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02.04.2020 à 02 H 53 • Mis à jour le 02.04.2020 à 02 H 53
Par
Face au Covid-19

Tendance de l’épidémie, chloroquine, kits de tests…El Youbi s’explique

Mohamed El Youbi, directeur de l’épidémiologie au ministère de la Santé. MAP
Dans un entretien avec la MAP, le directeur de l'épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, Mohamed El Youbi, a fait le point, entre autres, sur l'évolution de l'épidémie au Maroc, l'efficacité de la chloroquine, les informations sur l'acquisition de moyens de diagnostic et les décès parmi les jeunes
Quelle est votre analyse de l’évolution prévisible de l’épidémie de Coronavirus dans les prochains jours au Maroc ?

El Youbi : Il est peut-être prématuré de parler de prévisions pour les prochains jours parce que celles-ci relèvent de projections, lesquelles se basent sur des suppositions qui ne sont pas pour la plupart très précises. C’est pourquoi tout modèle parmi ceux que nous utilisons se base sur des incertitudes et donne une évolution avec un intervalle de confiance. C’est-à-dire qu’on peut prévoir un nombre de cas qui oscille entre une borne inférieure et une autre supérieure.


Pour le moment, le modèle suivi semble indiquer qu’il y aurait toujours une progression du nombre de cas mais avec une tendance de l’allure de la courbe qui va être un peu plus aplatie, compte tenu de l’impact des mesures que notre pays a instaurées. Je fais ici allusion aux mesures prises le 16 mars qui ont commencé par la fermeture des écoles et l’interdiction des rassemblements, mesures qui ont été suivies par l’instauration de mesures de confinement total.


C’est donc l’évolution des quatre ou cinq jours à venir qui va nous donner une meilleure précision par rapport aux projections que nous faisons quant à l’évolution de l’épidémie au Maroc.


Le Maroc a adopté le traitement par chloroquine. Les résultats sont-ils concluants selon vous ? Est-ce qu’on peut s’attendre aussi à un phénomène d’automédication ?

Pour l’automédication, je ne pense pas parce que maintenant l’utilisation de ce médicament a été normalisée et réglementée par le ministère de la Santé. Donc, la prescription et la délivrance de ce traitement obéissent à un certain nombre de critères.


D’ailleurs, tous les patients et les cas détectés sont pris en charge en milieu hospitalier parce qu’il y a une surveillance instaurée et un bilan à faire, entre autres.


En ce qui concerne la chloroquine, il est prématuré de dire que les résultats du recours à ce traitement seraient concluants. Nous sommes en train d’analyser avec finesse toutes les données pour établir un lien entre, d’une part, le début d’utilisation du protocole basé sur la chloroquine et les médicaments associés et, d’autre part, l’augmentation du nombre de guérisons. On est en train d’affiner cette analyse pour avoir une idée sur la relation possible entre le début d’utilisation de ce protocole et l’impact sur l’augmentation du nombre de guérisons.


La presse a rapporté des informations sur l’acquisition de 100 000 kits de dépistage du coronavirus. Qu’en est-il en réalité ?

Je pense qu’il y a eu une petite incompréhension par rapport à ce sujet, parce que l’idée qui circulait au départ était liée à la question de l’acquisition d’appareils de laboratoire, ce qu’on ne peut pas faire. Mais si c’est par rapport aux tests de diagnostic rapide, le ministère est effectivement en train de diversifier les techniques de laboratoire pour couvrir le reste de la période de l’épidémie, en termes de confirmation de diagnostic, pour étendre cette offre de laboratoire aux endroits les plus reculés pour ne plus recourir systématiquement aux laboratoires nationaux ou ceux des CHU.


Je rappelle que même pour la technique standard utilisée depuis le départ, qui se base sur la méthode PCR, c’est à dire la détection de l’ARN du virus au niveau du prélèvement, il convient de signaler qu’elle est en train d’être étendue.


Ainsi, les analyses de diagnostic ne sont pas seulement réalisées par les laboratoires de l’Institut national d’hygiène, de l’Institut Pasteur ou des hôpitaux militaires, mais il y a aussi les laboratoires des Centres hospitaliers universitaires de Casablanca, de Rabat et de Fès qui commencent à effectuer de tels tests.


Parallèlement à cela, nous sommes en train d’acquérir d’autres techniques de diagnostic certes plus simples, mais qui apporteraient des résultats aussi fiables que ceux des laboratoires utilisant la technique dite “PCR” .


Donc, nous sommes en train d’acquérir et de diversifier l’offre nationale de techniques et de tests pour la confirmation du diagnostic.


Les décès dus au Coronavirus dont des jeunes et des bébés préoccupent et suscitent des interrogations chez l’opinion publique ?

Il faut rappeler d’abord que nous avons préconisé et nous continuons à préconiser la prise en charge en milieu hospitalier. Dès qu’un cas est confirmé par un laboratoire, il est pris en charge au niveau de structures dédiées en vue d’éviter la propagation du virus dans des conditions de suivi médical avec tout ce que cela exige en termes d’examens radiologiques et d’examens au laboratoire, voire même l’admission en réanimation pour les cas graves. Nous tenons à répondre aux conditions de qualités nécessaires pour une bonne prise en charge. Mais, un cas de décès peut survenir malheureusement.


A titre d’analyse : la plupart des cas de décès ont en commun un âge avancé ou une maladie chronique. Le patient décède des suites de complications liées à sa maladie ou à son âge.


Dans les cas de jeunes, on ne peut pas établir toujours un lien entre le décès et la cause, surtout en cas de prise d’autres médicaments ou en cas de présence de facteurs de morbidité qui n’étaient pas connus chez le patient.


C’est toujours dramatique d’enregistrer un décès, surtout d’un enfant. dans ces circonstances, on fait ce qu’on appelle l’audit des décès ou une enquête scientifique pour mieux comprendre qu’est ce qui a été derrière ce décès et avancer des hypothèses par rapport aux facteurs déterminants et intrinsèques qui ont entouré la prise en charge du patient et, éventuellement, la prise de médicaments en dehors de ceux prescrits durant la période de prise en charge.


L’urgence sanitaire entre dans sa deuxième semaine. Quel message à adresser aux citoyens à l’heure du confinement ?

Il va falloir patienter et continuer à observer scrupuleusement les mesures préventives d’isolement instaurées par notre pays. Ces mesures sont mises en place pour notre bien-être, pour laisser passer cette vague d’épidémie et aplatir la courbe et pour que les choses redeviennent normales comme avant : pour que les enfants reprennent leur scolarité et l’activité commerciale reprenne.


Il faut patienter si on veut éviter l’état qu’a connu un certain nombre pays. Que cette crise nous serve de leçon par rapport à notre comportement. Nous avons appris un certain nombre d’habitudes durant cette crise pour éviter la transmission et la propagation non seulement du coronavirus, mais aussi d’autres maladies qui se transmettent par les mains sales, ou par le contact étroit. J’espère que nous allons par la suite continuer à adopter ces mesures qui ne pourraient être que bénéfiques pour notre santé et pour notre situation épidémiologique vis-à-vis des autres germes à transmission aérienne.