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04.08.2021 à 14 H 26 • Mis à jour le 05.08.2021 à 10 H 40
Par
Covid-19

Malgré l’ordre de retrait, les tests salivaires de Gigalab sont vendus clandestinement sur le net

Vente clandestine d’autotests Gigalab sur Facebook
Bien que la DMP ait ordonné le retrait du lot d'autotests salivaires commercialisés par Gigalab, ils restent facilement accessibles dans le circuit parallèle, où le prix atteint les 150 dirhams d'après ce que Le Desk a pu observer

La direction du Médicament et de la pharmacie (DMP) au ministère de la Santé a ordonné, le 14 juillet dernier, le rappel de lot de tests Covid-19 salivaires commercialisés par Gigalab, un importateur et producteur de dispositifs médicaux basé à Casablanca. Cette décision a été motivée par le fait que « le test en question a été mis en vente […] sans l’autorisation du ministère de la Santé ». Dans sa correspondance adressée au président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens, la directrice de la DMP, Bouchra Meddah, a expliqué que des missions d’inspections ont été diligentées auprès des officines de pharmacie et des établissements pharmaceutiques-grossistes répartiteurs, « suite aux réclamations » concernant l’autotest vendu par Gigalab.


Pourtant, deux semaines plus tard, Le Desk a remarqué que ces tests sont vendus sur internet, particulièrement sur Facebook, par des particuliers ou des personnes s’apparentant à des distributeurs semi-grossistes. Des annonces de personnes proposant ce produit ou cherchant à s’en procurer foisonnent sur les groupes spécialisés, tels que « Solde parapharmacie Maroc », réunissant près de 10 000 personnes. On y retrouve par exemple, une personne exprimant un « besoin de 280 tests Gigalab en urgence ». Une dizaine d’internautes se sont empressés de répondre, proposant chacun un prix « imbattable ». Celui-ci va de 72 dirhams (DH) à 150 DH pour les publications les plus récentes, a-t-on pu observer.


Le rappel du lot, un « acte criminel envers le consommateur marocain »

Ces derniers jours, Facebook a enregistré une tendance dans les publications contenant le mot Gigalab : plus 1 600 personnes ont en parlé d’après le réseau social. Ces publications sont le plus souvent un message relayé à grande échelle, en français et en arabe, qui fait état d’« actes criminels envers le consommateur marocain » en parlant de la décision de la DMP de retirer le lot de ces autotests salivaires de Gigalab.


« Bonjour, il y a 3 à 4 semaines, des tests salivaires antigéniques rapides ont été mis en vente en pharmacie (fabriqués à 100 % au Maroc par Gigalab) et autorisés par le ministère de la santé. Le 15/7 l’association des biologistes marocains se sont opposés à sa vente en pharmacie prétendant qu’il s’agit d’un acte médical (le prélèvement de salive dans la bouche constituant pour eux un acte médical) », lit-on.


« Ce test allait surtout leur faire une concurrence terrible comparé au PCR. Ce test était vendu à 100 DH en pharmacie (achat à 70 DH hors TVA et 10 DH de marge pharmacien + TVA 20 % soit 20 DH). La semaine dernière, le ministère a fait retirer et récupérer tous ces tests des pharmacies indiquant dans la note de retrait qu’il y avait quelques choses à vérifier. Cette semaine, nous le retrouvons en vente chez les médecins à 300 DH hors honoraires du médecin, alors qu’ils l’achètent toujours à 70 DH hors TVA. Résultat pour le consommateur : son crachat est testé à plus de 300 DH au lieu de 100 DH. Notre crachat devrait être réservé à cette bande s’escrocs sans aucune vergogne », poursuit le message


« C’est bien beau de parler du Maroc en tant que puissance régionale mais cela ne devrait pas pour autant occulter l’attention sur ces actes que je qualifie sans hésiter de criminels envers le consommateur marocain », conclut la publication virale avant de demander au public de « vérifier ces informations » et de « faire circuler au maximum ».



