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11.04.2018 à 03 H 20 • Mis à jour le 11.04.2018 à 03 H 20
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Internet

Facebook: Mark Zuckerberg sous forte pression des sénateurs américains

Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook auditionné par le Sénat américain. JIM WATSON/ GETTY IMAGES
Scandale Cambridge Analytica: le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’excuse officiellement pour ses « erreurs » devant le Sénat américain

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a admis mardi avoir échoué à protéger la vie privée des utilisateurs dont les données personnelles ont pu être utilisées à des fins politiques, tout en défendant un réseau mondial « sûr ».


Zuckerberg s’est excusé officiellement pour ses « erreurs commises par le réseau social, qui n’a pas su anticiper les mauvais usages de la plateforme. « Il m’apparaît évidemment aujourd’hui que nous n’en avons pas fait assez pour empêcher que nos outils soient utilisés de manière malintentionnée. Cela vaut autant pour les “fake news”, l’ingérence étrangère dans les élections et les discours haineux. » Il doit aussi être entendu mercredi à la Chambre des représentants.


S’éloignant de l’image du « geek » peu à l’aise en public, le multimilliardaire de 33 ans a répondu de manière détaillée à la majorité des questions des parlementaires, dont certains montraient une méconnaissance des enjeux technologiques du débat. « Nous ne vendons pas de données », a-t-il affirmé plusieurs fois, niant que le groupe soit un outil de surveillance.


Le réseau social, créé en 2004, a selon les élus, échoué à protéger les données personnelles des utilisateurs et permis des manipulations politiques. La polémique a pris une tournure retentissante mi-mars avec l’éclatement du scandale Cambridge Analytica (CA).


Regagner la confiance de ses utilisateurs est crucial pour le groupe car son modèle économique est fondé sur l’exploitation des données personnelles, qui permettent aux annonceurs de cibler finement leurs messages publicitaires. « Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé », a-t-il dit, la voix marquée par l’émotion. « Il est évident aujourd’hui que nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon malintentionnée », a expliqué Zuckerberg, qui avait troqué son traditionnel t-shirt gris pour un costume sombre et une cravate bleu ciel.



Les données de quelque 87 millions d’utilisateurs se sont retrouvées entre les mains de la firme britannique d’analyse de données avant que Facebook commence à instaurer des restrictions en 2014. CA a ensuite travaillé pour la campagne du candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016, Donald Trump.


Le groupe au plus de deux milliards d’utilisateurs est aussi accusé d’avoir servi d’outil de désinformation et de manipulation politique, orchestrée selon le renseignement américain par le Kremlin dans le but de favoriser l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Moscou a toujours nié.


Mark Zuckerberg a assuré que sa société était engagée dans « une course aux armements » contre « des gens en Russie dont le travail est d’exploiter nos systèmes et autres systèmes internet ». Auparavant, il avait admis n’avoir pas suffisamment empêché que de fausses informations se répandent lors de la dernière campagne électorale. « Après les élections de 2016, notre priorité était de protéger l’intégrité d’autres élections dans le monde », a-t-il dit.


Plusieurs enquêtes sur Cambridge Analytica

Cela fait de nombreuses années que Cambridge Analytica, une société de marketing politique proche des conservateurs, fait l’objet de plusieurs enquêtes pour son rôle dans la campagne américaine et peut-être également dans la campagne pour le Brexit en Grande-Bretagne.


Souvent présentée comme une véritable officine, spécialisée dans la manipulation des opinions publiques, Cambridge Analytica se vantait elle-même de pouvoir profiler « 220 millions d’Américains » afin de leur envoyer des publicités ciblées sur les réseaux sociaux. Mais quelques zones d’ombres subsistaient, notamment quant à la manière dont la société se procurait ses données.


L’hebdomadaire britannique The Observer et le quotidien américain The New York Times ont levé le voile sur ce mystère en publiant le témoignage d’un lanceur d’alerte de poids : Christopher Wylie, un jeune homme de 28 ans qui se trouve être l’homme ayant eu l’idée qui a permis à Cambridge Analytica d’accéder illégalement à plusieurs millions de profils Facebook en 2014.


Comme le racontait Mediapart il y a tout juste un an, Cambridge Analytica est en fait une émanation, née en 2013, d’un groupe de communication britannique, Strategic Communication Laboratories (SCL), à la réputation sulfureuse. Ce groupe dispose notamment d’une branche « SCL Defense » spécialisée dans les « opérations psychologiques ». Sa branche « SCL Elections » a, elle, été impliquée dans des élections un peu partout dans le monde : au Kenya, en Afrique du Sud, en Colombie, en Inde, en Roumanie…


SCL a été créé il y a 25 ans par l’homme d’affaires ultraconservateur et climatosceptique Robert Mercer. Le fondateur du site d’extrême droite Breitbart News, Steve Bannon, a fait partie des dirigeants de la branche américaine de SCL, Cambridge Analytica. Christopher Wylie explique qu’il était même son supérieur hiérarchique direct. Et c’est lors des primaires républicaines, au début de l’année 2014, que la société se fait connaître auprès du grand public.


