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10.01.2019 à 11 H 24 • Mis à jour le 10.01.2019 à 11 H 24
Par
Espagne

20 000 saisonnières marocaines de retour à Huelva

Des saisonnières marocaines de Huelva. EFE
19 179 contrats ont été établis avec l’ANAPEC dont les titulaires commenceront à partir pour l'Espagne en février prochain pour le début de la saison de collecte des fruits rouges. Un chiffre record qui représente une augmentation de 35% par rapport à l’année dernière malgré la controverse suscitée par les accusations d’abus sexuels et de mauvaises conditions de travail imposés par leurs employeurs de la région de Huelva

Près de 20 000 saisonnières marocaines sont enrôlées cette année dans la campagne de fraises et de fruits rouges en Espagne, un chiffre record qui représente une augmentation de 35 % par rapport à l’année dernière, et ce malgré la controverse suscitée par les accusations d’abus et de violences à caractère sexuel à l’encontre de certains de leurs employeurs de la Huelva.


L’agence espagnole EFE a dénombré exactement 19 179 contrats dont les titulaires commenceront à partir pour l’Espagne en février prochain. Ces départs se poursuivront par vagues jusqu’en mai, pour une saison de trois à quatre mois avec engagement de retour, a expliqué à EFE Abdelmounime El Madani, directeur général de l’Agence nationale pour l’emploi (ANAPEC).


Cet organisme public exerce le rôle d’intermédiaire entre l’Espagne et le Maroc, et plus particulièrement entre les entrepreneurs andalous du secteur des fruits rouges et ceux qui aspirent à obtenir un contrat en Espagne.


Il y aura 7 700 nouvelles recrues dans ce contingent de 2019, mais la plupart (près de 11 500) seront des « redoublants », c’est-à-dire des travailleurs ayant déjà passé une saison ou plus en Espagne.


Une « diabolisation » de l’opération, selon le patron de l’ANAPEC

Le patron de l’ANAPEC a vivement critiqué ceux, qui en Espagne et au Maroc, ont tenté de « diaboliser l’opération en accordant une importance particulière aux allégations de violences sexuelles ou de mauvaises conditions de travail », rapporte EFE.


Sur les plaintes d’agressions sexuelles, El Madani ne se prononce pas, mais sur les conditions de travail souvent décriées, affirme-t-il, « l’Espagne est précisément l’un des pays où la protection des droits du travail est la plus grande ».


L’ANAPEC va préparer cette année une campagne de sensibilisation avant le départ des premières ouvrières afin de préciser leurs droits : un visa temporaire, le transport payé Maroc-Espagne, le contrat de droit espagnol (entre 35 et 40 euros par jour) et la couverture santé gratuite.


L’organisme veillera, selon la même source, à ce qu’elles disposent toujours d’une chambre à coucher, d’un salon et d’une cuisine équipée de plaques chauffantes et d’un lave-linge, ainsi que d’électricité et d’eau chaude, mais El Madani précise que les travailleurs temporaires doivent payer pour cette maison, ainsi que pour leurs transports dans les localités avoisinantes.


Un autre objectif de sensibilisation consistera à décourager ceux qui tentent de profiter du voyage de devenir des immigrants illégaux en Espagne (on estime qu’au moins 2 500 personnes ont disparu dans la nature lorsqu’elles sont arrivées illégalement en Espagne).


Une travailleuse temporaire qui revient dans son pays aura un visa plus facilement et qu’elle pourra obtenir un permis de séjour pour trois ou quatre saisons, tandis que celles qui optent pour l’illégalité perdent tous leurs droits, rappelle-t-on.


Des critères de recrutement jugés discriminatoires

Au Maroc, des critiques ont été formulées à l’encontre des critères supposés discriminatoires pour le recrutement, mais El Madani les défend, rappelant que les employeurs espagnols exigent des jeunes femmes (de 25 à 40 ans) ayant une expérience du terrain et une bonne santé en raison de la demande physique de travail, et c’est le gouvernement espagnol qui impose l’obligation de retour.


L’ANAPEC, du côté marocain, défend la « discrimination positive » et privilégie l’embauche de mères ayant des enfants à charge, en particulier si elles sont veuves ou divorcées. El Madani pense que cette opération contribue à « briser le cycle de l’exclusion » que la femme rurale vit au Maroc, davantage si elle est mère.


Ainsi, le projet offre « des opportunités d’émancipation et d’insertion » à ces femmes, qui se situent au bas de l’échelle sociale marocaine : pauvres et souvent analphabètes.


L’Agence pour l’emploi va encore plus loin : elle souhaite inciter les travailleuses temporaires, une fois rentrées au Maroc, à investir leur épargne dans leurs propres projets, qu’il s’agisse de coopératives ou de projets de travail indépendant, et donne l’exemple de la coopérative agricole de Fkih Ben Saleh qui comprend près de 700 femmes, faisant d’elle la plus grande du Maroc.


En octobre dernier, lors de sa visite à Rabat, Consuelo Rumí, secrétaire d’État aux migrations, avait défendu l’embauche de femmes au Maroc comme un modèle de « migration circulaire », tout en estimant qu’elle avait été faite trop rapidement durant la campagne 2018.


Des sources bien informées sur l’opération ont admis que les difficultés avec lesquelles près de 14 000 travailleuses temporaires avaient été embauchées ont finalement poussé des femmes qui ne remplissaient pas les critères à s’y inscrire pour obtenir un visa comme sésame d’immigration sans retour.