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22.09.2018 à 15 H 35 • Mis à jour le 22.09.2018 à 16 H 32
Par et
Justice

Les zones d’ombres de l’affaire du prêtre pédophile extradé vers les Etats-Unis

Le prêtre catholique Arthur Perrault, accusé de pédophilie aux Etats-Unis a été extradé par le Maroc le 21 septembre 2018. DR
La justice américaine était à ses trousses depuis près de 25 ans. Arthur Perrault, un prêtre catholique poursuivi pour pédophilie au Nouveau-Mexique dans les années 90, localisé au Maroc en 2016 puis arrêté en collaboration avec le FBI il y a un an, a été extradé le 21 septembre vers les Etats-Unis. Cependant, les autorités marocaines ne font pas cas de l’affaire, ni sur l’éventualité d’une enquête ouverte sur sa longue présence auprès d’enfants au sein de l’American Language Center de Tanger, une institution dépendant de la représentation diplomatique américaine dans le royaume

Un prêtre catholique, Arthur J. Perrault, recherché par la justice américaine depuis 1992 pour des abus sexuels sur un mineur dont il avait la charge, a été expulsé du Maroc pour être jugé aux Etats-Unis, a annoncé vendredi un procureur américain.


Arthur Perrault est accusé d’avoir « abusé sexuellement à maintes reprises entre 1991 et 1992 un enfant de moins de douze ans » dont il avait la charge, alors qu’il exerçait en tant qu’aumônier militaire sur une base de l’armée de l’air américaine proche d’Albuquerque, a déclaré lors d’une conférence de presse John Anderson, procureur de l’Etat du Nouveau-Mexique.


En cavale depuis 1992, le prêtre avait disparu dans la nature après avoir prévenu ses paroissiens qu’il démissionnait de ses fonctions et s’envolait pour le Canada. Quelques jours plus tard, un avocat d’Albuquerque, la plus grande ville du Nouveau-Mexique, avait déposé deux poursuites contre l’archidiocèse de Santa Fe, au nom de sept personnes qui accusaient le prêtre d’avoir sexuellement abusé d’eux lorsqu’ils étaient enfants.


Selon les enquêteurs, il s’était d’abord enfui à Vancouver, puis au Maroc, où les enquêteurs du FBI ont fini par retrouver sa trace en 2016. A l’époque, des articles de presse, aux Etats-Unis avaient évoqué son cas une première fois.


Selon des médias locaux américains, dont principalement l’Albuquerque Journal, l’homme de 80 ans a passé plus d’une vingtaine d’années dans la ville du Détroit, entouré d’enfants auxquels il enseignait l’anglais. Il a notamment travaillé pour un centre linguistique de Tanger, qui l’a remercié lorsqu’il a été rattrapé par ces accusations de pédophilie.


Plus précisément, l’affaire de pédophilie avait ainsi ressurgi aux Etats-Unis lorsque se déclarant comme victime, Kenneth Wolter, 37 ans, a porté plainte en décembre 2015 contre le prêtre pour abus sexuel lorsqu’il était jeune. « Eloigner Perrault des enfants est la priorité numéro 1 pour moi, surtout s’il est toujours entouré d’enfants, car il ne changera jamais », avait déclaré Wolter.


Perrault et Wolker au Nouveau-Mexique dans les années 70 lorsque ce dernier était âgé de 11 ans. DR


Selon son avocat, les enquêteurs américains qui travaillaient avec un informateur au Maroc ont découvert que le prêtre avait travaillé à l’American Language Center et dans une école de langue anglaise de Tanger, où il vivait par intermittence depuis plus d’un quart de siècle. « Le pédophile américain qui se donnait des airs de normalité dans la ville, est un enseignant dans une école américaine qui arrondissait ses fins de mois dans le centre culturel américain a vu son destin changer de cours quand il a été découvert et dénoncé par un informateur marocain », rapportait dans ce sens la presse. « Le site internet de l’école ne répertorie pas une tranche d’âge pour ses élèves. Les photos publiées sur le site montrent des enfants et des jeunes adultes de différents âges », précisait l’Albuquerque Journal.


Une source travaillant à l’American Language Center, contacté par téléphone, a déclaré le 5 mai 2016 que l’ancien prêtre n’était pas un employé de l’école, relevait l’ Albuquerque Journal. Cependant, un employé du centre a néanmoins reçu et signé un colis FedEx adressé à Arthur Perrault selon les documents des enquêteurs.


Le paquet, qui contenait une copie de la plainte de Kenneth Wolter et une citation à comparaître devant la justice transmise par Ancillary Legal Corp., une entreprise internationale de livraison de notifications judiciaires, a été reçu et signé par le responsable de l’école le 22 avril 2016. Un deuxième paquet FedEx avec des documents similaires adressés à l’appartement de l’ancien prêtre à Tanger n’aurait cependant pas pu être livré, précisait le journal local de la principale ville du Nouveau-Mexique.