Cambridge Analytica travaille tout d’abord pour le sénateur Ted Cruz, avec une efficacité toute relative. Le candidat est en effet éliminé et c’est Donald Trump qui emporte l’investiture. Au mois d’août 2016, Steve Bannon est nommé directeur de campagne du candidat républicain. Et la figure de proue de l’alt-right américaine amène avec lui les services de Cambridge Analytica.


Au mois de novembre 2016, Donald Trump remporte l’élection présidentielle. Le jour même, le directeur de SCL, Alexander Nix, se fend d’un communiqué (aujourd’hui supprimé mais encore trouvable à cette adresse) se félicitant d’avoir contribué à la victoire du milliardaire. « Nous sommes ravis du fait que notre approche révolutionnaire des communications informatiques ait joué un rôle essentiel dans la victoire extraordinaire du président élu Donald Trump », écrivait alors Alexander Nix.


Cette « approche révolutionnaire » repose sur un domaine de recherche à la croisée de la psychologie et des statistiques, la « psychométrie ». Celle-ci étudie les moyens de mesures et d’analyse de caractéristiques psychologiques. L’algorithme de Cambridge Analytica est ainsi censé récupérer tous vos « likes », de contenus ou de pages, pour les intégrer à un test psychologique, reposant sur la méthode dite OCEAN, supposée permettre de donner vos grands traits de personnalité qui, eux-mêmes sont susceptibles d’être analysés. Pour simplifier, si vous aimez tel auteur ou tel film, vous serez classé « républicain » ou « démocrate » et les messages qui vous seront adressés seront personnalisés en fonction.


Mais ce modèle nécessite des données, un grand nombre de données. Or, il se trouve que depuis 2008 un chercheur du Psychometrics Center de l’université de Cambridge, Michal Kosinski, travaille justement sur une méthode d’analyse des personnalités via une application proposant aux internautes de remplir un questionnaire.


En 2014, il est contacté par un de ses collègues, Alexander Kogan, qui lui explique que SCL s’intéresse à ses travaux. Dans un premier temps, Kosinski accepte de collaborer et un contrat est signé. Mais, très vite, le chercheur prend conscience de la nature de son partenaire et rompt le contrat. Alexander Kogan, de son côté, poursuit la collaboration. Il fonde sa propre société, Global Science Research (GSR), et développe sa propre application, copie de celle de son collègue.


Cette partie de l’histoire était déjà connue et beaucoup suspectaient Alexander Kogan d’avoir alimenté Cambridge Analytica en données. The Observer et le New York Times en ont désormais fourni la preuve. Leur lanceur d’alerte est en effet celui qui a imaginé le tour de passe-passe ayant permis de siphonner les données Facebook. Cette opération repose sur deux violations des règles d’utilisation du réseau social.


Des données illégalement collectées

Tout d’abord, Facebook autorise la collecte de données dans un but de recherches académiques, mais interdit dans ce cas leur revente à un tiers. Ce que Kogan a fait en fournissant Cambridge Analytica. Ensuite, l’application développée par GSR collectait non seulement les données de l’utilisateur, mais également celles de ses « amis ». Environ 270 000 personnes avaient rempli le test de Kogan. Et chacune l’a diffusé à au moins 160 autres personnes. Au total, environ 50 millions de profils auraient été illégalement collectés par Cambridge Analytica.


La nouvelle est catastrophique pour la société qui est également soupçonnée d’avoir mis ses outils au service des partisans du Brexit lors du référendum de 2016. Elle fait à ce titre l’objet de deux enquêtes, une menée par la commission électorale, l’autre par l’autorité de protection des données. Depuis qu’elle s’est retrouvée sous les projecteurs, Cambridge Analytica a tout fait pour essayer de limiter sa responsabilité, revenant même sur ses affirmations précédentes en affirmant n’avoir joué qu’un rôle mineur dans la campagne de Donald Trump ou n’avoir jamais utilisé de données issues de Facebook.


Avec le témoignage de Christopher Wylie, qui a également fourni aux journalistes de nombreux documents, cette défense est désormais mise à bas. D’autant plus que, au lendemain des révélations de The Observer et du New York Timesun reportage de la chaîne britannique Channel 4 est venue confirmer ces méthodes.


Un journaliste de la chaîne s’est en effet fait passer pour un consultant politique venu du Sri Lanka pour découvrir les méthodes de Cambridge Analytica. En caméra cachée, Alexander Nix et un autre dirigeant de Cambridge Analytica, Mark Turnbull, ont détaillé leurs méthodes pour influencer une élection, par exemple en distribuant des pots-de-vin ou encore en piégeant des opposants en leur envoyant des prostituées.


Après la diffusion du reportage de Channel 4, Cambridge Analytica a annoncé la suspension des fonctions d’Alexander Nix. Mais, dans ses communiqués, elle continue d’affirmer n’avoir jamais utilisé de données provenant de Facebook.


La société de Mark Zuckerberg est elle aussi dans une tourmente sans précédent. Depuis la publication des révélations de The Observer et du New York Times, son action est en chute libre avec une perte évaluée, mardi, à 50 milliards de dollars. Et un peu partout dans le monde, des États commencent à demander des comptes. Mark Zuckerberg a ainsi été invité à s’expliquer sur son inaction dans cette affaire par les autorités américaines, britanniques, irlandaises et européennes.