouteflika à Mohamed Abdelaziz à l’occasion du 32ème anniversaire de la “RASD”  et un communiqué du Polisario sur la célébration de l’événement à Tifariti, informant de la pose de la première pierre d’un complexe sportif à Tifariti.


Le dossier remis à Riley comprenait également des copies d’un échange de lettres datant de 1991, soit à l’époque du cessez-le-feu, entre le roi Hassan II et le Secrétaire général de l’ONU de l’époque, Javier Perez de Cuellar, dans lequel le roi défunt déclarait que le Maroc « avait le droit de contrôle, mais s’abstenait volontairement d’administrer par voie de police son territoire (au-delà de la berm) afin de maintenir le cessez-le-feu et de donner au processus de paix une chance de succès ». Dans sa réponse, « le chef de l’ONU a pris note et exprimé sa satisfaction au sujet de cette restriction ».


Dans son commentaire sur l’échange qu’il avait eu avec TFF, Riley indique que « le Polisario a en effet annoncé qu’il construirait un hôtel de ville et de régenter Tifariti et a réclamé à la ville de Séville le financement d’un barrage pour le stockage de l’eau, bien qu’il soit pas clair qu’un barrage ferait une grande différence dans l’habitabilité » des lieux.


Thomas Riley, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Rabat (2004-2009). CCA


Il a ajouté que le « team site » de la Minurso devait son approvisionnement en eau de l’Algérie et indiqué que les bâtiments fonctionnels à Tifariti consistait en « une petite enceinte abritant deux chambres du ‘second district militaire’ du Polisario et un musée disposant d’un chasseur à réaction marocain prétendument abattu par le Polisario lors de l’attaque à la bombe qui a détruit le minuscule ex-quartier général du district espagnol pendant les combats antérieurs à 1991 ». Ces infrastructures abritaient aussi un hôpital et une école désaffectés payés par l’Espagne, a-t-il ajouté. « Apparemment, le gouvernement m n’a pas fait beaucoup d’histoires au sujet de leur construction il y a quelques années », a noté l’ambassadeur américain.


Riley concluait son câble par le fait que « les Marocains n’ont indiqué aucune attente de réels progrès à Manhasset. Ils continuent cependant à faire avancer la question des zones trans-berm en déployant des efforts diplomatiques importants. Il est possible d’interpréter l’échange de lettres de 1991 comme une indication que le gouvernement marocain quitterait les zones trans-berms seul. Le message n’est pas seulement diplomatique, cependant. La presse et la Minurso rapportent que les Forces armées royales marocaines (FAR) ont mené, pour la première fois depuis de nombreuses années, des manœuvres majeures, qui auraient impliqué quelque 2 500 militaires. Ceux-ci sont conduits près du berm, principalement dans le sud près d’Aousserd, loin de Tifariti ».