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18.10.2020 à 17 H 24 • Mis à jour le 18.10.2020 à 17 H 24
Par
Etat civil

100 000 enfants marocains sont sans papiers dans leur propre pays

Jbel Hibri. Timehdite. Soukhour Neftya. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
Si le gouvernement a lancé une première campagne en 2017 qui, en décembre 2018, a réussi à inscrire 53 418 enfants à l'état civil, il y a cependant encore 100 000 enfants « invisibles » au Maroc, rapporte l’agence de presse espagnole EFE

Près de 100 000 enfants ne disposent pas de documents au Maroc, ce qui leur rend difficile l’accès aux services essentiels, comme l’éducation ou la santé, phénomène qui s’est aggravé ces dernières années, selon des experts qui travaillent sur le terrain.


Le manque de documents –  acte de naissance, livret de famille, carte d’identité –  laisse ces enfants dans l’invisibilité la plus absolue.


Le gouvernement a lancé en avril 2019 une nouvelle campagne nationale pour l’inscription des enfants à l’état civil à travers un comité ministériel mixte et des commissions régionales, mais le Covid-19 et le confinement ont paralysé cette opération.


Selon les chiffres officiels présentés par le ministre des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, l’année dernière devant le Parlement, en décembre 2018, 91 474 enfants non inscrits à l’état civil avaient été identifiés.


Le président de la Fondation Amane pour la protection des enfants, Abdellah Soussi, a estimé que ces chiffres ne reflètent pas la réalité de ce phénomène et devraient être plus élevés, puisqu’il y a encore des enfants non identifiés, sans oublier qu’il y a aussi des adultes dans ces limbes administratifs.


Selon Soussi, le phénomène n’est pas seulement rural, mais plutôt urbain : en effet, un tiers des enfants non enregistrés qui ont été enregistrés sont originaires de la région de Rabat, Salé et Kénitra.


« Partout où il y a une vulnérabilité sociale, il y aura de nombreux enfants non enregistrés », a déploré Soussi.


Les « candidats parfaits » pour finir hors du registre sont les enfants nés de mariages coraniques, les enfants de mères célibataires, ceux nés après un viol ou les enfants d’une famille en situation d’extrême pauvreté.


‘Tu ne comptes pas dans le monde’ 

Habiba –  un nom fictif car la personne préfère garder l’anonymat –  est l’une des personnes que la Fondation Amane a aidé à sortir de l’irrégularité administrative, avec 1400 autres cas que l’ONG a résolus en 2017 dans la région sud du Souss.


Venant d’une petite ville proche de la ville d’Igherm, Habiba, 22 ans, a obtenu son premier acte de naissance il y a cinq ans, ce qui marquait un avant et un après dans sa vie.


« J’étais un peu incomplète. Ils m’ont toujours dit ‘Tu ne comptes pas dans le monde’  », a-t-elle déclaré à EFE par téléphone, d’une voix cassée.


Fille d’une mère célibataire, Habiba n’a pas pu –  faute de papiers –  accéder à la scolarité conventionnelle, ni même se rendre aux camps d’été qu’une ONG a organisés pour les personnes qui ont suivi des cours d’alphabétisation.


Avec l’acte de naissance en main, Habiba a réussi à faire ses études primaires après avoir passé un examen gratuit, et avec lui a obtenu un autre diplôme de formation professionnelle en électricité, avec lequel elle vient de trouver un emploi.


Un calvaire administratif

Les ONG qui œuvrent dans le domaine de la protection des enfants demandent une plus grande flexibilité dans les procédures administratives pour accélérer l’enregistrement des enfants.


« Des procédures plus souples, unifiées et simples sont nécessaires », a déclaré Ana Habiba Dahbi, coordinatrice de l’association espagnole AIDA, qui vient de terminer un projet de deux ans pour enregistrer les enfants dans la province de Chaouen où les maisons isolées abondent dans les montagnes.


Avec la collaboration des autorités locales, AIDA a pu faciliter l’enregistrement d’un total de 856 enfants de trois villages (Ouauzgan, Tamarot et Bni Smih) dans les montagnes du Rif, entre Chaouen et Al Hoceima.


L’éloignement, en plus du caractère isolé et dispersé de ces localités, a rendu difficile l’inscription de ces enfants, d’autant qu’il est parfois influencé par le fait que leurs parents se livrent à la culture illégale du kif (cannabís) et hésitent à contacter les autorités, dit un voisin de la région.


Dahbi précise que les procédures administratives et les documents nécessaires rendent difficile le fonctionnement du registre, comme l’obligation d’enregistrer un nouveau-né dans un délai d’un mois, après quoi la procédure peut prendre des mois.


Ce n’est pas toujours la faute de l’Etat : selon Dahbi, il y a une responsabilité des parents qui, pour des raisons culturelles ou par négligence, n’enregistrent pas leurs enfants.


Le journaliste Hicham Houdaifa, qui vient de publier un livre sur la précarité des enfants a souligné que la situation des enfants au Maroc pourrait être beaucoup plus grave sans l’intervention de la société civile.


Ce sont les ONG qui mettent en œuvre des alternatives « pour pallier l’absence ou l’inefficacité » de certaines structures gouvernementales et la multiplicité des organisations de protection de l’enfance.


« La campagne nationale lancée par le gouvernement pour enregistrer les enfants est positive, mais il doit s’agir d’une urgence nationale », a-t-il insisté.


Le gouvernement a lancé une première campagne en 2017 qui, en décembre 2018, a réussi à inscrire 53 418 enfants à l’état civil. Il y a cependant encore 100 000 enfants « invisibles ».


Agence EFE