Pour les pharmaciens, l’urgence est ailleurs

Interrogés, tous nos interlocuteurs, commerciaux comme responsables corporatistes, ont reconnu être au courant de ces ventes clandestines sur le net. « Nous avons effectivement remarqué que les tests étaient vendus sur internet. Peu après la commercialisation des tests, j’ai été contacté par Bouchra Meddah, qui m’a par la suite reçu dans son bureau pour me demander d’arrêter la vente, en attendant de nous délivrer un papier pour reprendre l’opération. Ce que je peux vous assurer, c’est que je ne vends pas à ces gens-là », assure Karim Zaher, patron de Gigalab, ajoutant qu’il a fait appel à un grossiste répartiteur, Sophacentre, pour se charger de la distribution en pharmacies.


Contacté par Le Desk, Najib Tazi, le PDG de Sophacentre, nous explique que ses équipes « ont cessé de distribuer le lot 24 heures après avoir commencé, sur ordre de la DMP ».


Tazi affirme que le volume acquis auprès de Gigalab « se compte en milliers seulement » et que Sophacentre n’a pu récupérer qu’une « petite partie du lot, le produit étant très demandé ». Selon lui, « les tests sont aujourd’hui en consignation dans un entrepôt, où ils ont été contrôlés par la DMP, et n’ont pas été retournés à Gigalab » car Sophacentre est toujours dans l’attente d’une décision favorable de la tutelle pour reprendre la vente. Pourtant, d’après nos sources, le produit serait menacé par un retrait du certificat d’enregistrement délivré en mai dernier par la DMP. Une sanction de cette dernière pour punir les dépassements de la loi par Gigalab, une information que réfute Karim Zaher.


Vente clandestine d'autotests Gigalab sur Facebook


Du côté de la corporation des pharmaciens, on indique que la tutelle a été mise au fait de ces ventes clandestines. « Nous avons fait remonter des réclamations au ministère de la Santé.  Le fournisseur devait rappeler les lots chez les grossistes.
La question qui se pose est comment ces tests se sont retrouvés dans le circuit informel où l’on ne peut garantir ni la qualité, ni contrôler le prix »
, se demande Saâdia Moutawakil, présidente du Conseil des pharmaciens du sud. Mais pour celle-ci, l’urgence est ailleurs. « D’après mon interprétation de la loi [en l’occurrence, l’arrêté ministériel fixant la liste des analyses pouvant être pratiquées par les pharmaciens d’officine, ndlr], les pharmaciens ne peuvent pas réaliser les tests, mais peuvent les vendre, comme c’est le cas pour les tests de grossesse », estime-t-elle.


Un enjeu de santé publique

Dr. Moutawakil et Hamza Guedira, le président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens insistent sur la pertinence de la mise en vente de ces autotests chez les pharmaciens d’officine. « Il faut prendre exemple sur les pays voisins, où ce genre ce test est disponible partout, même en grande surface », propose Dr. Guedira. Mais comme nous l’expliquions fin juillet, le prélèvement naso-pharyngé, qui comporte des risques, nécessite un minimum de formation pour sa réalisation ainsi que pour la lecture et l’interprétation des résultats.


La mise à disposition de ces kits en pharmacie représente un enjeu de santé publique : il faut d’abord s’assurer de pouvoir déclarer les cas positifs au ministère de la Santé via une plateforme dédiée (à l’instar du protocole des tests PCR pour les laboratoires agréés) et d’orienter les cas suspicieux vers les biologistes, afin de réaliser un test PCR et s’assurer de la positivité ou de la négativité du patient. C’est d’ailleurs l’argumentaire des biologistes, qui avaient été accusés de « lobbyisme » afin de préserver leurs intérêts commerciaux.


Dans cette affaire, un autre point – hautement problématique –  est à signaler. Gigalab, de l’aveu de son patron lui-même, a vendu des autotests à des entreprises « qui ont un médecin du travail dans leur staff ». Pour Saâdia Moutawakil, « c’est anormal, on ne peut priver les pharmaciens, qui sont des praticiens, puis les distribuer chez des sociétés ». Selon les informations dont nous disposions, un protocole d’accord entre Gigalab et l’instance patronale, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) avait été prévu pour étendre les tests salivaires aux entreprises, avant que la CGEM ne l’avorte. Pour Karim Zaher, Gigalab ne fait que « contribuer à l’élan d’innovation impulsé par Sa Majesté » pour contrer la pandémie de Covid-19… 

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