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20.02.2021 à 16 H 59 • Mis à jour le 20.02.2021 à 17 H 02
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Contestation

Le M20F, un grand moment d’Histoire, un dixième anniversaire sans euphorie

Des militants du M20F. AIC PRESS
Si le sentiment général auprès des militants des droits humains est celui d’une « régression des libertés », dix ans après le déclenchement du Mouvement du 20 Février (M20F) dans le sillage des « Printemps arabes », les commémorations massives ne sont pas au rendez-vous…

Au Maroc, si le sentiment général auprès des militants des droits humains est celui d’une « régression des libertés », le dixième anniversaire du mouvement de contestation marocain (M20F) né dans le sillage des événements de Tunisie, d’Egypte ou de Libye, se passe aujourd’hui au Maroc sans le moindre signe significatif de commémoration, malgré plusieurs appels lancés sur les réseaux sociaux par des militants associatifs, « face au sentiment général que les problèmes de l’époque, qui a amené les gens dans les rues sont toujours présents », rapporte EFE.


A cette occasion, par exemple, le comité de soutien de l’historien Maâti Monjib (également de nationalité française), lance un appel au gouvernement français pour exiger sa libération immédiate, alors que des dizaines d’activistes ont été incarcérés depuis quelques années, ceux du Hirak du Rif de 2017, mais aussi d’autres (journalistes, influenceurs sur les réseaux sociaux etc.). Des associations marocaines basées en France, soutenues par des ONG de l’Hexagone, ont organisé ce samedi un rassemblement à Paris pour commémorer les 10 ans du M20F, selon un communiqué diffusé à la presse.


L’historien Pierre Vermeren, interrogé par France24 se veut alarmiste sur l’éventualité d’une résurgence du mouvement, « la crise économique (consécutive au Covid-19, ndlr), les revendications qui n’ont pour été satisfaites : tous les ingrédients d’une future révolte sont là. Mais nul ne sait si elle aura lieu, ni sous quelle forme, ni quand ».


La population exprime un « ressenti négatif »

Davantage préoccupée par le coût de la vie et le chômage, la population exprime un « ressenti négatif » croissant sur l’état des droits humains, selon une étude publiée début 2020 par l’institut statistique HCP. « La situation au Maroc reste évidemment bien meilleure que ce qui se passe en Egypte, en Arabie saoudite ou en Iran », nuançait l’historien Maati Monjib dans un entretien récent à la BBC.

 

Sur le fond, selon le chercheur Pierre-Luc Beauchesne, le M20F a permis « le redéploiement de l’engagement à d’autres échelles, suivant d’autres temporalités, vers les structures de rémanence (abeyance structures) de l’espace protestataire. », ce qui signifie qu’il était un instant d’ « intelligence collective » de la nation, incluant y compris les personnes et les forces opposés aux manifestations. Il est ainsi un pur produit national, qui a été dopé par le contexte régional des révolutions arabes mais également par la montée en puissance de mouvements internationaux engendrés par la crise financière mondiale de 2009 tels Occupy Wall Street ou Les indignados.


 « Le Maroc n’est pas un paradis des droits de l’homme mais, en même temps, ce n’est pas un enfer pavé de violations comme certains essaient de le faire croire à tort », tempère cependant le ministre des droits de l’homme Mustapha Ramid dans une déclaration à l’AFP. Ramid avait lui aussi manifesté en 2011 et, pour lui, il y a eu depuis une « évolution palpable et continue dans l’exercice des libertés publiques ». Un avis partagé par l’ex-ministre Nabil Benabdallah et secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), qui estime que le M20F s’inscrit dans un processus historique de revendications démocratiques qui font du Maroc un cas différent des autres pays arabes, ce qui explique que les manifestations au Maroc « n’ont pas exigé un changement de régime ».

 

« Le Maroc est un pays qui a ses particularités, et ses propres méthodes pour contrer tout ce qui exprime un refus par la société de plusieurs pratiques de l’Etat. Aujourd’hui, la scène sociale et politique au Maroc est malheureusement triste. La flamme qui a fortement jailli en 2011 l’est moins actuellement », confie de son côté l’intellectuel Abdellatif Laâbi à Hespress.

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