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24.04.2018 à 19 H 43 • Mis à jour le 24.04.2018 à 19 H 52
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Médias

Presse en ligne: Telquel.ma se prépare au modèle payant

La newsroom de TelQuel. Courtesy TELQUEL MEDIA
Dernière ligne droite pour le groupe de presse privé TelQuel qui compte basculer dans deux semaines son site éponyme vers une formule « freemium », alliant abonnements et contenus gratuits. Une démarche qui suit celle du Desk engagée dès 2015 et dont l’objectif est de s’affranchir de la spirale du clic et de la baisse tendancielle des revenus publicitaires

La ligne de démarcation entre les différents modèles économiques de la presse numérique est en train de se creuser entre les médias qui continuent à croire au tout gratuit et ceux qui s’aventurent vers un modèle payant, du moins partiellement.


En 2015, Le Desk ouvrait le bal du « paywall » au Maroc et dans toute la région, s’inspirant d’abord du modèle tout-payant de son partenaire français Mediapart, avant de basculer sur une offre dite « freemium », alliant contenus gratuits et formule d’abonnement. Telquel.ma est lui aussi en train de le suivre dans cette voie, avec à la clé une mise à disposition en ligne à ses futurs abonnés des articles à paraître dans sa version papier.


Pour ce faire, TelQuel a confié la refonte graphique de son site à l’agence française Upian (qui vient d’habiller la toute nouvelle version du Français Slate.fr et dont on remarquera bientôt le cousinage avec la future maquette de Telquel.ma). Le développement quant à lui est réalisé par l’agence marocaine Next Media, basée à Rabat.


Le Desk, l’avait précédé dans une démarche similaire. Son design est signé par une autre référence du métier, l’agence parisienne Datagif (qui a conçu entre autres le dernier Libe.fr et la seconde version de Mediapart). Son codage avait été fait en interne. L’intérêt étant d’offrir à ses lecteurs un confort de lecture inégalé grâce à une ergonomie du site aux meilleurs standards internationaux, ce qui constituait jusqu’ici une singularité dans la presse digitale marocaine.


Si le virage opéré par Telquel.ma ne fera plus de lui un « pure player » puisque son offre intègrera aussi son magazine désormais digitalisé, il confirme que la tendance mondiale vers un retour au payant, doublée d’une mise à niveau de l’interface graphique, telle qu’observée particulièrement aux Etats-Unis et en Europe, s’installe aussi au Maroc.


Une logique de professionnalisation de la presse numérique

Cette logique n’est pas fortuite. Elle consolide une vision du journalisme moderne engagé dans sa mission essentielle qui est celle d’offrir aux lecteurs le meilleur contenu, dans le meilleur écrin. Une offre réellement premium, de qualité, à l’opposé de la spirale mortifère du buzz et de la course effrénée aux clics qui donne l’avantage avant tout aux médias sensationnalistes ou à ceux qui versent dans le contenu de marques (brand content), pratique de plus en plus imposée par les publicitaires.


« Nos revenus publicitaires sur le site ont été divisés par trois et ceux du magazine connaissent une baisse continue depuis une dizaine d’années », explique Aïcha Akalay, directrice de la publication de TelQuel et de Telquel.ma. Pour elle, « ce choix s’imposait pour continuer à offrir dans les meilleures conditions possibles un contenu de qualité qui requiert des efforts et des moyens substantiels ».

 

Jusqu’ici, le groupe de presse avait expérimenté une offre intermédiaire qui permettait à ses lecteurs internautes d’accéder gratuitement aux contenus de Telquel.ma et de s’abonner à une version pdf du newsmag à télécharger en avant-première de sa sortie chaque semaine en kiosque. « Concrètement, nous allons proposer très prochainement, dans deux semaines tout au plus, tous nos contenus sur la nouvelle version du site, y compris ceux du magazine à travers une offre duale, digitale et intégrale », confirme Akalay.


Selon nos informations, deux offres principales seront proposées, l’une 100 % numérique à partir de 10 dirhams le premier mois, 40 dirhams les suivants grâce à un système de paiement récurrent par débit automatique sur carte bancaire opéré par Payzone, l’autre intégrale (internet et magazine papier) à 600 dirhams par an pour les abonnés au Maroc.


Le Desk, qui propose aujourd’hui un système alternatif (60 dirhams pour un mois et 480 dirhams pour un abonnement annuel) à travers une palette de moyens de paiement (carte bancaire, Paypal, Cash Plus, virement, chèque et espèces), étudie lui aussi la formule du paiement récurrent avec la solution CMI-Maroc Télécommerce.


« La seule voie possible pour les médias numériques de qualité »

L’homme d’affaires Khalid El Hariry, propriétaire et président du groupe est convaincu du virage entrepris : « Nous le savions depuis longtemps et avons pris le temps de la transformation qui n’est pas chose aisée. C’est la seule voie possible pour les médias numériques soucieux de maintenir une offre de qualité à leurs lecteurs. Regardez Le Monde Afrique par exemple qui a bénéficié en France de dons atteignant 2 millions d’euros de Google, de la Fondation Gates, d’Open Society et de l’AFD et qui concurrence la presse en ligne marocaine sur le marché publicitaire local. C’est une compétition qui n’est pas équitable et contre laquelle les autorités de tutelle ne font rien ».


C’est aussi le problème de tout l’écosystème du marché publicitaire et celui des aides publiques qui est pointé du doigt à cause de l’opacité qui règne et des pratiques condamnables de certains de leurs acteurs.


« Le modèle de la gratuité est un modèle destructeur de valeur, on le voit dans le débat public avec Facebook, autour des fausses nouvelles et du trafic des données personnelles. Nous défendons une information de qualité, pertinente et utile au débat public », déclarait récemment avec justesse Edwy Plenel, directeur et co-fondateur de Mediapart, rappelant ainsi le crédo de « la valeur de l’information » qui a fait son succès en France.


Au Maroc, cette conviction est encore balbutiante, mais donner « le pouvoir aux lecteurs », n’est plus un choix de modèle économique comme un autre, il est celui de la préservation et du développement d’une presse indépendante de qualité, sans préjuger de sa ligne éditoriale. D’autres médias en ligne s’y préparent aussi et le payant pourrait être ainsi le fondement d’un label souhaité autant par les professionnels du secteur que par les lecteurs les plus exigeants.