Le prêtre a été arrêté il y a un an avec l’appui de Rabat

Le prêtre, finalement licencié par l’American Language Center de Tanger,  a été arrêté par les autorités marocaines en 2017 et se trouvait en détention au Maroc jusqu’à son expulsion jeudi dernier, a précisé le procureur Anderson.


« Des autorités des forces de l’ordre marocaines ont arrêté Perrault le 12 octobre 2017 au Maroc sur base d’un mandat d’arrestation provisoire délivré comme résultat des chefs figurant sur l’acte d’accusation, lequel a été déposé sous scellé le 21 septembre 2017. Les autorités marocaines ont délivré Perrault aux autorités du FBI le 20 septembre 2018. Le scellé a été levé plus tôt aujourd’hui après que le Bureau du procureur fédéral a avisé la Cour de l’arrestation de Perrault par le FBI et le transport de l’accusé du Maroc aux États-Unis, et que le FBI était en train de le transporter vers le district du Nouveau-Mexique. Il est prévu que Perrault comparaîtra pour la première fois devant le juge d’instruction fédéral Karen B. Molzen cet après-midi », informait le 21 septembre, un communiqué du ministère américain.


« L’extradition de Perrault est le résultat d’une étroite collaboration (…) avec le Ministère de la Justice du Maroc, des autorités des forces de l’ordre marocaines, le Bureau des affaires internationales du Département de la Justice des États-Unis et l’Attaché juridique près l’ambassade des États-Unis au Maroc », précise la même source.


« Perrault va finalement comparaître devant un tribunal pour répondre de ses actes », s’est réjoui de son côté James Langenberg, agent du FBI chargé de l’enquête, qui a remercié le Maroc pour son aide dans ce dossier.


Pour les faits qui lui sont reprochés et qui lui ont été officiellement signifiés par un juge vendredi 21 septembre, le prêtre encourt la réclusion à perpétuité. Il est notamment inculpé d’abus sexuels avec circonstances aggravantes (voir acte d’accusation ci-dessous).



Les médias locaux américains rappellent également que l’archidiocèse du Nouveau-Mexique a conclu un grand nombre d’accords financiers, confidentiels, pour éviter que les accusations de pédophilie contre le clergé n’apparaissent au grand jour. L’Eglise catholique est confrontée depuis des mois à la révélation de scandales d’agressions sexuelles à grande échelle partout dans le monde –  souvent couverts ou minorés par la hiérarchie -, en particulier en Australie, au Chili et aux Etats-Unis.


Les autorités marocaines ne commentent pas l’affaire

Si le ministère de la Justice américain indique dans sa communication « qu’il est rappelé au public que les accusations dans un acte d’accusation ne sont que des allégations et que les accusés sont présumés innocents, à moins qu’ils ne soient prouvés coupables hors de tout doute raisonnable devant un tribunal », il encourage cependant toute personne ayant des informations complémentaires sur les agissements éventuels de l’accusé de se déclarer aux autorités américaines.


Extrait du communiqué du Département de la Justice américain appelant à des témoignages potentiels


« L’affaire n’est pas terminée », a prévenu James Langenberg. Le prêtre, en poste au Nouveau-Mexique entre 1973 et 1992, pourrait avoir fait des dizaines de victimes, notamment dans des petites communautés indiennes et hispanophones où il a officié. Mais qu’en est-il au Maroc où Arthur Perrault a été en contact avec des mineurs durant ses longues années d’exil ?


Son affaire n’a pas été rendue publique par les autorités qui n’ont pas fait cas de leur collaboration ayant duré plus d’un an avec le FBI et le Département de la Justice américain. Nul ne sait à ce jour si une enquête parallèle a été ouverte sur la présence de l’accusé auprès d’élèves marocains de l’American Language Center de Tanger et d’un autre établissement de langue de la ville, sur son environnement immédiat, etc. La partie américaine ne semble pas creuser davantage sur la vie du prêtre au Maroc, se focalisant sur les poursuites engagées depuis de longues années au Nouveau-Mexique.


L’accord de coopération avec les Etats-Unis aux ramifications diplomatiques, s’agissant d’un établissement dépendant de l’ambassade américaine à Rabat, a-t-il évacué un potentiel volet marocain de l’affaire ? Contacté par Le Desk, Mohamed Aujjar, ministre de la Justice est demeuré injoignable. Interrogé au téléphone, Mohamed Nasser, son directeur de cabinet a simplement répondu : « Je n’ai pas d’information à ce sujet ».


« L’extradition de Perrault a été rendue possible grâce à la réponse du Maroc à un avis d’Interpol demandé par le gouvernement américain. L’avis d’Interpol a été publié sur la base des accusations portées contre M. Perrault aux États-Unis. Nous vous renvoyons au gouvernement marocain pour obtenir des informations sur les enquêtes de police locales », a commenté pour sa part au Desk Josh Waggener, attaché de presse et porte-parole de l’ambassade américaine à Rabat.