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10.07.2019 à 00 H 27 • Mis à jour le 10.07.2019 à 11 H 46
Par
Sahara

ONU: Le chef de la Minurso accusé d’agressions sexuelles répétées

Colin Stewart, chef de la Minurso, à son arrivée à Laâyoune. UN/PRESS
Un #MeToo en perspective à l’ONU ? Inner City Press, site spécialisé des arcanes onusiennes a fait état de graves allégations de harcèlement sexuel mettant en cause Colin Stewart, représentant spécial du SG de l’ONU pour le Sahara et chef de la Minurso, lequel aurait bénéficié de la protection du cabinet d’Antonio Guterres pour étouffer le scandale à la veille du renouvellement de son mandat…

« Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, affirme qu’il a une politique de tolérance zéro en matière de harcèlement sexuel, mais continue de récompenser les fonctionnaires de l’ONU qui sont accusés de harcèlement », a lancé Inner City Press, le site spécialisé des coulisses des Nations Unies animé par le journaliste polémiste Matthew Russell Lee.


Et pour contredire Guterres, celui-ci commence par rappeler le cas du Chilien Fabrizio Hochschild Drummond, promu au poste de Conseiller spécial du Secrétaire général chargé des préparatifs pour la commémoration du 75ème anniversaire des Nations Unies, alors qu’il est accusé d’avoir commis un acte de harcèlement sexuel dans son propre bureau du 38ème étage…


Matthew Russell Lee ajoute ensuite à ce premier cas, celui du Canadien Colin Stewart, 58 ans, le représentant spécial de Guterres au Sahara et chef de la Minurso, lui aussi, selon la même source, accusé de harcèlements sexuels répétés et pourtant « couvert par Antonio Guterres », alors qu’il est sur le point « de bénéficier d’un renouvellement de son contrat », à la tête de la mission onusienne.


Pour rappel, Stewart avait succédé à sa compatriote Kim Bolduc le 22 novembre 2017 pour diriger la Minurso à partir de son QG de Laâyoune.


Colin Stewart, RSSG pour le Sahara et chef de la Minurso. DR


Selon Inner City Press, nombre de fonctionnaires onusiens et de lanceurs d’alertes sont opposés à la reconduction de Stewart à la tête de la Minurso, « mais ces personnes sont ignorées et font l’objet de représailles de la part de António Guterres ».


Des accusations qui datent de son passage en Ethiopie

Alors que Stewart était directeur adjoint et chef de cabinet du Bureau des Nations Unies auprès de l’Union africaine à Addis-Abeba de 2011 à 2016, de graves accusations ont été portées à son encontre, « mais le scandale a vite été étouffé », assure la même source. Son ampleur aurait cependant gêné au plus haut point Haile Menkerios, son superviseur immédiat.


Inner City Press raconte que c’est à ce moment que s’est activée une équipe chargée d’éteindre l’incendie menée notamment par Kyoko Shiotani, qui avait obtenu pour son époux un emploi immérité en tant que responsable du portail internet du Conseil de sécurité, alors qu’elle était chef de cabinet de Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe, responsable des affaires politiques à l’ONU.


L’affaire est davantage grave : le QG de New York a également appris que ce n’était pas la première fois et que de telles allégations avaient été portées contre lui.


« Pourquoi personne ne s’est penché sur la question selon la procédure établie ? Pourquoi personne n’a approché les victimes ? », s’interroge Matthew Russell Lee. Et d’ajouter : « Malencontreusement, personne n’a pris les mesures nécessaires, New York estimant que l’ouverture d’une investigation tardive exposerait ses supérieurs hiérarchiques directs, le Conseiller Menkarios et le chef de cabinet de l’ONUAU, Nathalie Ndongo-Seh, qui auraient dû donner suite aux allégations et ouvrir une enquête ».


Au lieu de cela, « ils se sont assis sur ces affaires et ont tout rejeté en bloc », rapporte la même source.


« Après plusieurs échanges avec Addis-Abeba, le QG de New York a décidé d’enterrer le sujet pour protéger Menkarios et Ndongo-Seh. Shiatoni et Fatimeh Ziai (chef de cabinet au Département des opérations de maintien de la paix –DOMP-, ndlr) ont mené l’effort », poursuit-elle.


Stewart écrivant un message à la mémoire d’Ahmed Boukhari, représentant du Polisario à New York au camp de Rabouni en 2018. SPS


Ainsi New York avait décidé de nommer un intérimaire en Ethiopie pour une courte période leur donnant le temps de trouver un remplaçant approprié. « Qui se soucie des victimes ? Qui devrait être tenu responsable de l’absence de procédure régulière et de collusion ? Ceux qui sont derrière tout cela sont devenus plus puissants et incontrôlés », martèle Matthew Russell Lee.


A l’approche du renouvellement du mandat de Stewart, l’entourage de Guterres s’interroge à nouveau sur son cas, dit-il. Certains redoutent les répercussions d’une éventuelle reconduction à la tête de la Minurso et estiment que l’ONU devrait prendre les devants avant d’être submergée par un nouveau #MeToo, estime le directeur d’Inner City Press.


Mais certains, selon la même source « continuent de tout rejeter et de faire pression pour décourager toute plainte craignant pour leur réputation et l’ouverture d’une enquête qui révélerait leur collusion et leur comportement »…

 

Interrogées, des sources diplomatiques n’ont pas désiré commenter l’affaire, faisant tout juste remarquer que « Matthew Russell Lee est peu amène à l’endroit du Maroc (…) mais généralement bien au fait des turpitudes qui secouent la technostructure onusienne… »