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09.08.2018 à 20 H 04 • Mis à jour le 09.08.2018 à 20 H 31
Par
Rapport

Le CESE décrypte le « mal être » des jeunes marocains

A Fès, un groupe de jeunes bénévoles de la FGD dans le quartier lors de la campagne pour les législatives 2016. DAVID RODRIGUES / LE DESK
Dans un rapport élaboré par une commission ad-hoc, le Conseil souligne que le socle incompressible de cette initiative serait la restauration de la confiance de la jeunesse marocaine, pour qui le sentiment de défiance vis-à-vis de la société de façon générale est important et a tendance à s’accentuer, avec des impacts négatifs sur leurs comportements et sur la cohésion sociale de façon plus générale

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a proposé une « nouvelle initiative nationale intégrée pour la jeunesse marocaine », ayant pour ambition d’apporter des réponses aux attentes légitimes des jeunes d’une vie digne et de participation active à la dynamique de développement.


Dans un rapport élaboré par une commission ad-hoc, le Conseil souligne que le socle incompressible de cette initiative serait la restauration de la confiance de la jeunesse marocaine, pour qui le sentiment de défiance vis-à-vis de la société de façon générale est important et a tendance à s’accentuer, avec des impacts négatifs sur leurs comportements et sur la cohésion sociale de façon plus générale.


Dans ce document de 47 pages, rendu public produit d’une requête datant de novembre 2017 exprimée par le président de la Chambre des conseillers, Hakim Benchamach, le Conseil Conseil économique social et environnemental (CESE) présidé par Nizar Baraka, propose de remédier au « mal-être » des jeunes Marocains, là travers trois principes directeurs, à savoir : « La participation des jeunes dans la prise de décision, l’équité et égalité des chances entre les jeunes citoyennes et citoyens, une gouvernance cohérente et intégrée aux niveaux national et territorial ».



L’objectif étant « d’apporter, dans la durée, des réponses aux attentes légitimes des jeunes d’une vie digne, de justice sociale, d’équité et d’une participation active à la dynamique de développement, où chacun aurait la possibilité de libérer ses énergies et de réaliser son plein potentiel dans le cadre de l’égalité des chances et des opportunités ».


Aussi son objectif est de : « proposer une plateforme articulée autour de domaines stratégiques clés » pour les jeunes, âgés de 15 à 34 ans, représentant près du tiers de la population nationale, mais néanmoins « pour la plupart en marge de la croissance économique (…) sans bénéficier équitablement des progrès économiques induits (…) ».


Education et décrochage scolaire en ligne de mire

Point noir relevé par le document : le décrochage scolaire concerne deux jeunes sur trois. Ceux qui travaillent sont assujettis à 50 % à des bas salaires, quand 20 % de la « population jeune » est au chômage. « Le décrochage et les déperditions scolaires, les inégalités entre offres publique et privée, une orientation des jeunes vers des études qui ne leur permettent pas d’acquérir des connaissances en mesure de préparer leur avenir, continuent à constituer des entraves au droit à l’éducation pour tous et à toutes les échelles territoriales », peut-on lire dans le rapport qui pointe l’urgence des préoccupations de la jeunesse en matière d’accès à une éducation de qualité.


Sur le plan sociétal, les jeunes sont décrits comme plutôt oisifs. Ils consacrent 72 % de leur temps à « des activités non productives de bien-être social », et 82 % d’entre eux n’exercent aucune activité.


De plus, 75 % des jeunes n’ont pas de couverture sociale, alors qu’un jeune sur cinq souffre de troubles psychologiques. « En plus des disparités dans l’accès aux soins de base et à des soins de santé de qualité », les jeunes sont menacés par « certains fléaux à l’instar de l’addiction aux drogues, au tabagisme, au suicide… mais aussi celui de la santé mentale qui demeure un véritable problème de santé publique ».


Une défiance vis-à-vis des institutions politiques

Point d’engagement non plus dans la cité via des corps intermédiaires institutionnalisés : seulement 1 % des jeunes adhèrent à un parti politique ou à un syndicat. Ils sont en revanche 10 à 15 % à participer à la vie associative. A ces critères d’exclusion s’ajoutent les « inégalités relatives au genre et au milieu de résidence (rural, urbain et périurbain) ».


La sexualité des jeunes est aussi soulignée comme, « fondamentale aussi bien pour la santé physique que mentale ». Or, celle-ci a « souvent été appréhendée comme une affaire médicale (hygiène, prévention…), ou sécuritaire (répression des violences). Or, la sexualité des jeunes ne se limite pas à des affaires de mœurs ou de violence ».


Le CESE préconise qu’un « regard nouveau » puisse ainsi être porté à la question. « Encore aujourd’hui, les sciences du psychisme ont le monopole de la parole sur la sexualité des jeunes, avec un regard souvent normatif et prescriptif », explique le document qui indique que « la perspective historique et les enjeux sociologiques devraient permettre de mieux appréhender et comprendre les identités, pratiques et représentations liées à la sexualité juvénile, en fonction aussi de rapports tels que l’âge ou la religion ».


Pour relever les défis de l’avenir, la nouvelle initiative puise sa force dans sa pleine conscience que les contextes national, régional et international ont impulsé une nouvelle génération de jeunes, qui sont aujourd’hui plus attentifs aux valeurs universelles, à la liberté, aspirent à plus de justice et de droit au sens le plus large du terme, lit-on dans le rapport.


« Notre société, estime le Conseil, doit s’adapter à cette nouvelle réalité et il est primordial de tenir compte de ce contexte nouveau, en proposant une offre crédible et en phase avec cette nouvelle génération de jeunes, continuum de la politique de l’enfance et qui, en plus de correspondre à leurs attentes réelles, puisse leur redonner confiance en la famille, l’école et les institutions représentatives ».


Pour un débat national franc et inclusif

En somme, la nouvelle initiative, qui dresse un état des lieux et les grandes transformations de la jeunesse marocaine, couvre différents domaines stratégiques et interconnectés, au vu des interdépendances et des multiples dimensions matérielles et immatérielles qui caractérisent la jeunesse. Elle s’appuie sur une démarche transversale, afin que les actions en faveur de la jeunesse soient pensées, mises en œuvre et évaluées dans un cadre cohérent et intégré, impliquant l’ensemble des acteurs concernés et notamment les territoires.


La nouvelle initiative portée par le CESE requiert une véritable volonté politique, pour que des choix stratégiques soient opérés, en s’appuyant sur des leviers potentiels d’inflexion, à la fois sur les plans sociétal, économique, institutionnel et politique. Elle ambitionne de constituer un cadre de référence qui orientera l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et des programmes publics dédiés à la jeunesse.


Le Conseil entend ainsi porter la nouvelle initiative ainsi que les recommandations stratégiques qui en découlent au niveau d’un débat national entre tous les acteurs et penseurs, un débat qui soit ouvert, responsable et largement participatif.