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26.04.2021 à 12 H 20 • Mis à jour le 26.04.2021 à 12 H 43
Par
Maroc-UE

L’Europe propose plus d’argent et de visas au Maroc contre un retour des migrants illégaux

Une embarcation de migrants clandestins arraisonnée par la marine espagnole. EPA
Selon un document confidentiel consulté par El Pais, l'Union européenne cherche à réviser de fond en comble sa coopération avec le Maroc en matière de migration irrégulière. Bruxelles qui reconnaît les efforts du Rabat souhaiterait conditionner son aide financière plus conséquente à une politique concertée sur le retour des migrants illégaux , notamment ceux des pays tiers. La carotte des visas pour les Marocains est aussi posée sur la table

Les 27 pays membres de l’Union européenne (UE) sont prêts à mettre plus de fonds sur la table, en sus de nouvelles propositions de coopération à long terme avec le Maroc sur les questions migratoires, mais ils cherchent toujours à convaincre Rabat de leur démarche, révèle El Pais.


Selon un document confidentiel de l’UE auquel El Pais a eu accès, le royaume demande plus d’argent et que son importance soit reconnue au Conseil européen des migrations, comme cela a déjà été fait avec la Libye et la Turquie. En parallèle, la négociation pour plus de retours de Marocains arrivés irrégulièrement dans l’UE, une demande inaliénable de Bruxelles, est posée comme condition.


Le document reconnaît que « le Maroc a fait des efforts importants dans la gestion des flux migratoires et dans la prévention des départs irréguliers vers l’Espagne », surtout « après le soutien [financier] substantiel apporté en 2018 » face à une augmentation des arrivées de bateaux. Mais Bruxelles est convaincue qu’après l’augmentation des arrivées aux Canaries, la relation avec le Maroc nécessite une réflexion globale et doit « se fixer des objectifs à long terme », rapporte El Pais.


Les 27 estiment que le lancement de leur nouveau cadre financier (2021-2027) et la création de l’instrument dit de voisinage, de développement et de coopération internationale, offre l’occasion idéale de marquer un tournant dans la relation avec Rabat.


Le Maroc, toujours selon le document révélé par El Pais, a de grandes attentes financières et aspire à être l’un des principaux bénéficiaires de ce dispositif. Mais la présidence du Conseil européen précise dans le texte les exigences que Bruxelles pourrait soulever en échange d’une collaboration plus étroite.


Surtout, l’UE souhaite que Rabat facilite davantage de retours de ses ressortissants. L’Espagne et la France entretiennent une collaboration plus fluide dans ce domaine, mais il n’en est pas de même avec d’autres pays. « La coopération avec les États membres en matière de réadmission reste inégale », admet le document. En 2019, environ 35 000 Marocains ont reçu un ordre de quitter l’UE, mais seuls 29 % ont pu être renvoyés. Bruxelles souhaite également que le Maroc réadmette les migrants des pays tiers en échange d’une politique de visa plus favorable pour les Marocains, mais la négociation sur cette question est au point mort depuis 2015.


Le Maroc redoute une ingérence de Bruxelles

La liste de souhaits de l’UE ne s’arrête pas là et le document détaille les aspects dans lesquels elle souhaite renforcer les relations. Au-delà des retours et des déploiements aux frontières, les 27 désirent renforcer l’échange d’informations avec le Maroc, en matière de coopération judiciaire et opérationnelle contre la traite des êtres humains, y compris à travers les agences de l’UE, telles que Frontex ou Europol. « Nous devons également exhorter le Maroc à adopter la loi sur l’asile et à promouvoir le rôle de l’Agence européenne pour l’asile (EASO) dans la construction d’un système efficace », ajoute le document.


Toujours selon El Pais, « Rabat résiste à toute intervention européenne qui pourrait être interprétée comme une ingérence dans ses politiques internes ou une remise en cause de sa capacité à gérer les flux migratoires ». « Le Maroc a souvent perçu que la proposition de l’UE de renforcer ses capacités [pour le contrôle des frontières] sous-estime ses propres capacités », peut-on lire dans le document. « D’un autre côté, le Maroc affirme fréquemment qu’il a besoin d’un soutien sous forme d’équipement dans ce domaine », ajoute-t-on.


Le texte, qui a été discuté jeudi dernier par les représentants de tous les Etats membres, reconnaît « un décalage croissant entre les offres européennes et les attentes marocaines » et la « difficulté d’aligner les objectifs ». Rabat, ajoute le document, considère que certaines des offres de l’UE sont « non pertinentes ou de faible valeur ajoutée ».


Des sources espagnoles se prononcent en faveur du Maroc et mettent en garde contre le risque de subordonner la coopération internationale à la collaboration en matière de politique migratoire, comme le souhaitent plusieurs partenaires au sein de l’UE. Les pays de la périphérie, comme l’Espagne, préfèrent parier sur l’entente avec les voisins pour réguler les flux migratoires qui ne disparaîtront pas simplement en bouclant les frontières.


Des « attentes élevées » de la part de Rabat

Les mêmes sources nient que Rabat ait des « attentes élevées » en ce qui concerne les budgets de l’UE, comme le suggère le document du Conseil. « Le Maroc veut simplement des programmes d’investissement liés à la politique de voisinage, comme d’autres pays de la région, de l’Algérie ou de la Tunisie à la Libye et à l’Egypte », soulignent des sources diplomatiques.


Le Parlement européen n’est pas non plus favorable à l’idée de subordonner la coopération à la politique migratoire. Et dans l’accord avec le Conseil, il a réussi à limiter les ressources du fonds qui peuvent être liées à la gestion des migrations, les laissant à 10 % du total. Ce plafond limite la capacité des partenaires de l’UE à faire pression sur les pays voisins, bien que Bruxelles souhaite également utiliser la politique des visas comme une arme de négociation pour exiger une collaboration dans le contrôle des migrations. 1,96 million de Marocains résident légalement dans l’UE et leurs envois de fonds représentent 5 % du PIB du Maroc.


Le Maroc est le troisième partenaire qui reçoit le plus d’argent de l’UE pour la gestion des migrations, après la Turquie (6 000 millions d’euros depuis 2016) et la Libye (355 millions en 2015). Depuis 2014, Bruxelles a injecté 343 millions d’euros dans des programmes de soutien à la gestion des migrations. L’argent et une collaboration renouvelée menée par l’Espagne ont réduit les flux de moitié l’année suivante, mais la crise migratoire aux îles Canaries, où plus de 23 000 personnes sont arrivées en 2020, principalement en provenance du Sahara occidental contrôlé par le Maroc, a de nouveau perturbé les 27. Plus de la moitié de ces 23 000 migrants étaient des Marocains, note El Pais.


De son côté, Rabat demande depuis longtemps plus de soutien. C’est le pays d’origine, de transit et de destination de milliers de migrants et il demande instamment que son rôle soit reconnu. Le Maroc estime que seuls ses efforts en moyens matériels et les milliers de policiers qu’il a déployés pour lutter contre l’immigration irrégulière nécessitent un investissement de 3,5 milliards d’euros sur la période 2020-2027.

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